dimanche 21 octobre 2018

Un extrait de NEOM - parution - décembre 2018



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Il retrouva Agathe à l’heure dite, onze heures précises, sur la Grand-Place la plus proche de leur lieu d’habitation. Une foule s’y était rassemblée, assise sur l’herbe, face à l’immense écran digital. Il régnait, Jules le perçut aussitôt, une humeur proche de la liesse. Les habitants semblaient si impatients de revoir leur Monarque que chacun bruissait de confidences et de diatribes enflammées, fidèles contempteurs de leur maitre envers qui ils entretenaient, plus que de l’admiration, un véritable culte, à les écouter.

« Qu’ont-ils encore d’humain, je me le demande, murmura Agathe. Une soumission volontaire, absolue, et une totale absence critique. L’homme mérite ce qu’il lui arrive.
-         Sans doute …, lui répondit Julian en regardant dans le vague.
-         Tu as l’air changé !
-         La nuit porte conseil, Agathe.
-         Te serait-il arrivé quelque chose ?
-         Laisse-moi le temps de digérer, je t’en parlerai sans doute, plus tard. Tiens, regarde ! »
L’écran venait de s’allumer, et une publicité courte représentant la Cité défilait sur une musique de Vangelis.
« The show must go on, murmura Julian.
-         Ah mais c’est que tu as vraiment changé, Julian. Celui que j’ai quitté il y a trois jours jamais n’aurait … ».
Elle s’interrompit quand apparut le visage du Gouverneur. Une salve d’applaudissements soutenus nacquit de la foule, qui se transforma en liesse.
« Et c’est parti pour la comédie, mumura Agathe en étouffant un rire.

Chers concitoyennes, chers concitoyens, commença le Gouverneur en langue arabe. Ce jour est un grand jour, qui en notre belle Cité de Néom voit apparaitre celui qui a, depuis les drames qu’a traversés notre belle humanité, par son charisme et par son souci dapaisement, permis de nous détourner enfin des guerres et des conflits qui ensanglantaient ce monde. Deux milliards de victimes, paix à leurs ames, victimes de la folie des hommes et de leurs armes atomiques sétant en un jour en quatre coins du globe déchainées, ont été rayés de la surface de cette terre. Auparavant, virus mortels, guerres civiles et de religion, pandémies alimentaires, chaos économique et immenses catastrophes naturelles avaient en un seul temps qui parut infini été déversées sur nos têtes, et tous nous crûmes perdre la vie. Il fallut ce deux milliards de morts à la suite du choc des grandes puissances, ces nations qui faisaient entre nous frères et soeurs dhumanité perdurer les haines, pour que de la plus noire des obscurités apparaisse dans le ciel le visage de notre Suzerain, sadressant à chacun de nous dans notre propre langue, et nous invitant à enfin reprendre espoir. Soutenu par une armée de Braves il parvint sans difficultés à abolir frontières et religions en un instant, à offrir à cette humanité en perdition une nouvelle version purifiée de sa propre histoire, à canaliser de nouvelles découvertes archéologiques jetant sur notre passé un regard des plus critiques et sur notre avenir une lueur despoir. Ainsi ensemble nous pûmes des quatre coins de lunivers nous unifier enfin, créer un Nouvel Ordre Mondial enfin régi par la quête du Bien et du Bon. Une nouvelle ère commença, qui plaça à la tête de dix provinces dix Sages, dont votre serviteur. Nous unifier. Rassembler nos différences, de couleur, de race, de religion, dorientation sexuelle, de genre. Créer un être nouveau, protégé par lIntelligence Artificielle, placée à la protection de lhomme vis-à-vis de lui-même. Notre Suzerain veilla à faire sélectionner les plus fiables dentre vous et à les placer dans de nouvelles Cités ou tout est fait pour que la vie y soit harmonieuse, pour quil ne manque rien à quiconque, pour que chaque légitime besoin trouve sa satisfaction immédiate. De ces dix Cités, Néom, que ma famille et moi-même avions financé puis fait construire, fut la Première à ouvrir ses portes à ses habitants. Vous, mon bien cher Peuple Elu ».

Un embrasement de joie, de cris et de hourras accueillit la fin du discours du Gouverneur, et prit une ampleur encore plus considérable quand, ceint de la royale couronne, le Suzerain Ari fit son entrée, accompagné de FrancO, l’ancien pOpe qu’on appelait désormais le Grand Monarque.

« Mes bien chers sujets, commença le Roi en plantant son regard clair dans l’horizon indépassable de sa puissance. Me voici parmi vous. Avec, à mes cotés, notre bien-aimé Vicaire, celui qui veille, depuis son magistère, au culte de ce Prince de l’au-delà qui veille sur notre destinée. Qu’Il soit loué !
-         Gloire à Lucifer ! Gloire à Lucifer, Prince de ce monde ! scanda la foule.
-         Tout est inversé ! murmura Julian à l’oreille d Agathe, qui obtempéra.
-         Voilà, tu as enfin compris, lui répondit-elle.
-         En cette belle et puissante Cité de Néom, cette nouvelle Babylone construite sur la terre même des prophètes des trois anciennes religions monothéistes, celles-là dont je vous ai autrefois révélé les erreurs et les mensonges, nous sommes, à quelques centaines de kilomètres du Troisième Temple de Jérusalem, placés au plus près du Vrai et donc de Lui. Sa Lumière, sa Lumière de Savoir, celle de la Connaissance, celle de la libération de l’homme, celle de la suppression définitive de ses chaines terrestres – cette Lumière nous habite et nous éclaire. Gloire à Lucifer !
-         Gloire à Lucifer !
-         Pour fêter cette première année de règne que je fête auprès de vous ce jour-même, j’ai, au nom de notre Maitre Lucifer et en accord avec Lui, décidé de vous offrir à chacun de vous, mes sujets, un million de dollars. Celui-ci, vos écrans personnels à ces mots vont tous sonner et vous le confirmer, est donc effectué … maintenant ! ».

Des milliers de sonneries retentirent, et les habitants de Néom, découvrant la réalité du virement, exultèrent en cris de joie et de bonheur.
« Gloire à notre Suzerain ! Gloire à Lucifer ! », hurla la foule en délire.
Et l’on vit, des quatre coins de la ville, les femmes soudain prises d’une quête de désir charnel se dénuder, puis s’allonger jambes ouvertes, et appeler leurs hommes, les appeler par leur nom.
« Viens ! Viens ! », se languissaient-elles.
Et soudain, la plupart des hommes leur obéirent et à leur tour, ôtant leurs vêtements, les assaillirent. L’on vit aussi des femmes entre elles, des hommes entre eux, et puis des hommes et des femmes avec des enfants.
« Cela est du ressort de la possession, Julian.
-         On nous observe, faisons semblant !
-         Mais …
-         Dépêche-toi, sinon je crains le pire ! ».
Agathe se dévêtit, Julian suivit son exemple, et tous deux feignirent l’acte, ce qui aussitôt détourna les regards.

« Faites-vous du bien mes chers sujets ! » les encouragea le Suzerain, tandis que le Grand Monarque répandait autour d’eux un encens en faisant de la main gauche des signes de croix à l’envers, commençant par le bas, puis par la droite.
-         Que des cafards putrides et anormaux naissent de ces coïts, et qu’ils déchirent les ventres maternels », psalmodia sans chercher à se faire discret le Grand Monarque, face à un Suzerain exultant.
-         Oui ! Oui ! hurla la foule aveugle à ces mots.
-         Mon Dieu tu as entendu ca ?, frémit Agathe.
-         Ils ne se cachent même plus. A quoi bon, nous seuls sommes encore en état de conscience.
-         Cette visite royale annonce des temps funestes, Julian. Nous sommes piégés sous le dôme, dans la gueule du loup.
-         N’aie crainte, je sens que je vais parvenir pour toi et moi à trouver des parades. Continuons à feindre, surtout ne montrons rien. Je puis te le dire à présent, ils m’ont ordonné de tuer Strogler. C’est lui qui devait assassiner ce fou d’Ari. Un drone …
-         Ca … Ca a du être atroce pour toi de …
-         Ca m’a libéré, aussi fou que cela puisse te paraître. C’est comme si j’étais sorti de la chrysalide.
-         Tu n’as plus peur ?
-         Plus du tout !
-         Julian, combien je suis heureuse, fit-elle en l’embrassant soudain sur la bouche.
-         Tu … ».
Julian la dévisagea soudain.
« Agathe mais … Mais je croyais que …
-         Je croyais que toi aussi Julian ! Pourtant …
-         Mon Dieu mais … ».
Il se sentit soudain pris d’un désir irrépressible. Un désir envers une femme. Ce qui jamais auparavant …
« Prends-moi. Prends-moi s’il te plait. Vas y en douceur. Ne te préoccupe pas d’eux.
-         Non.
-         J’ai si …
-         Envie de toi, oui ! ».



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