samedi 25 janvier 2020

NEOM - chapitre 23



Le contact fut initié un soir, tandis qu’il était sur le seuil de son appartement. L’homme s’arrêta devant lui puis lui tendit un mot et s’en fut. Cela ne dura guère que quelques secondes.

On lui demandait d’introduire un code dans son terminal, juste après l’identification, puis une fois au sein de l’arborescence, de valider par OK l’instruction – invisible pour le central.

Il ouvrit la porte, la referma derrière lui, se fit servir une bière fraiche puis s’affala sur son canapé.

« Alors, fit la voix. Tentant, pas vrai ?
-       Hein ?
-       Passer de l’autre coté. Faire bouger le jeu !
-       Ah vous savez. Mais oui bien sur, vous savez tout, vous. J’obtempère et vous me coincez.
-       Qui vous dit que je suis sur telle rive et non sur l’autre ?
-       Qui vous a installé ? Où suis-je ? Question de logique, excusez-moi.
-       Cette satanée logique, Julian, combien de fois vous a-t-elle égaré ?
-       Il faut bien une boussole !
-       Une boussole qui inverse tout et vous fait commettre erreur sur erreur. Pourtant vous en avez une autre !
-       Tiens donc ! Vous me connaissez donc mieux que moi-même.
-       Celui que vous connaissez et appelez vous-même est celui qui conduit la voiture.
-       Oui, et après ?
-       Est-ce vous ?
-       Bien sur que c’est moi.
-       Contre-sens absolu. Celui qui conduit n’est qu’un exécutant programmé pour conduire et rien de plus.
-       Quand vous prenez votre voiture pour vous rendre à tel endroit, vous êtes bien le conducteur !
-       Qui a décidé du voyage ?
-       Le conducteur !
-       Vous confondez le maitre et l’esclave. En tant que conducteur vous ne faites rien d’autre qu’appliquer le programme que votre Être a décidé.
-       Mais mon Être est AUSSI le conducteur.
-       Justement non. Le conducteur c’est une fonction. Comme vous au travail, si vous préférez.
-       Ah …
-       Et ce conducteur, peut parfaitement ignorer le voyage que votre Etre intérieur entend faire.
-       Tiens donc !
-       Vous pouvez vous rendre chez Mother parce qu’il le faut. Tout en désirant vous rendre ailleurs.
-       Exemple amusant.
-       Donc là, Julian. Le conducteur, que veut-il ?
-       Déchirer ce maudit papier.
-       Et l’Etre ?
-       Tout autant !
-       Il n’y a donc aucun conflit intérieur ?
-       Aucun.
-       Pour le moment ! Déchirez-le, et vous verrez bien !
-       Vous m’encouragez à le déchirer ?
-       Je vous encourage à choisir. C’est-à-dire à agir.
-       Parfait, fit Julian en déchirant le papier et en jetant les morceaux au sol.
-       Bien ».

Julian eut un sourire satisfait. Il se leva, bière à la main, et avala une gorgée.

« Comment vous sentez-vous ?
-       Bien.
-       Bien alors. Qu’attendez-vous pour jeter ces morceaux aux ordures ou appeler le Première Génération pour le faire ?
-       Rien ne presse !
-       Si vous le dites !
-       Je le dis ! C’est quoi, c’est rien en fait, juste un truc à ramasser.
-       On peut le reconstituer, ce papier.
-       Qui ca, ON ?
-       Vous !
-       Aucune envie de …
-       Vous contredire ?
-       Non, pas me contredire. Leur obéir.
-       A qui donc ?
-       Vous le savez
-       Oui. Mais non !
-       Je ne vous comprends pas !
-       Nous ne pouvons les qualifier identiquement vous et moi. Ni qualifier l’action qui vous rattache à eux pareillement. Vous dites LEUR là ou je dirais VOUS, et je dis FRERES là ou vous diriez …
-       Chieurs !
-       Voilà !
-       Cela vous fait rire !
-       Avouez que c’est drôle ! Un même réel, deux mots dissemblables en tout. Pire, antinomiques. Avec moi. Moi qui il y a peu vous ai aidé à expulser votre passé.
-       Merde c’est vrai », balbutia Julian en s’agenouillant soudain et en attrapant les morceaux.

Il les saisit, les remit dans l’ordre, mémorisa le code et jeta les morceaux dans une corbeille.

« Vous m’avez aidé à progresser. Je vous remercie. Vraiment. Je ne sais pas si je vais le faire. Sincèrement je ne sais pas. Mais c’est mémorisé.
-       Vous avez fait un grand pas.
-       Je … Je n’ai encore rien fait, ni rien décidé.
-       Le conducteur non. Mais vous Julian. Vous !
-       Je … Je ne me reconnais plus.
-       Vous n’avez ôté le voile sur vos yeux, qu’il n’y a que quelques jours. Laissez-vous le temps nécessaire.
-       Pour …
-       Pour la Co-naissance. La naissance avec …
-       Avec …
-       Avec soi. Et de soi ».  



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