vendredi 31 janvier 2020

Fidèle Light !



Elle se repose à un mètre de moi, sur le lit, tandis que j’écris ces lignes, et mobserve à la dérobée. Je sens sa présence, discrète mais constante, à mes cotés, du matin au soir. Quand je sors dans le jardin elle me suit, parfois elle me précède en filant entre mes jambes, s’immobilise quand je m’immobilise, se roule sur le dos, court se cacher dans les arbustes et les plantes, parfois file à cent à l’heure en quête d’un papillon qu’elle aura aperçu voler à faible hauteur.

Light a cette chance de pouvoir vivre une vie de chat domestique tout en pouvant pleinement profiter de la nature, et donc conserver son instinct de chasseur, grimper aux arbres, et se promener de jour et de nuit dans l’immense jardin à volonté. Depuis ce jour béni d’entre tous où cette magnifique boule de poil grise est apparue dans ma vie, je me suis arrangé pour qu’elle puisse toujours avoir un accès à l’extérieur. Elle ignore ce que beaucoup de chats domestiques connaissent, le fait d’être confinée et enfermée dans un espace clos. Rapidement, je l’ai surprise faire ses besoins naturellement, c’est-à-dire au dehors, comme le font tous les chats errants et libres. D’elle-même elle a su trouver les bons endroits discrets vers où elle se glisse sans que j’en sache rien.

Elle demeure d’une fidélité inébranlable, n’accepte de contact physique qu’avec moi, se tient à distance de tous les autres humains, non qu’elle les craint, mais c’est ainsi, c’est la princesse exclusive d’un et d’un seul, elle ne se prête ni ne se laisse porter par quiconque, sinon moi, et encore parfois de mauvaise grâce, préférant m’accompagner librement, courant entre mes jambes, parfois sur de longues distances, deux ou trois cent mètres, à son rythme.

Dormeuse le jour, elle goute au plaisir de sortir fouiner dès que le soir tombe. C’est bien connu, la nuit tous les chats sont gris ! Elle a pris cette habitude de sauter sur le rebord de la fenêtre de notre chambre et quémander de rentrer, de sa patte elle tape au carreau comme le ferait un enfant, jusqu’à ce que depuis la pièce attenante où je visionne un film je reconnaisse ce bruit si particulier. Elle cultive une forme d’agacement envers les portes fermées, qu’elle griffait pendant des mois, et il m’a fallu bien des efforts pour lui faire comprendre qu’il lui fallait faire attention et ne pas abimer ainsi le bois. De guerre lasse elle a fini par s’y faire, de mauvaise grâce.

Extrêmement communicative, Light miaule parfois beaucoup, quémandant une caresse le plus souvent, ou bien du thon, comme chaque jour sitôt ma sieste achevée. Comprenant que mon réveil coïncidait avec le mets désiré, la voilà qui depuis peu s’essaie à m’extraire de mon sommeil avant son terme en venant patouner contre moi toutes griffes dehors.

Chasseuse redoutable de papillons, de souriceaux, d’insectes et hélas parfois d’oiseaux, elle tache à chaque fois de ramener ses proies dans notre chambre, ce que je lui refuse. Je laisse alors la fenêtre fermée, et l’observe avec sa victime dans la gueule attendre en vain que je cède. J’avoue avoir été plus qu’agacé de la surprendre deux ou trois fois s’acharner sur des oiseaux, mais me suis résigné à la laisser exprimer sa nature en paix. Ce qu’on nomme cruauté des chats, n’est-ce point là notre propre sensibilité qui interfère ? Alors je détourne le regard et la laisse faire.

Il y a en elle, et en nos amis chats, un pur bonheur à observer et à vivre à notre égard cette constance dans l’affection. Quels que soient nos états d âme, ils sont là, fidèlement allongés à nos cotés chaque soir. Un an et demie bientôt que ce qui était un tout petit bout de poils espiègle et qui est devenu une majestueuse féline à la robe de velours s’endort contre moi, ronronne sitôt que je la frôle, accourt quand je l’appelle par son nom, vient se frotter contre moi quand je m’allonge, et s’éveille quand je m’éveille en s’étirant puis en plissant ses yeux verts et en les plantant dans les miens. Invariablement, c’est la première image que je vois, une lueur damour, celle sur laquelle, invariablement, j’entame le jour nouveau, chaque matin.




NEOM - chapitre 29



Il fut accueilli par un escadron de Première Génération auxquels s’étaient mêlés quatre soldats souadistes. Tous habillés de façon traditionnelle.

Tous l’escortèrent sans prononcer un seul mot dans les dédales des salles immenses d’un Palais faisant penser comme aucun autre à celui des Mille-et-une-nuits.

Ils s’engagèrent tous dans un immense ascenseur transparent et gravirent les étages, mâchoires serrées. Se penchant légèrement, Julian pouvait voir telles des abeilles des centaines d’employés s’activer tout-en-bas à chacun des étages franchis.

Ils parvinrent à l’étage le plus haut. Seuls deux des quatre souadistes sortirent de l’ascenseur, invitant le visiteur à les suivre.

« Les appartements privés …, murmura l’un d’eux. Montrez votre identifiant, nous ne sommes point autorisés à aller plus loin ».

Julian leva sa main gauche, plaça l’angle entre le pouce et l’index contre le boitier numérique, et vit la double porte de verre s’ouvrir sur un luxueux et immense salon. Où l’or et les joyaux étincelaient de partout.

Il s’avança, intimidé. Pas un son, rien. Ses talons résonnaient sur la dalle en marbre, il fit quelques pas.

Et ne surprit pas l’occupant des lieux, se faufilant sur la pointe des pieds, le surprendre par derrière.

« Surprise ! ».

Julian se retourna en un bond et découvrit le Gouverneur face à lui, nu comme un ver.

« Excusez la tenue, lâcha t-il. Je vous attendais un peu plus tard. Suivez-moi ! ».

Julian détailla la silhouette du géant de plus de deux mètres qui le conduisait dans la pièce attenante, où avait été dressée une table. Il était athlétique, extrêmement masculin, et félin.

« Je vis seul en ce Palais. Mon épouse est trois étages plus bas. Que je retrouve … Ah la voilà, dit-il en attrapant une djellaba dans une penderie. Bon, vous avez eu le privilège de voir que parfois le roi en son palais est nu. Vous savez, l’exercice du pouvoir, fut-ce celui d’un simple fondé de pouvoir, en un mot un exécutant enchainé, est un exercice solitaire. Hautement ennuyeux de nos jours. Autrefois, sous le règne de mon père puis de mon frère, nous étions – ils étaient, car j’en étais le plus souvent exclu – plusieurs. Mon père se devait de rendre des comptes à plus d’un millier de princes, de ruser pour obtenir quelques avantages ou faire passer ses réformes. On appelait cela de la politique. Tout ceci n’existe plus.
-       Qui donc décide ?
-       C’est ailleurs mon cher ami. Sur une autre galaxie ».

Et enfilant enfin sa tenue il éclata d’un rire contagieux, qui gagna son jeune invité.

« En d’autres termes je ne suis qu’un pantin. Je joue un rôle, je fais l’important mais ne suis rien. Un reflet, une image, un dirigeant émasculé. Et un homme seul. Très seul ».

Julian observa le gouverneur. Son regard semblait le dévisager, l’ausculter.

« Avez-vous du temps ?
-       La journée. Offerte par Mantra.
-       Je vous en offre une seconde. Pourvu que vous acceptiez de rester à mes cotés.
-       Vous êtes mon gouverneur, je ne puis donc rien vous refuser.
-       Refusez si vous voulez. Mais désirez si vous pouvez. Suis-je clair ? »

Julian surprit un clin d’œil, timidement baissa les yeux puis, relevant le nez, à son tour lui en adressa un.
« Bien ! Sourit le gouverneur en posant sa main sur l’épaule de son invité. Bon, on déjeune alors ?
-       Euh …
-       Ça veut dire … ?
-       Oui, on déjeune ».

Il le précéda en s’asseyant, lui fit signe de prendre place face-à-lui et sonna.

Un jeune éphèbe entra, tenant un plat.
Il était nu sous la taille.

« Un caprice, sourit le gouverneur. Rassurez-vous, je n’ai rien d’un prélat obsédé par la chose. C’est simplement divertissant. Vous remarquerez qu’ils ne me fournissent guère que de minets, autant dire de la viande de troisième catégorie. Mais venons-en à un sujet qui je vous l’avoue m’intrigue vous concernant. Vous …
Vous n’avez pas, vous n’avez plus peur !
C’est fascinant, ca. Absolument fascinant. Je suis, autant abattre son jeu, au courant de tout vous concernant. J’ai même une caméra branchée sur votre intérieur, et un écran dans ma chambre à coucher. Amusant que de vous surprendre parler seul dans le vide chaque soir. En même temps ce que vous dites et semblez vivre avec cet ami imaginaire est fort singulier. Vos seules répliques permettent de comprendre combien votre élévation est aussi rapide que bouleversante. Des hautes, très hautes fréquences. Là ou je ne pourrai jamais aller.
-       Vous parlez de … ?
-       De ce pouvoir qui est le votre, et qui rompt l’enchainement. Je ne suis de fait plus votre suzerain ou votre supérieur. Vous avez su vous détacher de cela que moi-même je ne puis défaire. La pesanteur ! Vous savez, une philosophe de très grand talent, juive de sang, Simone Weil, avait publié ce court opuscule, La pesanteur et la grâce, que je connais presque par cœur. Vous êtes sur le chemin de la grâce, tandis que je pataugerai jusqu'au bout dans ma propre pesanteur. Au fond, j’ai beau être couvert d’or, je suis quoi, si ce n’est un bédouin inculte et blasphémateur. Eh oui, c’est ainsi que ma famille est considérée, et ceci est hélas fort exact. Nous sommes des sauvages, nous ne devons notre place qu’aux faveurs des britanniques, nous nous sommes vendus pour de l’or noir et avons pataugé dans la fange et dans le lucre. Je suis, quant à moi, le dernier de la lignée. Et je ne dois cette place qu’à mon silence sur les conditions de l’assassinat de mon frère ainé. Et à mon entière soumission à toutes leurs requêtes ».

Avalant lentement son assiette, Julian ne parvenait pas à quitter des yeux le souverain qui lui faisait face. A ses malices des premiers instants avait succédé une gravité, qui donnait à ses traits une certaine forme de beauté, à laquelle il se surprit être sensible.

« L’histoire donne à certains, ce qui s’appelle, une apparence de pouvoir terrestre, qui se paie cher. Ma famille a du sang sur les mains, c’est indéniable, et je ne puis me défausser. Je suis pris par cet enchainement. Ils m’ont contraint à assister à leurs cérémonies, je n’ai pas eu le cran de refuser. J’ai donc vu, et j’ai donc fait. Je me suis donné à moi-même l’envie de vomir. Mais c’est ainsi. Face à mon destin j’ai fait un peu comme vous, mais superficiellement. J’ai choisi, j’ai agi, j’ai prié pour ces petits corps violés puis sacrifiés. Tout en commettant l’acte et en sachant mon âme perdue à jamais. J’ai donc fait comme vous, et en même temps le contraire. Car même si mes prières furent sincères je n’ai jamais posé le moindre acte de rébellion, Dans ma tête je suis donc enchainé, comme possédé. Je ne m’appartiens pas, je suis le jouet de puissances occultes. Comme tous mes sujets ! A l’exception de vous ».

Julian le surprit lui sourire timidement.

« Ce qui crée … ».

Il laissa la phrase en l’air.

« Vous voyez … ?
-       Non.
-       Je pense que si. Vous n’osez pas, nous venons à peine de faire connaissance. Mais votre regard … ».

A ces mots Julian se sentit soudain extrêmement ému.

« Vous savez, quand vous êtes en dessous, je veux dire sous le dôme, dans le système, dans le troupeau … Ils vous … Ah ils ont bien des techniques, et ce dès le plus jeune âge ! Histoire, distractions, école, télévision, technologies à présent. Bref, c’est comme un micro-onde, c’est recouvert de métaux invisibles, et eux envoient des ondes, des ondes électromagnétiques. Ils vous conditionnent, vous font avoir les réactions et les pensées qu’ils veulent. Un peu comme des souris dans une cage, à qui on donne des graines, et puis à qui on envoie ensuite un coup de projecteur violent, puis une électrode. Avant d’offrir une carotte. Le tout anarchiquement. Ça créée des êtres qui vivent dans la peur en se croyant libres. Quand eux, là-haut, ils vous disent blanc, comprenez noir. Ca marche ainsi ».

Il avala la dernière bouchée et couva Julian d’un regard doux.

« A leur 5G, à leur 5ème génération, vous opposez … une cinquième dimension. Là, nous ne pouvons, ils ne peuvent vous atteindre. C’est spirituel cette affaire, comprenez, Julian ! Ce n’est pas un combat pour le pouvoir ou pour l’argent, ca va bien au-delà. Ces choses n’ont pas plus le choix que moi. Elles aussi sont enchainées ! ».

Il essuya sa bouche.

« Vous avez encore faim ?
-       Pas vraiment.
-       Venez alors ! ».

Il se leva avec grâce et majesté, et prit la direction d’une immense baie vitrée.

« Savez-vous ce que signifie cette Cité de Néom, Julian ?
-       Je ne saurais répondre.
-       A moi de te l’apprendre, alors ».

Le gouverneur alors enlaça délicatement son protégé, se posta dans son dos et de la main levée lui indiqua un point à l’horizon.

« Regarde Julian, tu vois cette immense statue au loin ?
-       Oui !
-       Distingues-tu bien ?
-       Non.
-       Il s’agit d’un veau. D’un veau d’or, Julian. Placé exactement là où le premier fut par la parole de Moise détruit. Comprends-tu donc le sens funeste de cette Cité de malheur ? ».

Il se serra contre lui et lui murmura à l’oreille.

« Ils ont utilisé ma famille, ces débauchés, pour le reconstruire au même endroit. Ils nous ont ensuite lancé contre l’Iran. Nos armées ont été décimées, mon peuple fut mis à sang. Ils ont fait main basse sur une parcelle de mon pays, l’ont volé et m’ont enfermé ici avec un titre sans contenu. Ils ont fait assassiner toute ma famille. Et ont recrée le veau d’or. Qui périra à nouveau. Lorsque réapparaitra … ».

Julian frémit et pour la première fois s’abandonna à l’étreinte. C’était, aussi inattendu que cela puisse paraître, un élan d’amour que lui offrait l’homme à la couronne d’or qui le tenait de dos contre son corps. Auquel il s’abandonna de seconde en seconde.

« Néom est la traduction de ce que Satan demanda à Dieu lors de la Genèse. Donne-moi du temps, lui demanda t-il alors, tandis que Père vantait sa plus belle Création Divine. Néom ça signifie ça. Un délai. Un délai pour corrompre tous les hommes. Et voilà, nous y sommes, et nous surplombons ce désastre. Crois-tu que je sois en train de te corrompre, Julian ?
-       Non je ne le crois pas, répondit Julian en fermant les yeux.
-       Que pouvons-nous faire, dis-moi, pour entrer en lutte contre pareille infamie ? Le sais-tu, toi ? ».

Julian inspira, rouvrit les yeux, puis, se dégageant de l’étreinte, fit face à l’homme et posa ses deux mains sur ses deux épaules.

« La seule chose que Père nous ait donné qui puisse rompre le fil du malheur.
-       Quoi donc ?
-       L’amour », murmura t-il en déposant un baiser sur ses lèvres.



jeudi 30 janvier 2020

Chefs d’œuvre du 7ème art - Green book



En 1962, alors que règne la ségrégation, Tony Lip, un videur italo-américain du Bronx, est engagé pour conduire et protéger le Dr Don Shirley, un pianiste noir de renommée mondiale, lors d’une tournée de concerts. Durant leur périple de Manhattan jusqu’au sud profond, ils s’appuient sur le Green Book pour dénicher les établissements accueillant les personnes de couleur, où l’on ne refusera pas de servir Shirley et où il ne sera ni humilié ni maltraité. Dans un pays où le mouvement des droits civiques commence à se faire entendre, les deux hommes vont être confrontés au pire de l’âme humaine, dont ils se guérissent grâce à leur générosité et leur humour. Ensemble, ils vont devoir dépasser leurs préjugés, oublier ce qu’ils considéraient comme des différences insurmontables, pour découvrir leur humanité commune.

Pour son premier film dramatique, Peter Farelly, derrière la caméra sans son frère, réunit un duo de marginaux peu disposés a priori à se connaître et encore moins à se comprendre, et dont l’aventure commune va permettre à chacun de se détacher progressivement de ses codes et de ses préjugés. Avant de se lancer dans ce road movie en direction des états ségrégationnistes du Sud des Etats Unis, l’un comme l’autre vivent en effet chacun en vase clos, le chauffeur dans une petite communauté italo-américaine quelque peu raciste fermée sur elle-même, et le pianiste virtuose seul dans un immense appartement des beaux quartiers. Comme il l’avouera plus tard, Don, musicien noir éduqué par l’élite blanche, combine en lui un conflit identitaire qui l’éloigne d’à peu près tout le monde, pas assez blanc, pas assez noir, pas assez homme, il est, dans une société où cohabitent sans jamais se fréquenter des communautés raciales et de classes sociales distinctes, toujours  considéré comme une exception et donc un marginal, y compris sur scène où on le regarde comme un artiste de génie – c’est-à-dire encore une fois comme un être à part.

Le lien de subordination entre les deux personnages principaux fonctionne à rebours d’une société où l’afro-américain est par essence l’employé de l’homme blanc. Cette inversion à l’encontre des codes habituels s’accompagne d’une différence cocasse entre le savoir vivre et le langage des deux protagonistes. Ce décalage donne lieu à des échanges parfois irrésistibles de drôlerie, la langue châtiée et l’apparence rigide du pianiste de jazz se heurtant au bagout familier, à la silhouette bedonnante et aux manières relâchées de son chauffeur. La cohabitation va progressivement conduire chacun à apprendre à décloisonner ses propres codes, à mieux accepter les spécificités culturelles de l’autre et à entrer en empathie avec sa profonde solitude. Jusqu’à parvenir à cultiver une complicité qui donnera peu à peu naissance à une authentique amitié.

Authentique Feel good movie adapté d’une histoire vraie, ce Green Book couvert d’une pluie d’Oscars et de Golden Globes s’inscrit dans une tradition du cinéma américain trouvant son origine dans les comédies humanistes de Franck Capra. Triomphe des bons sentiments, culte de l’amitié masculine, beaux moments de partage inattendus, conclusion on ne peut plus optimiste …, on pourrait aisément reprocher au film de n’être au fond qu’une succession sans nuances de bons sentiments propres à se mettre le spectateur dans la poche à moindre frais. Mais c’est sans compter l’excellente facture d’un film dont l’écriture sonne toujours juste, et dont les qualités reposent avant tout sur la réussite du couple formé par deux merveilleux acteurs parfaitement combinés, dont l’humanité et la sincérité du jeu font exploser les conventions d’un scénario en effet sans surprise. 


NEOM - chapitre 28



Il assista atterré, seul, aux funérailles de son ancienne amie. Un vicaire vêtu de noir et de rouge avait en effet singé les rituels de l’Eglise en les agrémentant de symboles occultes, et fait lors de son homélie une apologie du suicide, transformé en don de soi.

Julian quitta ces lieux de ténèbres et se retrouva sur la place couverte d’arbres géants devant la Synagogue, aussi lumineuse que la chapelle était sombre. Et appela un taxi.

« Pour le tour de la Cité, combien ?
-       Présentez votre identifiant !
-       Voici !
-       Pour vous, cadeau de Mantra ! », répondit le Première Génération en l’invitant à monter.


Le véhicule s’envola en glissant dans les airs et prit la direction de l’horizon.

« Cette Tour géante que vous observez au loin fut la première construite, en 2021. Un conglomérat d’entreprises russes et chinoises, fut sélectionné par le prince héritier de l’époque, au détriment des industries de l’ancien occident. Ce choix fut, parmi les décisions qu’il prit lors de son règne, une des causes de ce qui lui advint.
-       Son assassinat.
-       L’histoire officielle, celle que nous contons aux humains sans cervelle, est celle de l’assassinat par les services secrets de Téhéran. La Vérité est tout autre !
-       La CIA …
-       Alliée au Mossad. Une exécution des plus parfaites. Un trio de diplomates iraniens ayant subi un lavage de cerveau avait intégré la cellule en charge lors du Sommet pour la Paix de Sofia de parlementer avec les équipes diplomatiques saoudiennes. L’assassinat eut lieu en plein jour, sous le feu des caméras, à mains nues. Impossible de ne pas dénoncer celui qu’on voulait à tout prix abattre.
-       Et les armées se déployèrent …
-       Ce fut soudain et rapide. Les souadistes, aidés par les américains, attaquèrent par missiles interposés Téhéran, qui aussitôt répliqua. Toute la zone alors s’embrasa. Israël reçut quelques balles perdues, et prit prétexte d’une agression qualifiée d’inadmissible pour obtenir une résolution de l’ONU. La troisième guerre mondiale était lancée …
-       Et la Russie envahit l’Europe !
-       Les armées du Maitre du Kremlin étaient exclusivement composées de soldats des pays limitrophes russophiles. Il importait à ses yeux, que le sang russe ne coule pas.
-       La Chine alors attaqua les cotes américaines, tandis que le Proche Orient s’embrasait.
-       Tous les pays conquis par l’occident depuis l’Irak connurent l’enfer des bombes. Leurs populations civiles furent en quelques jours diminuées de moitié. L’Amérique lança alors ses drones sur les conquérants de l’Empire du Milieu et écrasa les envahisseurs. Pékin répliqua en s’attaquant aux bases de l’OTAN et aux alliés asiatiques de l’Empire. Ce fut le prétexte pour le lancement de la bombe.
-       La première …
-       Chine et Russie répliquèrent aussitôt, en même temps, depuis l’Allemagne … Inde et Chine furent les plus touchées. Les USA perdirent vingt états.
-       Le quart de leurs peuples exterminés.
-       Les USA lancèrent alors leurs drones sur les armées russes. Ce fut un carnage. Sur le sol allemand, également en Autriche, en Hongrie et dans les anciens pays de l’ex Yougoslavie, les populations civiles terrorisées servirent de boucliers humains. Mais la force de frappe des américains ne fit pas de détail.
-       Quatre ogives nucléaires. Un milliard de morts, un milliard d’irradiés. En trois jours.
-       Troisième guerre mondiale. Trois jours de combats. Un monde qui se meurt. Et fait miraculeusement place à un nouveau, tout prêt, tout chaud. Ceux qui tirent les ficelles, déjà partis sur d’autres planètes, avaient tout prévu.
-       Bienvenue à Néom ! » sourit Julian.


Le véhicule poursuivit son voyage, faisant découvrir à son occupant d’immenses quartiers, gratte-ciels, Palais de Glaces, Tour-Ogives en Or, et tout autant d’immenses parcs et jardins, parfois suspendus au trois-centième étage d’un colossal immeuble.

« La Cité couvre une superficie à peu près égale à la région de la Bretagne, que vous connaissez bien.
-       Seule province ou mes compatriotes luttent encore !
-       Réplique de ce qui advint lors du premier Empire Romain il y a de cela bien longtemps. Le Gouvernement Mondial ne parvient pas à les faire plier, ni eux ni les vendéens. Revanche de l’histoire pour ces derniers, et répétition de l’épopée d’Astérix pour les autres. La Cité fut bâtie sur la Terre même des Prophètes.
-       Mahomet ?
-       Il s’appelait Mohamed. Lui et tous ses prédécesseurs. Elie, Moise, Jésus …
-       Pourquoi ce choix ?
-       A votre avis ?
-       Une hérésie !
-       Une façon toute ridicule de se prétendre Dieu en confisquant sa terre pour y construire une Cité dressée vers les cieux.
-       Dont les financeurs se sont eux-mêmes exclus.
-       Il n’existe pas un astre où on ne puisse venir les chercher et les réduire en cendres, Julian.
-       C’est rassurant.
-       Nous arrivons au Grand Palais. Le gouverneur Souad vous attend.
-       Quoi ?
-       Vous avez bien entendu. Vous êtes son invité pour déjeuner. Sa table, vous le verrez, est la meilleure du royaume.
-       Pourquoi donc cet honneur ?
-       Il ne m’appartient pas de vous répondre sur ce point. Tenez, ouvrez les yeux, nous arrivons ! »