mardi 21 janvier 2020

Chefs d’œuvre du 7ème art - Les 400 coups



Petit parigot de 14 ans entrant tout juste dans les affres de l’adolescence, Antoine Doinel sèche les cours et tente d’échapper à une vie familiale morne et à des parents absents. Avec son ami René, il fera l’école buissonnière, vivant de débrouille et partageant ses journées entre errances dans le Paris des années 50, chapardages, lectures de Balzac à la bougie et séances de cinéma. Antoine et René, deux gamins lâchés dans Paris découvrent la vie en faisant les quatre cents coups.

Présentés triomphalement au Festival de Cannes 1959 où ils obtinrent le prix de la mise en scène, et récompensés par un triomphe public et critique mondial, Les 400 coups s’imposèrent immédiatement comme un manifeste du renouveau du cinéma français, par sa liberté de ton, ses dialogues près du quotidien, le jeu naturaliste de ses acteurs, ses décors naturels, ses prises de vue en extérieur, ses plans qui durent pour mieux saisir le réel, son caractère parfois documentaire … Et surtout, cette impression d’un film écrit à la première personne où le personnage principal prend possession de la caméra, et avec lequel le tout jeune réalisateur s’identifie.

Premier long métrage de François Truffaut, Les 400 coups, bouleversant récit d’une adolescence qui se heurte aux interdits du monde des adultes et fait l’école buissonnière, résonne comme un hymne à la liberté. Trop souvent enfermé et abandonné tel un papillon sous une cloche, que ce soit sur les bancs de l’école ou à l’intérieur d’un appartement exigu où sa mère lui prodigue peu d’attention et d’amour, Antoine Doinel, double cinématographique du cinéaste, symbolise, dans cette France étouffante des années cinquante, le souffle de cette jeunesse qui rêve de s’affranchir de ces chaines que lui imposent les autorités, qu’elles soient familiales, scolaires ou même morales. A Antoine les adultes n’ont rien d’autre proposer que des jugements et des châtiments. Se confondant avec la biographie de Truffaut adolescent, lequel lui aussi avait dû conquérir de haute lutte son affranchissement d’avec une enfance aussi terne que douloureuse, les jeunes années de cet Antoine Doinel que le film suit sur une dizaine de jours n’ont de cesse que de fuir les intérieurs sclérosants pour leur préférer les rues de Paris, que le cinéaste investit en format scope avec un immense appétit pour la vie.

Boule d’énergie se heurtant aux interdits et rebondissant toujours, Antoine, petit parigot magnifiquement incarné par un Jean-Pierre Léaud gouailleur en diable, erre dans les rues, chaparde, s’évade de chez lui, fait l’école buissonnière, fume quelques cigarettes, commet quelques larcins, se retrouve au poste de police ou en centre pour jeunes délinquants. Caméra au poing, le film le suit, l’accompagne, le précède, s’aventure à l’air libre et s’enivre dans une scène de manège d’une beauté et d’une fraîcheur épatantes.

Gorgé dhumanisme et dune sensibilité à fleur de peau, Les 400 coups révèlent, outre une absolue maitrise de la mise en scène, la capacité unique de Truffaut à sentir et à retranscrire le monde de lenfance, avec une empathie proprement sidérante. Ce thème de lenfance, il le reprendra plusieurs fois dans son œuvre, que ce soit dans Lenfant sauvage ou dans Largent de poche. Dans lesquels il parviendra également à faire en sorte que les enfants y soient si justes, comme saisis sur le vif à leur insu.




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