mercredi 22 janvier 2020

NEOM - chapitre 20



Ils parvinrent le soir, accompagnés de leurs collègues, au centre des réjouissances. Pour la venue de King Ari, aux quatre coins de la Cité avaient été organisés des évènements dits spéciaux, c’est-à-dire exceptionnels, tous financés sur fonds particuliers du Suzerain. Que ses sujets ne se refusent rien, qu’ils passent une des nuits les plus inoubliables de leur existence terrestre, tels furent les mots prononcés par le Roi du Monde.

Un Première Génération les conduisit devant un immense panneau recouvert d’écrans plasma, avec dans chaque écran un bref descriptif des réjouissances.

« Que veut dire ce code couleur ?, questionna Julian.
-       Plus la couleur est sombre, plus le libertaire est élevé, répondit la machine.
-       Bien ».

Il se retourna en direction d’Agathe.
« Il est l’heure de se réveiller pas vrai ?
-       Oui.
-       Allons voir le pire alors !
-       Tu es sur ?
-       Qu’on sache jusqu’où ils vont, Agathe. Ecoute, on va faire ce qu’ils nous demandent de faire sans broncher en cultivant les meilleures intentions du monde. Et on va vraiment pénétrer le cœur de la bête. C’est la seule façon je pense de savoir quoi faire.
-       Affronter l’ennemi. Voir le mal à l’état pur.
-       Ca me paraît clair.
-       Tu as mille fois raison. Les distractions attendront.
-       Je ne sais même pas si je serais encore capable de me distraire, après ce qui s’est passé avec Strogler.
-       Regarde cet écran. Ca ressemble à un rituel, ca a l’air super malsain. Il y a des figurines avec des serpents et des enfants.
-       Tu nous proposes le pire d’entrée de jeu !
-       Faut savoir ce qu’on veut. Deux heures du matin jusqu’à quatre que c’est marqué. Ca nous laisse deux heures pour …
-       Tiens, regarde. Une battue, ici.
-       En clair une mise à mort.
-       C’est plus instructif que d’assister à une triste partouze SM, Agathe. D’autant que j’ai pas du tout envie de participer.
-       Et si on nous contraint à prendre une carabine et à tirer.
-       Eh bien … On verra !
-       Julian, autant se mettre d’accord avant ! Penser la chose.
-       Ton avis ?
-       Le faire, pas moyen de passer outre. Sinon …
-       On se fait repérer direct, tu as raison. Purée, que ce soit le plus rapide possible alors. Deux soirs, deux meurtres me concernant …
-       Que tu n’as ni l’un ni l’autre décidés.
-       Certes ! ».


On les conduisit dans un immense sous-sol au toit surélevé, dans lequel ils découvrirent, eux ainsi que les dix autres participants, douze labyrinthes faits de tôle, de verre et d’arbustes aux branches coupantes.

« Enfilez ces combinaisons protectrices, leur intima l’ordre un instructeur Première Génération. Ceci afin de vous prémunir contre les branches et les morsures de ces criminels, que nous avons placés à l’intérieur de ces labyrinthes. Vous disposez chacun d’une heure et de trois proies. Toutes ont été affamées. Hier, au dehors, ces hommes et ces femmes pillaient, tuaient et violaient vos semblables. Notre Monde a banni la barbarie et donc ils ont tous été jugés puis condamnés à mourir ici par vos mains. Vous devenez donc des auxiliaires de justice, au-delà de la dimension ludique, laquelle doit demeurer présente en votre esprit. Faire le Bien doit être synonyme de Plaisir ».

Le robot, les fit s’avancer vers une grande table et souleva une bâche.

« Couteaux, épées, fusils, poignards, tronçonneuses, grenades, sabres laser. Vous avez droit à deux armes. Faites attention à vous. Ils ont beau être affamés, épuisés et dénudés, il s’agit de tueurs et nul ne dit qu’ils n’ont plus de réflexes.
-       Avez-vous déjà eu des morts parmi nous qui sommes de Néom ?, demanda un participant.
-       Cela est hélas déjà arrivé. Deux fois seulement. Une femme les deux fois. Egorgée pour la première, coupée en morceaux pour la seconde. Ce fut atroce. Mais je le répète, c’est rare. Deux fois sur trois cent séances de douze participants, cela reste peu ».

Julian vit Agathe s’avancer la première et se saisit d’un sabre laser puis d’un poignard. Il hésita un instant puis s’empara des mêmes armes.

« J’espère qu’ils ne nous racontent pas des cracks, murmura Agathe. Ils sont capables de nous faire passer des innocents pour des bourreaux.
-       Au fond je crains que ca ne change pas grand chose pour nous. Avec nos poignards on tue à mains nues.
-       Vise la gorge, Julian, c’est le moyen le plus sur.
-       Le sang va atrocement gicler.
-       Alors regarde-toi bien le faire et surtout pense à cet être qui s’en va par ta main. Songe que c’est ton frère.
-       Ta capacité à prendre de la distance me sidère.
-       Un jour je te conterai ma vie, tu comprendras ».


Julian prit la direction de son labyrinthe et sans hésiter y pénétra.

Il y faisait sombre. L’allée, recouverte de branchages, tournoyait quelque peu, ni droite ni incurvé, irrégulière. Il n’y avait guère au commencement qu’un et un seul chemin possible. Il marcha près de dix minutes, lentement, tachant de repérer les sons les plus infimes, puis se trouva enfin face à une bifurcation.

Droite ou gauche, songea t-il. Puis une voix intérieure lui souffla – écoute ton cœur.

Il tourna alors à gauche. Marcha. Vit l’allée se rétrécir, devenir presque un tuyau l’enserrant, redevenir comme avant, rétrécir à nouveau.

Comme le ventre maternel, songea t-il en posant un pied devant l’autre.

On y voyait de moins en moins bien. Il sentit à peine la main posée sur lui la présence, se retourna d’un bond et poignard en avant trancha dans la chair. L’homme, à peine vingt ans, hurla de douleur, le coup avait porté au visage, à l’œil plus précisément, celui-ci saignait à vue.

« Putain man, putain, cria t-il. Pitié man, pitié, fais pas ça, chuis qu’un gosse ! ».

Julian s’avança et, le regardant avec un haut le cœur, tituber sur lui-même, sanguinolent, s’avança vers lui et avant de frapper une seconde et dernière fois lui murmura.

« Ca va aller très vite, garçon, je te promets. Ferme tes yeux et bon voyage ».



Il était revenu après moins d’une heure. Les trois cibles avaient toutes trois été atteintes. La troisième lui avait demandé davantage d’effort, c’était une femme, très grosse, revendicative et menaçante, extrêmement vulgaire. Elle l’avait menacé, supplié, puis injurié, elle le provoquait, elle le poussait à la faute, et conserver l’esprit froid fut difficile. Il renonça alors à la faire saigner, sortit le sabre, l’alluma, et d’un trait la coupa en deux au niveau du cou. Pour la faire taire à jamais.

Il retrouva Agathe dix minutes après. Elle paraissait sonnée.

« Ça n’a pas l’air d’aller !
-       J’ai failli y passer.
-       Merde. Raconte !
-       Le dernier. Un colosse. Deux mètres. Une montagne de muscles et de chair. Putain il m’a violé Julian, je te dis pas comme il m’a fait mal. J’avais caché le sabre dans ma botte, j’ai juste profité du moment où il a déchargé. Je … ».

Elle fondit en sanglots.

« Julian, je me suis acharnée sur lui. Je suis devenue … une bête ! J’ai coupé un à un ses bras. Puis ses jambes. Puis …
-       Son sexe ?
-       Oui, fit-elle en fondant en larmes dans ses bras. Et puis je l’ai regardé en riant mourir sous mes yeux. Il a mis cinq minutes, il hurlait de douleur. Et moi … Et moi je riais ! Je riais !
-       Chérie ! dit-il en la serrant fort contre lui.
-       Je … Je suis comme eux Julian. Je suis comme eux. Une bête ! Une bête !
-       Tu es humaine, Agathe. Simplement et terriblement humaine ».

Il desserra l’étreinte puis la fixa.

« Pour cette nuit la dose maximale d’adrénaline a été atteinte. Inutile de se faire mal davantage, au fond, ces séances rituelles toi et moi, on sait déjà ce que c’est. Allons danser ! ».



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