jeudi 23 janvier 2020

NEOM - chapitre 21



Julian les rejoignit pour déjeuner, chez elle, chez Mother. Laquelle en son salon donnant sur le Parc aux Oliviers trônait, en bout de table, sourire collé aux lèvres, mains gantées délicatement posées sur la table en verre qu’elle avait elle-même dressée. Ses deux parents, immobiles et souriants eux-aussi, la regardaient avec une forme d’admiration perceptible. Tout était dramatiquement parfait.

« La table est …, commença Grand-Mother.
-       Je sais, Mère, je sais.
-       Si raffinée ! Ah ma chère Daughter je suis o combien fière de …
-       Qu’en pense donc mon fils ?
-       Le fils ne pense pas, il attend qu’on le serve, maugréa Julian, que ces simagrées agaçaient fortement.
-       Ici ce sont les hommes qui font le service, murmura sa mère en observant son reflet dans un écran puis en relevant légèrement une mèche de ses cheveux.
-       Que tu deviens snob, Mother. Je suis ton porte-monnaie, n’oublie pas. Celui qui paie détient le pouvoir !
-       Julian comme tu y vas, frémit Grand-Father.
-       Eh bien quoi ! Cela vous choque ? Trois ans que je vous paie tout, et bien davantage, c’est-à-dire bien trop, quant à Elle ! Que le fruit de mon labeur nourrisse quotidiennement son entrejambe, cela me lasse, j’avoue.
-       Mais enfin Julian, balbutia Grand-Mother.
-       Lève-toi plutôt chercher le plat, je suis affamé, et crevé.
-       Bien ! », acquiesça la vieille femme sans relever le regard de désapprobation que lui lança sa propre fille.

Elle revint avec une salade composée, de la laitue, des concombres, quelques brocolis clairsemés ici et là.

« Pas avec ca que je vais me nourrir, maugréa Julian.
-       Fils, ma LIGNE !
-       Arrête ton cirque, t’es anorexique. Un mec normal ne voudrait jamais de toi. Trop squelettique, rien à se mettre sous la dent.
-       Mufle !
-       Passe-moi le plat au lieu de bavasser ».

Grand-Mother leva les yeux au ciel et reprit l’échange au vol.

« Que cette Ville est paisible !
-       Mouais, maugréa Julian.
-       Et que la venue de notre Bon Suzerain nous a rendus heureux, poursuivit Grand-Father. Son allocution fut … Ah nous sommes bien chanceux !
-       De parfaits citoyens, s’amusa Julian en avalant une bouchée. Eveillés, évolués, conscients et … Et si impliqués !
-       Suis-moi à la cuisine, lui répondit Grand-Father. J’ai un cadeau pour toi ».

Julian vit son grand-père d’un bond se redresser et prendre en l’y invitant le chemin de la cuisine.
Il le regarda se retourner en sa direction aussitôt qu’il l’eut rejoint, puis d’un geste il fit sans la toucher claquer la porte.

« Comment as tu réussi à faire ca ? ».
Un silence lui répondit. Grand-Father ne bougeait pas. Julian sentit un malaise s’installer. Puis soudain il entendit une voix de femme sortir de la bouche de son aïeul.

« Pas de surveillance vocale ni autre ici, nous sommes en sécurité !
-       Hein. Putain mais … ».

Soudain  il vit le visage de son grand-père se décoller, se replier sur lui même et laisser voir à sa place la face d’un Première Génération.

«  Qu’est-ce que … Ou est mon grand père ?
-       Prends l’écran, fit la voix en lui tendant un cellulaire. Et VOIS ! »

Baissant les yeux Julian aperçut son grand-père assis sur un fauteuil, les bras attachés dans le dos, dans ce qui ressemblait à une cave.

«  Grand Father !
-       Pas crier !
-       Tu …
-       Julian ca va, ne t’en fais pas, répondit Grand-Father. Ils ne me maltraitent pas. Je vais bien.
-       Pour le moment, compléta la voix féminine du robot. Pour le moment.
-       Qu’est-ce que …
-       Suivre à la lettre nos instructions. Sans discuter. Et il ne lui arrivera aucun mal.
-       Je … Qui êtes-vous ? ».
En un instant la voix féminine devint une voix d’homme. Une voix caverneuse.

« Nous sommes les Combattants de Néom. Nous sommes la Résistance. Nous savons qui vous êtes, ce qu’ils vous ont fait et ce qui va vous advenir. Vous êtes des nôtres !
-       Vous êtes bien sur de vous !
-       Nous venons du futur. De demain, où nous sommes à vos cotés.
-       Balivernes. Vous êtes des maitres chanteurs, voilà ce que vous êtes.
-       La fin justifie les moyens. Rien de mal ne sera fait à votre aïeul. Puisqu’après avoir tenté de nous échapper vous reviendrez par vous-même et servirez la cause, la seule qui vaille.
-       Laquelle ?
-       Celle du Bien !
-       Vous parlez comme Ari !
-       Ari est un copiste.
-       Et vous l’original ?
-       Nous sommes les messagers du seul qui compte.
-       Le grand architecte ?
-       Nous sommes les enfants de Père. Et nous sommes tes Frères. Agathe est aussi avec nous. Elle est notre Sœur. Je te l’apprends.
-       Tu n’es guère crédible. Qu’attends-tu de moi ?
-       Tu vas nous aider à pénétrer les arcanes des ordinateurs quantiques, Julian. Grace à toi nous allons pouvoir depuis le cœur de la pieuvre installer des mouchards. Et donc les suivre mieux qu’eux ne le font, envers vous autres qui êtes sous le Dôme !
-       Ta parole ne vaut rien, tu n’es pas en état de prouver ce que tu avances. J’ai l’habitude de ces jeux de manipulation ou le Mal prétend faire le Bien.
-       Seule ton intuition te dira ou est le Bien, Julian. Pas mes mots.
-       Mon intuition me dit de rester sur mes gardes.
-       Ton intuition est éteinte par la colère que tu ressens. Sois certain que ton grand-père va au mieux. Nous ne pouvons lui faire de mal. Notre nature s’y oppose.
-       Donc si je refuse de vous aider …
-       Il rentrera chez lui.
-       Ah ? ».

Julian observa son grand-père sur l’écran.

« Pourquoi l’avoir attaché ?
-       Juste pour observer ta réaction. Amis, ordonna-t-il, détachez cet homme ».

Julian aperçut deux individus masqués s’approcher de son grand-père et lui ôter ses liens.

« Je n’étais attaché que depuis quelques minutes, mon enfant. Avant je pouvais aller et venir à ma guise. Je t’en conjure, réfléchis. Je suis avec eux depuis cinq jours à présent. Je me sens entouré d’authentiques humains.
-       Grand Father tu peux te faire abuser. Souviens-toi de ta vie, tu l’as été tant de fois.
-       Raison de plus pour avoir développé un sens critique, mon enfant. Ecoute, ton grand-père ne cherche pas à te convaincre, je sais à mon âge que c’est vain. Prends le temps nécessaire. Tu n’es en rien forcé ».

Lorsqu’il revint enfin à table aux cotés de la machine ayant repris l’apparence de Grand Father, Julian s’assit. Il regarda longuement sa mère puis sa grand-mère. Avec douceur. Les remercia toutes deux pour ce repas. Finit son assiette.

Puis prit congé.


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