lundi 29 octobre 2018

Chefs d’oeuvre du 7ème art - Shutter island



1954, au large de Boston. Un bateau vogue dans la brume avec à son bord un homme, flic américain de son état, en train de rendre tout le contenu de son estomac. 

Cet homme, nous le découvrirons plus tard, vomit littéralement son passé. Il fut des armées qui ouvrirent Dachau, et ce qu’il y découvrit le hante et le traumatise. Son épouse, en outre, fut la victime d’un pyromane et mourut dans un incendie.

Pour l’heure il débarque sur Shutter Island, une ile sur laquelle on ne peut accoster et dont on ne peut partir que via ce cargo. Ou est placé un immense asile psychiatrique ou les Etats Unis ont enfermé dans plusieurs blocs – A, B, C, par ordre de dangerosité – les plus grands criminels de leur pays. Auxquels ils font subir un traitement thérapeutique qu’on découvre de plus en plus atroce. Avec – c’est plus que suggéré – la complicité d’anciens criminels nazis exfiltrés par l’état profond américain. En outre, une patiente, Rachel, se serait enfuie. Une patiente internée pour avoir mis à mort ses trois jeunes enfants.

Le cadre, l’asile immense, gothique, labyrinthique, le cadre naturel, les falaises mortelles, les forêts denses, les grillages, le système éclectique protégeant l’asile de la moindre intrusion non autorisée – tout le dispositif du décor réel est un personnage à part entière, un labyrinthe mental proche de l’hôtel du Shining de Kubrick, c’est-à-dire une prison. C’est dans ce cadre que le personnage paranoïaque et schizophrène interprété par Leonardo Di Capprio va se perdre littéralement, et son enquête, vite élucidée mais pas par lui, disparaître au profit d’une autre, o combien plus psychiatrique.

Psychiatrie dont le roman éponyme et le superbe film mis en scène par Martin Scorcese font un portrait absolument terrifiant, qui se réfère à l’Ecole de Boston et aux expérimentations de la CIA et de certains psychiatres, en Amérique du Sud, au Chili par exemple, ou en Argentine. 

La thématique du complot, centrale, est en même temps placée à égalité avec celle de la paranoïa du protagoniste qui a totalement décollé de la réalité au point de se vivre en situation fantasmatique d’enquêteur. On ne sait plus, plus le film avance, ou se situe le réel et la manipulation. Y a –t-il programmation mentale, le personnage principal a t-il perdu complètement la tête après un meurtre tragique dont il fut en quelque sorte victime et en tout cas témoin. Ou est-il sous drogue et manipulé par des fous en blouse blanche …

Les deux psychiatres, génialement interprétés par Ben Kingsley et Max Von Sydow évoquent l’horreur et la barbarie nazie, on les soupçonne de venir de leurs rangs et de procéder sous protectorat américain dans cet asile dont le bloc C, celui des plus dangereux, est on ne peut plus effrayant – l’homme y est à l’état de bête -, des expérimentations aussi épouvantables sur certains de leurs 67 patients que ce que fit un Docteur Mengele sous le IIIème Reich.

Hyper tendu, traversé par des scènes et des personnages et aussi des cauchemars on ne peut plus malsains, Shutter Island, sorte de delirium éveillé dans un décor aussi fascinant qu’effrayant, est comme une prison mentale dont on ne sort pas. Un peu comme les camps de la mort découverts en plein hiver par Di Capprio, ces corps gelés, ces cadavres, ces regards de perdus. 

On plonge ici dans la folie et dans l’horreur humaine, dans le mal à l’état pur, chose qui intéresse au plus haut point ce catholique obsessionnel qu’est le cinéaste de Casino et de Raging bull. L’ile de la folie, Shutter Island, le CA des USA, comme un Guantanamo avant l’heure …


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