vendredi 5 octobre 2018

Chefs d’oeuvre du 7ème art - V pour Vendetta



Adaptation cinématographique par les réalisateurs de Matrix – au scénario seulement - du roman graphique dAlan Moore et David Lloyd, gros succès des années quatre-vingt prenant pour cible lAngleterre de Maggy Thatcher, V pour Vendetta sinspire de la figure de Cyrano de Bergerac, le juste qui a du panache. Qu’il transpose dans un Londres futuriste afin de lui faire incarner la rébellion à lordre établi. Ordre démocratique sentend, avec une scène inaugurale en 1605 ou le héros – tout du moins son inspirateur – tente de carboniser le Parlement anglais, se fait arrêter puis pendre sur la place publique.

Avec cette introduction, les auteurs inscrivent la démocratie représentative sous langle dun régime tendant intrinsèquement vers une dictature orwellienne, ce qu’est devenue lAngleterre cinq siècles plus tard. 

V, lhéritier du pyromane, est donc un personnage à la Edmond Dantès qui seul se dresse contre lordre et contre létat policier totalitaire. Masqué, victime autrefois dexpériences venues de limaginaire des camps de la mort, des expériences de la CIA et de Guantanamo, il est la personnification de la résistance, un Anonymous avant lheure puisant dans le monde des films de cape et dépée tout autant que dans lattirail des super-héros contemporains son arsenal, sa geste comme ses symboles.

Un contre tous. Sachant que le solitaire va sadjoindre une compagne, qui sera son élève. Sauvée tout dabord des griffes de policiers véreux, recueillie et mise dans la confidence de la liste des meurtres à accomplir pour que justice soit faite, lhéroïne jouée par Nathalie Portman vit encore dans la peur. Une peur originelle qui puise sa source dans sa propre enfance, et à partir de laquelle le système totalitaire implante en elle sans qu’elle sen rende compte un mode de fonctionnement lui interdisant laffranchissement. V – vengeance, victoire … - va donc procéder à une reprogrammation en usant autant la douceur que la violence, et en actionnant un second trauma lui permettre déteindre le premier. Et donc la peur qui va avec.

Létat british sinscrit ironiquement en opposition avec des Etats Unis en proie à la décadence et à la guerre civile. La demande dordre de la population manipulée par ses gouvernants a permis à ceux-ci de rogner une à une toutes les libertés les plus élémentaires. La thématique du complot, archi présente, met en scène la réalisation de meurtres sur des innocents, de terrorisme apparent servant de bouc émissaire à linstauration de lois liberticides, de génocide, de manipulations via les médias ainsi que dinversion accusatoire. Lespèce de fou au sommet de la Pyramide britannique est tel un démiurge furieux vivant dans la peur qu’il diffuse en la répercutant sur tous ses collaborateurs, qu’il nhésite pas à éliminer si besoin. Son mode opératoire, lhyper contrôle, se base sur la paranoïa de celui qui, inapte à lintuition, a besoin de tout savoir sur tout et sur tout le monde, et se voit confronté à un ennemi invisible qui déjoue un à un tous ses pouvoirs. Jusqu’à retourner le peuple contre lui.

La destruction des symboles démocratiques, à commencer par le Palais de Justice, résonne comme une provocation des auteurs, lesquels mettent au travers de leur fiction tous les pouvoirs en accusation. Se désaliéner implique tuer le symbolique et aller jusqu’à faire sauter Big Ben et réintroduire une autre histoire officielle. Au travers de la date symbolique du 5 novembre, le jour ou fut pendu en place publique le premier rebelle de lEmpire, celui qui voulut sattaquer à la racine du mal qu’est le Parlement.

La dimension visuelle du film, mêlant scènes futuristes, imaginaire de certaines bandes dessinées, films de cape et dépée et univers à la Jack lEventreur, réussit une symbiose assez surprenante, en tout cas extrêmement originale, de nombre de genres du cinéma anglo-saxon. Aussi futuriste que tourné vers le passe, V pour Vendetta sécarte de toute la production de films daventures contemporaines, inscrivant son message politique dans une extra-temporalité qui doit autant à Cyrano qu’à Orwell. En cela, il réinvente une forme dhéroïsme qui sen va puiser dans les racines des vieux pays dEurope, et les adapte à lépoque contemporaine. Avec un panache qui laisse pantois.


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire