mardi 15 janvier 2019

Un extrait de SUNDANCE - Livre 3 - Lamentations vol.1 - Suzanna et Attali

L’été 90 envoya toute la famille réunie à Marrakech, ou Suzanna loua un riad non loin de la muraille de la ville ancienne, que Lagerfeld lui avait conseillé. Les mois précédant aout avaient fait de l’agence Elites et de sa Présidente l’objet de toutes les curiosités, outre atlantique notamment, ou Suzanna partit en repérages quelques jours à New York, sur la cinquième avenue.

Un an ! Je me donne un an pour faire la couverture de Vogue, confia-t-elle à Pierre. Lequel, à force de graisser la patte au RPR, obtint de son président quelques entrées là où il entendait prochainement y déployer ses dons – dans la banque dite d’affaires à la française.

On l introduisit dans le cénacle du Crédit Lyonnais, il s’y fit brillamment remarquer, puis confier aussitôt une mission de confiance. S’occuper personnellement de cet homme d’affaires si populaire et si décrié qui s’appelait Bernard Tapie. Lequel, depuis le rachat d’Adidas avec l’aide des fonds de la maison, aiguisait les appétits voraces.

Pierre rencontra donc le célèbre self-made-man un soir de juillet, à diner. Apres quelques palabres de circonstance sur la santé du Groupe Tapie Finance, les deux hommes en vinrent à aborder quelques sujets plus personnels. Et se découvrant quelques points communs, sympathisèrent.

Un mois et demi plus tard, Tapie et son épouse débarquèrent à Marrakech, invités du couple Grondin, et demeurèrent un weekend prolongé. Pierre confia à son nouvel ami ses soupçons. Méfie-toi de ces faux amis, lui signifia-t-il, ils veulent te plumer, je le sens.

Mais il se heurta à un mur. L’autre, tout à son optimisme conquérant, minimisait l’adversaire, et voyait en Mitterrand, qu’il avait rencontré puis séduit en un tour de passe-passe, un paravent infranchissable.

Sans insister tout en le déplorant, Pierre renouvela sa mise en garde. Les vrais amis ne sont pas là pour te dire forcément ce que tu as envie d’entendre, Bernard, lui dit-il avant de regagner la chambre à coucher.

Il avait en toute conscience posé un jalon.

Important.



Vers la fin aout, à une semaine de l’issue de leurs congés, Suzanna reçut un appel de l’assistante de Jacques Attali, lequel lui proposait de le rejoindre quelques heures à Londres, en urgence. Elle sentit instinctivement la main du Baron David de Rothschild, et accepta aussitôt.

Elle le retrouva dans un salon VIP de l’aéroport Heathrow. Sur place pour visiter des locaux pour la création de la BERD, celui qui allait devenir l’ancien conseiller du Prince semblait radieux, et bien plus affable que de coutume.

Enfin quitter le domaine de l’ombre pour se risquer à faire et donc peser sur les choses, lui confia-t-il. Ce second septennat est un coup d’épée dans l’eau, le Président a perdu la main, laisse Rocard à ses tablettes de Gribouille, et semble sur la scène internationale perdre la main à force de ne pas prendre acte du monde tel qu’il se redessine.

« L’euro il a compris. Ce ne fut pas simple, et pas une partie de plaisir. Mais vous verrez qu’il sera bien capable de nous organiser un référendum.
-          Ça parait quand même le minimum !
-          Ce serait prendre un risque majeur ! Les français ne peuvent être consultés sur des sujets qui les dépassent, Suzanna. Rappelez-vous que la culture économique de ce peuple est proche du zéro absolu, et que le pays regorge d’idéologues.
-          C’est un sujet qui a à voir avec la souveraineté, donc avec le peuple !
-          Comment une femme aussi élitiste que vous peut-elle se bercer à ce point d illusions ? Les gens ont besoin de maitres, toute l’histoire de l’humanité nous l’enseigne. Quand on les laisse à l’état libre, les citoyens redeviennent des barbares.
-          Si vous le dites, Jacques ! Vous savez, contrairement à vous, je ne suis pas une intellectuelle. Juste une femme de pognon !
-          Je vous verrais davantage comme une icône. Tragique, cela va sans dire ! ».

Elle plongea son regard de chatte dans le sien et hésitante poursuivit.

« Vous souhaitiez me voir de toute urgence ?
-          En effet. Une mission un peu particulière. Mais avant, une recommandation. A propos de votre argent …
-          Oui ?
-          Nous sommes ici à quelques kilomètres du coffre-fort de ce monde …
-          La City ?
-          Précisément.
-          Vous me conseilleriez de … Fort bien ! Remerciez le Baron, Jacques, je suis sensible à cette attention.
-          Vous lisez entre les lignes.
-          Appelez cela l’intuition féminine.
-          Il vous porte un intérêt tout à fait particulier.
-          Pour les implants … ?
-          Cela a échappé à son contrôle. Nous avons peu de liens avec la branche réunionnaise. Là-bas ils vivent un peu en autarcie. Avez-vous besoin Pierre et vous d’une seconde opération, ne serait-ce que de contrôle ?
-          Nous nous en passerons, cher ami. Mon époux et moi-même sommes parvenus à nous familiariser avec ces petits corps étrangers. Je suppose que la méthode est industrielle …
-          Disons qu’elle se répand comme la poudre en certains cénacles !
-          Comme la mode, au hasard ?
-          Cela va de soi.
-          L’addiction des mannequins aux drogues et au sexe …
-          C’est lié, bien entendu. On est aux frontières du trans-humanisme avec certains.
-          J’ai ça dans mon poulailler, je vois très bien de quoi vous parlez !, éclata-t-elle de rire.
-          Venons-en à cette mission ! Ce que je vais vous demander comme à une amie peut vous choquer, je préfère vous prévenir !
-          N’ayez crainte, Jacques, vous connaissez ma faculté à être parfois amorale !
-          Soit !, fit-il en s’éclaircissant la voix. Certains, disons, clients et amis, des personnages fort importants et souhaitant demeurer dans l’ombre, ont ici et dans quelques autres capitales occidentales, quelques … disons besoins.
-          En clair quelques gouts tout à fait particuliers.
-          Voilà ! Ne m’en demandez pas davantage, je ne suis en rien pratiquant de ces choses. Simple courroie de transmission !
-          Que vous me transmettez avec hâte !
-          En clair …, hésita-t-il en rougissant soudain.
-          Vous voulez, ou plutôt ces mystérieux hauts personnages auraient de temps à autre besoin de chair fraiche !, murmura-t-elle en le fusillant d’un regard d’acier.
-          Je … C’est que … Eh bien oui !
-          Combien ? ».

Le mot avait claqué comme un coup de fouet.

« Je répète – combien ?
-          Oh, ça !
-          Je ne fais pas ça pour rien ! Je fais, mais pas pour rien !
-          Vous ne seriez donc pas opposée à … ? ».

Mais il reçut en plein visage le verre d’eau qu’elle lui balança par-dessus la table basse.

« J’ai dit COMBIEN, cria-t-elle. Bon, mon petit gars, je crois que t’as pas compris à qui tu as affaire alors je vais texpliquer à la mode gauloise. Tu veux que je plonge à ta suite dans la fange, banco ! Mais ne tavises pas de me prendre pour une de ces pintades que tu mastiques à l’ENA ou au Conseil d’Etat ! Je suis fille de Ministre de la République, et comme tu l’as dit par ailleurs une Icone. Une Icône, t’entends, pas le couteau-suisse d’un puissant mais une partenaire de premier plan pour eux. Autrement dit  t’es pas de mon niveau, et tu le seras pas de sitôt ! Dis au Baron que c’est d’accord, à la condition d’un tête-à-tête avec lui en son royaume. Je ne signerai jamais qu’avec le diable en personne. Sur ce, bon vent, je retourne à mon riad ! ».


2 commentaires:

  1. Génial , ça en dit trop et pas assez pour s'arrêter là . La suite ...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je suis en plein dedans ! Pour info ce qu il y a avant - les 4 premiers volumes de cette saga - sont sur le site thebookedition.com

      Supprimer