samedi 27 avril 2019

Manu et le Grand Changement de la petite virgule en bas de la page 7




Donc l’autre soir, après s’être auto-proclamé grand bâtisseur du siècle et pris toutes les décisions qu’il s était imposées à lui même pour faire de la reconstruction Royco Minute Soupe de Notre Dame de Paris son Grand Sujet -  par ordonnances ça ira plus vite ! -, notre Esméralda du CAC 40 s’en est allée faire son numéro de charme tant attendu par à peu près personne devant une meute de chiens de garde on ne peut plus courtois. En son palais, s’il vous plait, avec accréditations pour certains et omissions pour d’autres – on cherchait en vain Gaspard Gantzer, Aude Lancelin, Fabrice Arfi, Denis Robert ou Elise Lucet, ceux-ci devaient être retenus à des ronds points.

Ce fut une longue, très longue péroraison pleine de Moi Je et de Je Me Moi de plus de deux heures trente ou notre Manu parvint avec des mots et des phrases à étirer le rien ne bouge tant que je serai là au delà du supportable. Est-ce qu’on a fait fausse route ? Je crois tout le contraire, a-t-il asséné. Les fondamentaux doivent être préservés, poursuivis et intensifiés, nous assura Sourdingue Premier, concédant un problème de méthode et deux doigts d’arrogance, autant dire deux grammes de cacahouètes.

Je vous la fais courte, la paille à sniff du roitelet. Lequel, après avoir feint pendant deux mois d’écouter des qui ont pas mon QI dans des salles des fêtes de province infectes, a finalement tranché pour n’en faire qu’à sa tête et revenir telle une toupie à son point de départ, à savoir son projeeeet ultra libéral en trompe l’œil.

Oncques donc en des temps anciens sur une autre galaxie, les revendications des gilets jaunes étaient – je dis bien étaient – légitimes. Jusqu’à ce que ces gueux en meutes mutent en d’affreux quenellistes soraliens antisémites homophobes casseurs de flics et de Fouquets. Ce qui me met dans la position régalienne du défenseur de Fort Boyard. Nous sommes un état de droit, mon devoir est d’assurer l’Ordre. Donc la taxe carbone et les 80km/h on repassera. Vos réclamations, allez donc aux urnes, moi je suis le Légitimement Elu. Circulez les jaunes fluo, et revenez dans le cercle de la raison !

Ah oui, votre demande de davantage de démocratie ? Pour MOI la démocratie c’est les élus, du coup votre RIC ca sera sans moi. Pour MOI, je disais, plus de démocratie égale plus de démocratie représentative égale moins de députés – logique non ? -, auquel j’ajoute 20% de proportionnelle pour quand je serai plus là. Et puis pour clore le sujet– cadeau de Manu - j’intégrerai 150 d’entre vous tirés au sort dans un comité Théodule dont vous n’avez jamais entendu parler, et pour cause il ne sert à rien sinon à prendre de petites décisions locales dont je me fiche. Ah oui, et puis après m’être sérieusement pris le chou avec moi même sur cette question du vote blanc, je décide finalement de laisser les choses en l’état. Pourquoi ? Parce que.

Des questions ?

Bon sinon je vous avais promis des baisses d’impôt, je confirme que je vais le faire. Quand ? Bientôt, voyez avec l’intendance, je suis pour la gouvernance à plusieurs, moi ! Du coup, faudra travailler plus pour gagner autant, vu que les études à qui je fais dire ce que je veux me disent que vous bossez moins que les autres des pays à coté. Ça, le travailler plus, ça plaira aux retraités de droite qui eux ont le mérite d’aller voter en masse, et puis vu que ma liste LREM baisse au profit de celle des Républicains, une pierre deux coups !

Oui Laurence ? Ah oui l’islam radical, je serai intraitable, Madame Le Pen n’a qu’à bien se tenir. Et fichez-moi la paix avec les fichés S !

Benalla ? Oh c’était un excellent collaborateur que ce joli jeune homme, non rien de rien, et on en a vraiment trop fait avec cette histoire, vous savez, alors question suivante !

L’ISF ? Ecoutez, le baisser fut à mon sens une très bonne mesure, et puis nous ferons tout bientôt dans un an voire deux une évaluation afin de la faire valider par des amis juste avant que je parte. Ne vous plaignez pas, je vous enlève l’ENA, enfin, j’enlève son nom et je garde le contenu. De toute façon j’ai presque tout vendu, alors fabriquer encore des Macron à la chaine quand il ne reste plus grand chose à demeure, à quoi bon ? Les robots de l’Intelligence Artificielle arrivent de toute façon !

Et de conclure, faussement fataliste. “Diriger en démocratie c’est accepter de ne pas être populaire”. Le sacrifice fait homme que notre poupée vaudou élyséenne pleine de cicatrices ! Pour ses “mesures wahou” on repassera.

Voilà. 2 heures 30 et quelques pour ça, avouez que ça valait l’attente, le cout et le déplacement. Le pire c’est que les chiens de garde parviennent à disserter des heures sur cette logorrhée aussi vide que creuse et qui tient à peine sur un post it. Manu, et ses potes des médias dans la salle, auront donc omis de parler des 10 000 arrestations, des 2000 condamnations à l’arrache, des centaines de blessés, des éborgnés, des mains arrachées, de la mamie décédée, de la BAC déchainée, des LBD, des journalistes embarqués. Sans compter des condamnations de l’ONU, du Conseil de l’Europe et d’Amnesty.

De tout cela pas un mot, et bien entendu pas une question. Pas le temps, désolé ! Quand on disserte deux heures trente sur Le Grand Changement de la petite virgule en bas de la page 7, on ne s’attarde pas sur de menus détails.


lundi 22 avril 2019

La Notre Dame de Manu




Retrouvant enfin quelques couleurs sondagières à la suite du choc émotionnel collectif faisant suite à l’incendie de Notre Dame, notre Président des Riches s’est aussitôt autoproclamé Grand Architecte en même temps de la reconstruction du Monument National et de l’Histoire de France. Le voici, la communication élyséenne fonctionnant à plein régime, remis sur le trône en une geste miraculeuse où celui qui semblait tenir le sceptre en tremblotant s’arroge la faculté par sa parole de réunir un peuple qu’il aura depuis son intronisation divisé, méprisé, insulté, surtaxé et fait tabasser comme jamais personne avant lui à ce poste. Pour du beau, du grandiose, du transcendantal jupitérien comme il aime.

Remettre ses petits mocassins dans l’Histoire Nationale à un mois et quelques d’élections qui risquaient de faire échouer son propre parti – le drame tombe à pic ! Cela dit Manu, c’est pas gagné !

L’appel à la générosité populaire, y compris dans les supermarchés de ses amis les milliardaires d’Auchan et consorts, quelques centimes d’euros multipliés par des dizaines de milliers, vous nous devez 7.94 euros, on arrondit à 8 pour Notre Dame ? Dans un pays où l’Etat capte 52% des ressources des travailleurs en impôts et taxes, cette demande de verser une obole de plus frise l’indécence, mais nous n’en sommes plus à cela près. Cela semble pour certains naturel que de participer à un immense racket national de plus, où les plus avantagés des plus avantagés sont en train de réussir un admirable looping en guise de défiscalisations. Les petits qui se feront avoir donneront deux fois sans s’en rendre compte tout en caressant leur laisse, avec le sentiment d’avoir fait une bonne action.

Il est cocasse de voir que les plus grands champions de l’optimisation et de l’évasion fiscale, le groupe Total au hasard, qui ne contribue pas à hauteur d’un et un seul euro aux recettes hexagonales, et sont donc directement responsables avec l’accord de nos gouvernants de l’état de délabrement absolu de nos finances publiques, rappliquent telles de sympathiques dames patronnesses après des années d’oubli de la cause commune. Des chacals déguisés en généreux donateurs que nos premiers de cordée.

On trouve encore des français pour lesquels oser faire le lien entre ce qu’on ôte au peuple et ce qu’on verse avec abattements pour des pierres est le comble de l’indécence. Que je sache, depuis la loi de 1905 de séparation entre l’Eglise et l’Etat, le fait que ce soit à la collectivité nationale d’entretenir voire de réparer un bâtiment séculier fut-il chargé de l’histoire nationale ne m’apparaît pas tomber sous le sens. Notre Dame, ce me semble, on pourrait tourner le regard vers le Vatican et ses milliards gérés depuis la City, avant que de faire une souscription nationale ? Hélas depuis le 15 avril au soir, notre bon pape est une fois encore aux abonnés absents. De même, organiser un concours d’architectes international pour refaire, différemment qui plus est, une flèche dont nous possédons en France à la fois les plans et les compétences pointues pour la recréer à l’identique – question évacuée, Jupiter a tranché.

Là, pas davantage que la piste d’un incendie criminel – laquelle piste, avant même qu’un enquêteur ait pu mettre un pied sur les lieux semble d’après la presse déjà abandonnée - ces questions semblent mériter d’être posées pour nos pseudos bâtisseurs républicains. Ceux-là même – Hidalgo et Hollande approuvant le projet pharaonique de l’architecte Dominique Perrault, et aujourd’hui Macron - qui en 2016 ont validé un projet architectural faisant de l’Ile de la Cité une espèce de complexe marchand attrape touristes, comprenant, sous la férule d’Unibail et Auchan, des tas de commerces j’imagine pas très bon marché à proximité de cette Cathédrale new look 2024. Notre Dame intégrée à un dispositif marchand, nous y voilà. Le parvis vendu à Auchan et Unibail, et des commerces en sous-sol comme aux Halles.

Notre Cathédrale, un sympathique Grand Maitre d’une Loge franc-maçonne européenne l’a malicieusement qualifiée de Temple dont il a estimé que la reconstruction – le diable se niche dans les détails – constituait, je cite, une opportunité. Les travaux peuvent commencer, avec pour horizon les JO de 2024 !

Cet nième incendie d’un lieu de culte catholique en France tombe décidément à pic pour bien des puissances d’argent, et sert leurs obligés dans leurs desseins communs. Les casseurs reconstruisent, se servent au passage et se réapproprient les biens. Etatiser les dépenses, privatiser les gains, et tuer au passage l’esprit.


samedi 20 avril 2019

Chefs d’œuvre du 7ème art - Playtime




Ce fut le quatrième film de notre Charlie Chaplin national qu’est Jacques Tati, et ce fut le film qui le ruina et manqua de ne jamais être achevé. Son énorme dépassement de budget dû à la reconstruction sur un immense terrain d’une sorte de La Défense – tandis que celle-ci était en construction – obligea le cinéaste à vendre les droits de ses trois films précédents. A sa sortie, il rencontra un échec public et essuya quelques revers critiques, que sa ressortie plusieurs décennies plus tard effaça.

A revoir Playtime de nos jours, dont la modernité saute aux yeux, on est face non seulement au meilleur film d’un cinéaste aussi talentueux que peu prolixe, mais à un des chefs d’œuvre les plus forts de toute l’histoire du cinéma français. Une œuvre énorme, monstrueuse, visionnaire, d’un burlesque absolument irrésistible, dont les qualités plastiques et de mise en scène éblouissent.

De Jour de fête à Playtime, ou du village rural au village global, tel pourrait être le résumé des quatre films où apparait le double du cinéaste, ce légendaire Monsieur Hulot. Légèrement apparente dans Les vacances de Monsieur Hulot, récit des premiers congés payés, plus évidente dans Mon oncle au travers du portrait irrésistible de drôlerie de ces banlieues modernes et de ces maisons équipées jusqu’à l’absurde par les technologies de l’époque, et ici le cœur même du sujet, la modernité de la société de consommation et du loisir, loin d’être vue sous l’angle d’un regard réactionnaire, nous est exposée au travers de plusieurs séquences autour de lieux géométriques, faits de lignes droites, de profondeur de champ et de reflets. Des séquences-espaces – l’aéroport, les espaces de bureaux, les appartements-vitrine, le restaurant moderne …- composent des blocs narratifs faits de plans larges où la durée des plans et le nombre de figurants et de détails qui y sont contenus permettent au spectateur de fureter et de repérer par lui-même les mille et une absurdités de ces villages globaux qui semblent si peu faits pour la vie.

Mille gags se succèdent, irrésistibles de burlesque, dans la suite des Temps modernes de Chaplin. Le décor, l’hyperfonctionnel, l’hyper rationaliste égarent ces êtres qui y passent, y travaillent, s’y promènent voire y vivent. Gags uniquement visuels ou sonores, c’est-à-dire se rattachant à la grammaire même du cinéma. Car dans Playtime, OVNI à son époque et OVNi tout court, à peu près tous les outils du cinéma classique sont évacués. Pas ou peu de dialogues, pas de hors champ, pas de champ/contrechamp, pas de musique sauf si elle est directement intégrée à ce qui se passe sur l’écran, pas à proprement parler de personnages, hormis Hulot et l’américaine, pas de progression dramatique non plus. Juste un monde loufoque exposé de manière virtuose, qu’Hulot va faire exploser en même temps que la vitre du Royal Garden, Hulot servant de dérailleur dans une horlogerie. Explosion qui va permettre à tous, et donc pas uniquement aux catégories sociales pour lesquels ce restaurant moderniste pour VIP était fait, de pénétrer le lieu chic et de se mêler pour y trouver une forme d’ivresse qui va littéralement faire imploser le décor. Avec une avalanche de gags qui évoque The Party de Blake Edwards, sorti l’année suivante.

Bref, Playtime, film incroyablement ludique et visionnaire sur notre XXIème siècle et ses dérives modernistes, observe avec ironie et sourire ce monde inhumain qui pousse comme un champignon. Et nous permet de mettre une loupe grossissante sur ses mille et une absurdités tant architecturales que civilisationnelles. Un monde envahi de métal et de verre où la frontière de l’intimité a disparu – le chez soi des appartements-vitres est visible de tous depuis la rue -, et où grouillent des anonymes errant comme dans un labyrinthe et tachant de se conformer à une logique totalement absurde.


mercredi 17 avril 2019

Manu Minion Million



Nous sommes un peuple de bâtisseurs, nous a rappelé avec des trémolos dans la voix le petit télégraphiste de la casse nationale. Ce NOUS fait sourire, ce NOUS manipulateur et mensonger. Lui la créature d’un sommet invisible entend se joindre à NOUS et nous la jouer union nationale. 5 minutes 40 à enfiler avec un regard absent des perles, un Président des Ultra Riches soudain transformé pour la circonstance en débiteur de soupe Harlequin, feignant l’émotion pour mieux surfer sur la vague. Soudain doté d’un cœur, le banquier d’affaires sourd à la souffrance populaire qu’il déchaine et aveugle devant les gueules que son pouvoir a cassées nous chante son amour des jeunes pompiers de Notre Dame. Le pyromane de métier est revisité.

Le texte fut lu sur le prompteur, le lendemain de l’évènement tragique. Cette fois Manu a su retenir le petit sourire en coin, il s était amidonné de grosses ficelles niaiseuses. La veille, devant l’édifice en flamme de cette religion qui est le contraire de la sienne, il nous avait déjà promis que des quatre coins de l’hexagone, par la force de sa seule parole, certains allaient donner donner donner, comme le chantait Enrico Macias. Aussitôt quelques uns de ses marionnettistes apparurent, ceux-là qui avaient tant bénéficié des largesses de leur poulain, et lâchèrent des sommes faramineuses, un milliard, trois fois le budget annuel de la rénovation des monuments historiques. 200 millions par ci, 100 par là, qu’ils avaient dû hésiter auparavant à offrir à nos services publics et à nos hôpitaux. Mais là, devant cette émotion nationale, comment résister ? D’autant que donnant 100, ils en récupèreraient 66 voire davantage, le déficit d’impôt encaissé étant aux services de la collectivité – le fameux NOUS de Manu …

Manu nous l’a dit, en cinq ans, par la seule force de sa Parole, la Cathédrale renaitrait. Car Jupiter est Jupiter. Il n’y avait plus de sous dans les caisses ? En voici des millions ! Passons sur les niches fiscales déguisées en générosité de façade, ne soyons pas mesquins, c’est l’heure où il nous faut face à la tragédie nous serrer les coudes. Les premiers de cordée sont là, à nos cotés. Et NOUS allons poursuivre en chantant la Marseillaise la merveilleuse histoire de cette France que nous aimons tant. Alléluia !


mardi 16 avril 2019

Notre Dame de Paris et la Tour des Rothschild



“ Je suis une ancienne étudiante de l’Ecole du Louvre en Histoire de l’Art. J’ai visité la charpente de Notre Dame avec des architectes des Bâtiments de France il y a plusieurs années. Cette charpente de bois du XIIème siècle était protégée comme jamais ! Chaque intervention est toujours accompagnée par des historiens, des architectes, des experts, aucuns travaux ne sont envisagés sans une prudence extrême, pas une source de chaleur, pas de chalumeau, pas d’appareil électrique, un système d’alarme performant, et une surveillance très stricte. Je pense que nous finirons par apprendre que c’est un incendie criminel.”

La personne qui a écrit et publié ces lignes semble connaître bien davantage le sujet dont elle parle que tous les journalistes et experts invités sur les chaines d’information BFM, LCI ou CNEWS. Lesquels ont tels des mantras répété en boucle avant que toute enquête sérieuse ait commencé qu’il s agissait probablement d’un accident involontaire. Accident involontaire, compte-tenu de ce qu’écrit cette femme, il conviendrait alors que toutes les habituelles précautions aient été étonnamment oubliées pendant un laps de temps donné. Nous parlons quand même de Notre Dame ! Compte-tenu du dispositif et de la vigueur des flammes je verrais bien quelques armes à énergie dirigée …

Là, les médias ont enrayé sur un registre hyper émotionnel comme toujours et attisé la douleur en faisant tourner en boucle les images de l’incendie tout en les accompagnant de leurs mantras. Télé Drahi pleurant Notre Dame- laissez moi rire ! Ils inventèrent à Macron une émotion prétendue qu’à le regarder et à l’écouter tout-un-chacun pouvait aisément voir que celle-ci était aux abonnés absents. Trop content de sécher la restitution télévisuelle de son grand débat, le monarque, et de l’échanger avec un discours probablement repris par les télévisions du monde entier. Son petit sourire en coin, à deux minutes quarante de son allocution, en disait long.

Le lendemain, les médias nous ont mis au pinacle leurs propres patrons les ultra riches, lesquels, en bons philanthropes bienfaiteurs de l’humanité, ont décidé de donner un pourboire pour la rénovation de notre si belle Cathédrale. Le groupe LVMH et la famille Arnault vont donc verser 200 millions d’euros, une paille pour la quatrième fortune mondiale riche de 66,9 milliards. Ça lui donnera peut-être quelque droit de propriété sur ladite Cathédrale après investissement, allez savoir …

On omet de préciser sur nos médias mainstream qu’à la même heure exactement, à Jérusalem, 18h50 donc, s’est aussi embrasée la Mosquée Al-Aqsa, à quelques mois de l’achèvement du Troisième Temple pour juillet 2019, peu après la réélection de Bibi Netanyahou. On s’étonnera de la coïncidence qui fait que deux lieux de culte particulièrement sacrés concernant deux des trois grandes religions monothéistes aient été – loi des probabilités ici bien mise à mal – tous deux simultanément les proies des flammes de (je vous laisse compléter).

On s’étonnera que l’incendie De Notre Dame, particulièrement phénoménal, soit intervenu le lendemain du dimanche des Rameaux, au tout début de la semaine sainte conduisant à Pâques. On ajoutera que ce drame s’ajoute à une liste impressionnante en France d’églises détruites ou profanées – la profanation des lieux de culte en France concerne à 90% des lieux catholiques. Rien que sur 2019 on compte déjà 104 actes commis sur des églises, dont la Basilique Saint Denis, excusez du peu. On se souvient qu’en mars un incendie qui a tout d’un incendie criminel d’après ce que dit l’enquête s’est déclaré sur le seuil de l’Eglise Saint Sulpice à Paris.

On remarquera au passage qu’à l’exception de ce spectaculaire incendie de la Mère des Cathédrale, dans laquelle était entreposée la couronne d’épines du Christ et de laquelle avaient été déplacés et mis à l’abri il y a une semaine – heureuse précaution et étonnante coïncidence !-  un certain nombre de trésors, nos chers médias indépendants accompagnent d’un silence poli ces exactions, préférant gloser sur une semaine de champignons antisémites en plein mouvement des Gilets Jaunes. Actes antisémites qui je le remarque ont cessé miraculeusement de se répandre aussitôt achevée cette tonitruante séquence politico-médiatique.

On remarquera également que le Saint Siège, comme on l’appelle, brille par un même silence au sujet des églises profanées qu’à propos des fermetures d’églises en explosion depuis quelques années sur le territoire de sa fille ainée. Préférant disserter sur l’accueil des migrants et de faire des colloques bisounours avec les autres religions que de se préoccuper de la préservation de son propre patrimoine séculier, envers lequel il ne daigne point ouvrir sa bourse pourtant pleine à craquer.

On s amusera à peine des discours et postures de circonstance de tous ces élus qui se sont adonnés à la Haute Franc-Maçonnerie, ennemie héréditaire de l’Eglise Catholique et de cette civilisation chrétienne qu’ils détestent et qu’ils entendent détruire. On ne résistera pas à citer dans le texte un Jean-Luc Mélenchon, éternel bouffeur de curés et sabreur de toute foi autre que celle envers sa sacro sainte laïcité, et qui surfant sur l’émotion pousse l’indécence jusqu’à écrire. “Athées ou croyants, Notre-Dame est notre cathédrale commune. Le vaisseau, la nef qui nous porte tous sur le flot du temps. Et je crois que nous l’aimons de la même façon. Des premiers États Généraux à la victoire sur les nazis, la nef a accueilli toutes nos clameurs libératrices. Je me dis qu’elle ne brûlera jamais tout à fait. Il en restera toujours un morceau qu’un être humain voudra continuer vers le ciel ”.

On lui rappellera que ses ancêtres révolutionnaires de 1789, son cher Robespierre notamment, ceux qui ont inventé cette maxime Liberté Egalite Fraternité, en ont détruit, des églises, et guillotiné, des curés. Et qu’eux n’ont jamais eu l’indécence d’encenser ce qu’ils détruisaient pour grappiller des voix.

Les forces occultes ont ici-bas en ce 15 avril fait des ravages avec leurs flammes et attaqué en plein cœur en même temps deux lieux sacrés de deux grandes religions, dont on peut penser ce qu’on veut. Les Rothschild, dès début 2017, sur la Une de leur numéro spécial de The Economist, nous avaient pourtant mis dans la confidence avec leur carte de tarot The Tower, dont la représentation symbolique est assez transparente. Carte succédant à The Hermit, celle là même qui nous annonçait avec presque deux ans d’avance le mouvement insurrectionnel des Gilets Jaunes. Les signes sont là pour qui sait et qui veut voir. Le diable ne se niche plus du tout dans les détails.


lundi 15 avril 2019

Chefs d’œuvre du 7ème art - Misery



Auteur de la saga à succès Misery, Paul Sheldon vient de terminer son nouveau roman. Alors qu’il quitte l’hôtel de montagne où il s’était isolé pour écrire, sa voiture dérape sur la neige et se retourne. Grièvement blessé, il est sauvé par Annie Wilkes, infirmière et grande admiratrice de Misery, qui l’installe chez elle.

C’est la seconde fois que Rob Reiner, après Stand by me, adapte une œuvre – ici une nouvelle – de Stephen King. Sorti en 1990, son Misery, une évidente réussite et un huis clos aussi surprenant que glaçant, rencontra un énorme succès et permit à son actrice principale, Kathy Bates, absolument phénoménale, de remporter un oscar. Hypertendu, sans une minute de trop, Misery, contrairement à beaucoup d’œuvres à la frontière de l’horreur et du suspens, n’a pas perdu une ride.

Contre l’avis d une éditrice tiroir caisse mais néanmoins amicalement attachée à son auteur à succès, Shelton, conscient de n’être devenu rien d’autre qu’un fabricant de produits culturels insipides pour ménagères américaines, a décidé contre la logique du marché qui l’a fait devenir riche et célèbre, de mettre un terme à la vie de cette Misery et de tacher de reprendre à la fois son art et sa vie en mains. En s’isolant l’hiver dans son chalet – en lui même - pour oser enfin délaisser la facilité et retrouver son ambition première. C’est aux frontières de cette ambition de changer vraiment, une fois rédigée la dernière Misery, celle où le créateur a donné congé à sa sirupeuse créature, que le destin le fauche en plein vol et envoie sa voiture dans le décor. Et cloue l’homme en voie d affranchissement sur un lit, dans le petit chalet de celle qui se dit être sa plus grande fan.

Retour brutal , presque comique, à la case départ ! Cette Annie, infirmière de métier, a tout de la personnalité schizophrène. Elle est une de ces fans hyper intrusives qui représentent aux yeux d’un personnage célèbre une source d’inquiétude bien connue. Car la création littéraire de l’écrivain s’est comme confondue avec la vie de sa lectrice assidue, laquelle, tant vis à vis de l’héroïne que de son créateur, a plongé dans une idolâtrie plus qu’excessive. Annie, vivant seule, s’est recréée un monde aussi irréel que celui de Disney et se projette tellement dans cette fiction qu’elle a depuis longtemps perdu le sens commun, passant de manière de plus en plus névrotique de la plus extrême attention sirupeuse à des colères et des accès de violence propres à un esprit totalement fou. La situation fait d’elle un authentique tortionnaire sadique, prête à tout, au contraire de l’éditrice amie, pour contraindre par la force l’artiste à continuer de lui créer pour elle seule ce monde factice qui est sa raison de vivre.

Le combat entre eux deux, elle qui a fait d’une fiction niaise sa vie et lui qui veut absolument s’en échapper, a quelque chose d’un combat pour la survie de chacun des protagonistes. Annie c’est devenu le double de Misery, Misery lui appartient. C’est pour l’écrivain davantage que cette série de best seller qui le ronge, c’est maintenant une fan de l’œuvre en question, en somme un effet collatéral de ses propres romans, une créature de Misery donc la sienne aussi, qui se montre prête au pire pour le garder sous son joug et lui briser littéralement les pieds avec un marteau. La bluette a accouché d’un monstre, et ce monstre est en situation de tuer cet artiste dont elle ne fait aucun cas, simplement pour encore et toujours s’enfermer tout en l’y enfermant lui aussi dans ces livres sans âme dans lesquels elle a perdu depuis longtemps toute raison. Cette Annie personnifie à la fois le cauchemar de tout artiste en quête de liberté et le démon sournois tapi dans l’œuvre de celui qui à un moment a signé le pacte de Faust sans le savoir et doit payer une note très lourde pour pouvoir retrouver sa liberté comme l’usage de ses membres.


vendredi 12 avril 2019

Chefs d’œuvre du 7ème art - Orange mécanique



Orange mécanique, encore aujourd’hui, apparaît autant comme un OVNI dans la carrière brillantissime de Stanley Kubrick que dans l’histoire du cinéma. Sa sortie en 1971, décennie par excellence où certains grands auteurs pouvaient absolument tout se permettre – La grande bouffe, Salo et les 120 journées de Sodome, Portier de nuit – fit scandale, le film souffrit d’une interdiction en Grande Bretagne, le cinéaste reçut des menaces de mort et le public, extrêmement nombreux, répondit présent.

Tout sauf aimable, l’adaptation par Kubrick du roman d’Anthony Burguess se situe dans un futur qu’on suppose proche, dans une banlieue - reconstituée en partie - de Londres et dans la capitale. Le film est comme construit en trois blocs. Dans le premier, Alex et sa bande, lâchés dans un monde sur-sexué, s’adonnent en bande à l’ultra-violence, viols, tabassages gratuits, massacres sans raison, sans compter les luttes avec d’autres bandes, le tout raconté à la première personne avec une langue déconstruite. Un monde amoral et barbare donc, que le cinéaste nous force à regarder frontalement, nous les spectateurs vissés au siège et devant supporter un spectacle décadent et abject, le tout sur un mode décalé, avec le regard d’Alex donc, pour qui ces horreurs sont de l’ordre du divertissement. Tout, le vocabulaire, les costumes des protagonistes, hyper stylisés, chapeaux melon, tuniques blanches et bottes militaire, la musique de Beethoven, électrisée, remixée et accélérée, tout concourt à créer un ballet grotesque, une scène de théâtre où les effets abondent pour créer une dissonance entre le fond et la forme. Le monde d’Alex, sorte de post adolescent lâché dans un monde inhumain qui par l’art vante et exhibe la sexualité et fait de la femme un corps objet – les statues de porcelaine du bar … -, est aussi comique que décomposé.

La seconde partie mettra en apparence un terme à l’horreur pour lui en substituer une autre, pire encore. Trahi par des congénères qu’il sadisait, Alex se retrouve à présent le cobaye d’une expérience gouvernementale visant à lui ôter toute violence. A compter de cette bifurcation, Orange mécanique devient froid, expose des personnages représentant la société sans affect aucun, policiers, services sociaux, politiciens. Lesquels, tels des agents de la CIA, font faire vivre à Alex un enfer en le déprogrammant à force de lui montrer des images d’ultraviolence, jusqu’à en faire un agneau.

On le voit, le propos de Kubrick n’était en rien de mettre la violence en scène par une forme de plaisir sadique mais bien de la dénoncer sous toutes ses formes, jusqu’à mettre Alex et son spectateur devant la même situation d’écœurement, tout en interrogeant la violence d’état, état qui a créé Alex en le plaçant dans un monde inhumain, lequel a libéré ses pulsions de destruction gratuite, avant d’en faire un mouton désarmé à présent devenu proie.

Le film s’achèvera donc sur la troisième forme de violence. Les victimes sont devenues bourreaux et inversement. Ceux qu’autrefois Alex terrorisaient prennent dorénavant leur revanche, avec l’assentiment tacite de cette société sans âme dans laquelle ils se complaisent. Cet ultime retournement de situation sur l’origine de la barbarie contemporaine achève de dresser le portrait volontairement grossi allant puiser dans l’excès et le grotesque d’un monde sans âme et sans repères. Dont Alex n’est en définitive qu’un symptôme et rien de plus.


mardi 9 avril 2019

NEOM - les 3 premiers chapitres du roman



            1


La sonnerie le sortit de sa torpeur. Il devait être seize heures en ce dimanche 15 février 2030, et Julian, comme à son habitude depuis son licenciement deux mois auparavant, s'était couché à l'aube, passant ainsi la quasi totalité de la journée au lit. Ses deux colocataires comme d'habitude étaient de sortie et avaient laissé des tonnes de détritus et de miettes de chips au sol.
Au dehors il faisait froid, Berlin vivait un hiver redoutable depuis trois mois. Les écrans tactiles qu'il consultait parfois regorgeaient de nouvelles terrifiantes. Dans les autres quartiers, ceux des défavorisés, on ne comptait plus, en sus des victimes d'actes de pillage et de barbarie, le nombre de sans domicile fixe morts de froid.
Il décrocha le combiné et se frotta les yeux.
« Allo, marmonna t-il.
-       Julian Dawn, questionna une voix métallique.
-       Oui ?, balbutia t-il
-       Igor, troisième génération, poursuivit le robot de l'intelligence artificielle. Nous savons qu'il est dimanche, Monsieur Dawn. Nous savons vous dormiez …
-       C'est … C'est exact.
-       Il est l'heure de se réveiller, le coupa l'interlocuteur.
-       Je … Je suis parfaitement réveillé, balbutia Julian sur la défensive.
-       Vous ne l'êtes pas, nous le savons. Nous savons tout, vous savez, de vous. Nous savons que vous êtes arrivé à échéance de vos droits. Que vous avez à charge votre mère et vos grands parents, lesquels sont tous deux fort malades du fait d'une alimentation insuffisante. Nous savons que vous êtes fils unique, célibataire, que votre père est mort lors de votre première année, que vous fûtes élevé seul avec amour. Que vos ainés ont tout perdu, sinon la maison familiale, lors de la grande crise de 2027, et que de votre sort dépendent les vies de vos plus chers.
-       Vous … Oui c'est exact.
-       Nous savons aussi que vous fûtes un excellent élément dans cette succursale allemande de ce groupe mondial spécialisé en sécurité des infrastructures, que vous y fûtes fort bien noté par votre hiérarchie, apprécié de vos collègues pour votre amabilité et votre constance dans le travail. Nous savons surtout que vous montrez fort peu vos émotions, pour ne pas dire jamais. Et cela nous convient.
-       Je …
-       Donc une place, une place vous est réservée, un poste fort bien rémunéré, si vous préférez. Ce sont les ordinateurs quantiques qui de milliers de dossiers ont sorti le votre ainsi que onze autres. Vous intégrez Mantra dans une semaine et un jour. Avez-vous des questions ?
-       Je … ».
Julian attrapa un verre et l'emplit d'eau puis l'engloutit avant de prendre la parole.
« Que … Que dois-je faire ?
-       Rendez-vous au cyber de la Tour Wenders, quatrième étage, la réception vous conduira au terminal. Entrez vos codes et suivez la procédure. Vos biens seront transférés par les soins de Mantra. Trois virements ont déjà été effectués, vous pouvez appeler votre mère, qui obtiendra également la confirmation de ses parents.
-       Je … C'est …
-       Nous tenons à ce que votre intégration se passe au mieux. Une milice se rendra au domicile de votre famille et les exfiltrera pour la Cité. Un appartement leur a été attribué ainsi qu'à vous.
-       De … Puis-je savoir où ?
-       Néom ! ».


2


Le véhicule sans conducteur l'avait conduit sur le seuil de la Tour. Il n'y avait que cinq cent mètres entre son domicile et l'entrée, mais les risques étaient trop élevés à en croire l'appli Care, danger force 4, quinze rebelles non identifiés dans le secteur depuis la veille, sans compter la bourrasque pouvant ici faire voler un peu de ce virus inconnu appelé Enjoy – celui-là dont on mourait en quelques heures dans des convulsions.

Julian aperçut un de la Seconde Génération s'avancer en sa direction, lever à sa vue le bras, lui faire un signe d'avancer. Sans hésitation le visiteur présenta sa main gauche, le robot le scanna puis l'invita à le suivre dans l'alcôve de verre.
Le hall était désert en cette fin de dimanche, seuls des aspirateurs qui semblaient virevolter en une danse silencieuse, et puis le bruit de la soufflerie, de l'air chaud soulevant la poussière.
La cabine à taille humaine de forme cyclonique apparut, le Seconde Génération lui indiqua d'un clignement d'yeux sa place, et s'y positionnant, Julian s’agrippa à la barre verticale. La capsule décolla, jusqu’au quatrième étage.
Un lecteur numérique apparut, le front cette fois, il se pencha en avant, la double barre de lumière rouge afficha les informations, et la double porte s'ouvrit sur un open space ou quelques dix personnes recueillies faisaient chacune face à un écran tactile suspendu dans les airs.
« Bonjour Monsieur Dawn, l'accueillit une hôtesse à apparence humaine. Je suis Pétra, employée d'Igor et aussi votre collaboratrice pour cette séquence. Veuillez me remettre vos identifiants je vous prie, et vider le contenu de vos poches dans cette boite.
-       C’est qu’il n'y a que trois fois rien …
-       Les composants espions se cachent parfois dans un simple bristol, ponctua Pétra en découvrant un sourire absent. J'attends !
-       Voilà ».

La créature inspecta le contenu de la boite puis plaça celle-ci dans un bocal cerné de lasers.

« Ceci vous sera rendu une fois validée votre naturalisation au cœur de la Cité. Vous allez devoir désactiver toutes les données relatives à votre existence d'alors afin de nous permettre de créer une nouvelle identité.
-       C'est que …
-       Vous conserverez tous vos patronymes, simplement c'est pour Néom une question de vie ou de mort que chaque octet introduit dans le système soit vierge. Tout est technologique, vous le savez.
-       Bien.
-       Vous renouvellerez l'opération pour les trois membres de votre famille, dont nous avons récupéré les badges. Une opération simple comme une programmation pour un professionnel comme vous ! Suivez-moi à présent. La procédure pour vous quatre devrait vous prendre deux heures, cela vous permettra ainsi de diner après avec les vôtres.
-       Co … Comment cela ?
-       Ils sont sur place, au vingt-huitième étage, et suivent actuellement le programme de désinfection Alpha. L'équipe sanitaire est une des meilleures de la ville, et tous vos effets seront directement réaffectés dans votre trois-pièces à Néom. Il se peut que nous nous décidions à détruire quelques objets contaminés, mais en général le taux marginal ne dépasse pas les 8,5%. Avouez que pour dix hectos centimètres de nanoparticules hebdomadaires – votre salaire net – c'est bien peu de choses.
-       J'en conviens.
-       Installez-vous au creux de ce fauteuil connecté, fermez les yeux et laissez vos pensées suivre les instructions suggérées. Comme vous le savez celles-ci doivent être aussi précises qu’une flèche. Une hésitation et le programme repart au commencement. C'est un peu comme un jeu vidéo, voyez-vous.
-       Et si jamais je ne trouvais pas immédiatement la réponse ?
-       Auquel cas votre dossier aurait été écarté et votre famille abandonnée à son sort ».

Julian sentit une légère contraction au cœur, et inspira profondément.

« Dans deux heures c'est fini. Vous restez une semaine ici avec les vôtres, temps d'incubation rendu nécessaire par la procédure gouvernementale. Néom est par essence pure, d'une pureté ne pouvant tolérer la moindre bactérie. Tout sera aussi propre en vous qu’au premier jour de votre vie.
-       C'est comme une renaissance, sourit-il.
-       Non. Pas une renaissance. Ce que vous avez vécu jusqu’alors n'était qu’un embryon de vie. Vous étiez un cloporte, vous devenez enfin un individu à part entière, un être vivant doté de conscience. Fermez les yeux, nous allons vous l'implémenter ».


3


On lui remit une disquette à implémenter au creux de l'oreille, dans laquelle le plan de la tour était contenu. Il appuya sur le lecteur, suivit scrupuleusement les instructions, quitta le quatrième étage pour un espace d'ascenseurs virtuels ou la téléportation sur simple scan de la puce implémentée dans le creux de la main gauche suffisait.
Pour ce faire, fermer les yeux et accompagner de manière préventive la visualisation de l'instruction, était nécessaire. Le trans-humain tel que généré par les stupéfiants progrès technologiques de ces toutes dernières années détenait le pouvoir, par la pensée, non seulement de se déplacer, mais de déplacer des objets, y compris des objets lourds, et d'organiser comme face à un simple jeu de lego le déménagement d'un appartement complet. Julian avait été formé à cela, à ce programme qu’on appelait Monarchy, et les scores qu’il avait obtenus étaient excellents, du fait d'une émotivité quasi absente. Sa faculté à se concentrer entièrement dans l'acte faisait dire à ses supérieurs qu’on avait affaire à un être aux capacités pas si éloignées que cela des Seconde Génération, disons aux deux tiers de leurs facultés, ce qui était assez exceptionnel.
Il visualisa la salle de restaurant, puis à l'intérieur le bal des serveurs Première Génération, enfin les siens. Et ouvrit les yeux.
Mother se tenait immobile en un sourire figé, tenant par chaque main celle de Grand Father et Grand Mother. Tous trois poussèrent un rire de joie à la vue de celui qui venait une fois encore de les sauver.
« Ah fils, l'accueillit Mother en lui tendant une main gantée, te voilà enfin, nous nous impatientions. C'est que ton Grand Father a faim, ces heures de purification ont épuisé ses forces.
- Je m'en doute, marmonna Julian en déposant négligemment un baiser sur la main maternelle puis en s'asseyant. Donc manger ».

Un drone apparut alors et énonça le menu d'une voix métallique.

« Ces légumes sont si congelés que je ne les sens point, grogna Grand Father. N'y aurait-il point autre chose ?
-       Hier tu dépérissais et te voilà à multiplier les caprices, se défendit son épouse. Remercie plutôt ton petit fils, à qui nous devons tout.
-       Pas envie de quitter notre maison !
-       Ta maison, vieux fou, était depuis deux semaines cernée par des égorgeurs venus des Balkans, et nous ne devons notre salut qu’à un kit de sécurité acheté par notre cher Julian !, le coupa Mother en acquiesçant pour eux tous à propos du menu. Chéri, alors dis-nous !
-       Néom, Mother !
-       On ne pouvait rêver mieux ! Nous voilà enfin à l'abri. Ton contrat ?
-       Trois ans. As-tu reçu les fonds ?
-       Ce matin, penses-tu je n'y comprenais rien, j'ai été réveillée par les robots livreurs, le réfrigérateur intelligent à nouveau plein à craquer, deux mois que pareil miracle …
-       Du gâchis !
-       Mais non voyons, tout est déjà en partance pour … Ah mais veux-tu voir ce duplex que je … Le grand luxe mon fils, que du verre, que du transparent, et puis trois robots rien que pour moi, je n ai qu’à glisser les pieds sous la table et …
-       Si seulement tu pouvais en profiter pour te remettre à peindre !
-       Oh mais c'est que je crains que mon œuvre ne soit posthume !
-       Pour cela il eut fallu que tu commences VRAIMENT ! grimaça t-il en attrapant une coupe et en se servant du champagne.
-       Tu … Tu ne nous sers pas ?
-       Tu n'es pas manchote à ce que je sache !
-       Juste sensible à la galanterie », sourit-elle.

Elle se saisit de son Smartphone et lui tendit.

« Le dernier en date !
-       Encore un gigolo !
-       Il n'est pas humain, voyons !
-       C'est toi qui au fond n'est pas humaine !
-       J'ai besoin de chair, fils !
-       Alors prends-toi un être humain, un vrai !
-       Ils sont si ennuyeux !
-       Ils sont juste pas dupes de tes numéros c'est tout.
-       Tu me trouves chiante ?
-       Cinq minutes en ta présence et déjà la migraine. Tiens, enivre-toi tu dormiras mieux, dit-il en lui servant une coupe qu’elle porta aux lèvres.
-       Tu … Tu as négocié ton …  ?
-       Encore le fric !
-       C'est important !
-       J'avais cru comprendre.
-       Fils ai-je le choix ?
-       De moins me faire chier certainement !
-       Julian mon cœur ta Mother est si fière de toi !
-       A la longue je suis devenu une simple courroie de transmission pour que Madame conserve ses aises.
-       C'est que nous avons échappé à tant de drames !
-       La peur de mourir a révélé ton caractère. A moins qu’il n'ait tué la mère que j'aimais tant.
-       Que tu as la parole dure !
-       J'aimerais m'en passer, vraiment. Mais ne t'en fais pas, je continuerai à faire ce que je fais depuis trois ans pour vous. Je n'y mets aucune condition, question de nature !
-       Tu … Je t'en suis reconnaissante ».

Elle surprit le regard attristé de son fils se perdre en conjectures, et toussa.

« Mais Néom va arranger tout ca, j'en suis convaincue.
-       Auquel cas, tout n'est affaire que de quelques jours. A compter de demain et ce jusque samedi soir je serai dans l’impossibilité de vous voir, tant ma charge de travail sera élevée. A toi de faire en sorte qu’eux deux soient le mieux traités qu’il se peut.
-       Une équipe médicale les prend en charge à compter de demain matin.
-       Parfait ! Si seulement on pouvait les conserver centenaires !
-       Tu les aimes tes grands parents …
-       Sans eux je mourrais, Mother.
-       Bien ! ».
Elle servit ses parents puis leva sa coupe.
« A Néom ! ».

A suivre  

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