mardi 9 octobre 2018

Chefs d’oeuvre du 7ème art - Seven



Pour conclure sa carrière, l’inspecteur Somerset, vieux flic blasé, tombe à sept jours de la retraite sur un criminel peu ordinaire. John Doe, c’est ainsi que se fait appeler l’assassin, a décidé de nettoyer la société des maux qui la rongent en commettant sept meurtres basés sur les sept péchés capitaux: la gourmandise, l’avarice, la paresse, l’orgueil, la luxure, l’envie et la colère.

L’ancien passe le flambeau à la nouvelle génération, Morgan Freeman à Brad Pitt. Vieux flic écoeuré de l’état atroce du monde, ayant trainé ses guêtres dans tous les bas fonds d’une société archi violente que son jeune coéquipier idéaliste va découvrir à ses cotés, l’ancien va clôturer sa carrière sur l’affaire la plus démentielle de toute son existence, avant de tirer sa révérence sur un amas de sept cadavres dépecés dans des conditions épouvantables.

Ici le meurtrier est un Dieu vengeur, celui de l’Ancien Testament, un Dieu cruel qui fait durer le châtiment au-delà-du supportable envers sept coupables des sept péchés capitaux, sept pris quelque peu au hasard à qui il fait atrocement payer pour tous les autres. Il va donc être le Deus ex machina et de l’enquête et du film, auquel il va impulser un safari-signe-de-piste en jouant avec les deux enquêteurs, ses marionnettes coéquipiers instrumentalisés, jusqu’à un final aussi glaçant qu’époustouflant. D’ou il ressort qu’il y a un prix élevé à payer pour tout.

Loin de suivre les standards du film policier, Seven plonge dans l’univers du film noir, qu’il adapte aux années 90 tout en donnant à son intrigue la lenteur nécessaire, hypnotisante, correspondant au rythme de l’ancien flic, celui qui s’apprête à prendre sa retraite. Lenteur donc mais tension constante sous une pluie qui jamais ne cesse et résonne comme une punition divine elle aussi, une pluie qui cherche à nettoyer la terre couverte de sang et de péchés, les capitaux comme les autres.

On le voit, le thème de la culpabilité est au centre, l’homme est mauvais et donc doit expier, et c’est le rôle que s’assigne le personnage génialement joué par Kevin Spacey. Punir, faire justice, éviscérer les corps pécheurs. Forcer la main et inclure violemment du divin.

Cette expiation, ne serait-ce pas celle infligée à une Amérique aussi puritaine que pécheresse, elle qui sur son territoire comme hors de ses frontières exporte la haine et la violence, elle qui est née sur le plus grand génocide jamais perpétré depuis l’aube de l’humanité. Pour effrayante qu’elle soit – chaque découverte d’un corps impose au spectateur une véritable épreuve, ce qui est montré autant que la façon dont Fincher montre la scène de crime sont perturbants -, la vengeance est posée comme éthique, en tout cas l’ambiguïté est plus que présente dans la très longue scène en voiture. Dans la bouche du tueur, Fincher fait exploser les frontières du bien et du mal.

Le miroir tendu au spectateur par la bouche même du tueur sadique est comme un supplétif à l’épreuve subie par nous qui voyons l intrigue converger vers un dénouement plus qu’étouffant. Ce n’est pas seulement le personnage interprété génialement par Brad Pitt – aussi bon que Morgan Freeman – qui va payer la note mais chacun de nous. Ce que nous pensions être le bien, n’est-ce pas le mal et inversement.

Telle est la conclusion provocatrice en diable de cet exceptionnel thriller dont les qualités de mise en scène, de photographie, de scénario et d’interprétation sont telles qu’après plus de vingt ans il n’a pas pris une ride.




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