mardi 6 novembre 2018

Chefs d’oeuvre du 7ème art - Mother



Présenté à la Mostra de Venise en 2017, Mother, le dernier brulot du réalisateur de Black Swan s’est littéralement fait étriller par deux critiques sur trois et essuya des sifflets en pagaille. Il faut dire que critiques et festivaliers en robes de soirée et smokings exècrent ce qu’ils nomment l’excès, l’outrance, le glauque, le gore. Mummy et sa culculterie bobo oui, Mother no way.

Pourtant … Dans le droit fil d’un Répulsion, le film expose un couple dans une immense propriété américaine que Madame a entièrement redécorée. Monsieur, quant à lui, est un écrivain à succès, un écrivain du système donc, en pleine panne d’inspiration. Son épouse, enceinte, ne connaît pas ces affres. Elle, elle est dans l’intime, dans le entre-nous, dans le on-construit-à-deux. Au contraire de Monsieur. Lequel va laisser pénétrer les lieux un homme extrêmement étrange, en se refugiant derrière une générosité de façade. Mettons-nous à sa place plus qu’à la notre, ainsi est l’injonction du male. Lequel fuit l’intime qu’il est inapte à habiter.

Donc l’intrus pénètre l’intime, et avec lui la fiction, celle que cherche l’écrivain en panne. L’intrus va de fait amener sa propre épouse, hyper intrusive, malsaine, mauvaise et manipulatrice, totalement dans l’image et dans la représentation, poursuivre l’explosion de la barrière vie privée / vie publique. Monsieur est un homme public avant que d’être un époux ou un futur papa, il ouvre donc grand ses portes à un public, le sien, un public totalement hystérique, qui tels les protagonistes du Violence et Passion de Visconti envahissaient la demeure paisible de ce vieux professeur joué par Burt Lancaster en le tuant à petit feu.

A compter du deuxième tiers du film, la folie gagne et entre, par les portes, par les fenêtres, de deux puis cinq puis dix intrus on passe à plusieurs centaines, qui envahissent, cassent et salissent absolument tout, à commencer par la morale la plus élémentaire. Walking dead et ses zombies chez soi devant une femme enceinte et maitresse de maison aussi terrorisée que violée, qui bute, se coupe, tombe, hurle, cherche à lutter, perd, ne peut que perdre et devant le nombre et devant l’aval de son propre mari.

Et lhorreur alors advient, l’enfant, le fœtus, l’orgie sataniste, les démons, les démons intérieurs, la maison littéralement devient possédée autant que tous, le mari d’abord, bien sur, évidemment. Tous sauf Mother.

La fécondité versus la créativité artistique nombriliste, le féminin versus le masculin, l’intimité explose, le ventre maternel avec, la création, la vraie, l’enfant donc, le nouveau né, sont, plus que maculés, dévorés à pleines bouches, le sang gicle, les êtres hurlent, les personnages s’évanouissent. Et au fur et à mesure le livre s’écrit, tandis que tombent les fondations de ce monde en perdition. 

On comprend mieux ce qui ne leur a pas plu du tout, aux festivaliers snobinards, tant ce miroir qui leur est tendu leur ressemble.


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