jeudi 11 octobre 2018

Chefs d’oeuvre du 7ème art - Psychose



Après une décennie prodigieuse alignant les classiques – Fenêtre sur cour, Vertigo, La mort aux trousses … -, le maitre du suspens, alors relativement agé, décide de se refaire une virginité, à partir d’un film à budget modeste tourné en noir et blanc. Qui va en une heure trente catapulter le film d’angoisse sur des sommets de modernité.

L’effet surprise, c’est-à-dire découvrir Psychose sans rien en savoir, fut la base du lancement marketing du film par ce génie de la promotion que fut Alfred H. Car sa construction, et surtout la manière dont après un premier tiers relativement classique, avec à l’écran une star d’Hollywood dont on suit la fuite, le film bifurque vers tout autre chose, est en soi une révolution. Jouer avec le spectateur comme le chat avec la souris en l’envoyant volontairement sur une fausse piste, celle d’un who dun it classique, une fuite-poursuite, une femme dérobe à son patron une somme d argent conséquente puis prend la peur au ventre – et nous avec elle – la fuite.

Jusqu’à une halte de nuit dans un étrange motel, surplombé par une maison extrêmement inquiétante.

Au suspens frémissant de la fugueuse craignant le moindre képi succède comme une respiration une scène apaisée entre ce Norman Bates, génialement interprété par Anthony Hopkins, et l’héroïne. Une conversation nocturne autour d’un sandwich et d’une tasse de thé, ou quelques menus détails laissent à peine effleurer la psychose de celui qui tel qu’il est introduit dans l’intrigue semble être un personnage secondaire.

Lequel va prendre le devant du film et aller jusqu’à se dédoubler. Car il est à la fois lui et sa génitrice, son conscient et son inconscient, son désir et sa culpabilité. Et en bon psychotique il va dès lors faire pénétrer le monde de la folie dans un polar relativement ordinaire, et envoyer le film de suspens dans le registre de l’horreur pure.

La scène aussi mythique que traumatisante – grâce au montage et à la musique de Bernard Herman – de la douche, hyper découpée, prodige absolu de mise en scène, est comme un viol sur un spectateur jusqu’ici laisse alangui, et que le maitre de l’angoisse va littéralement effrayer. A compter de cette scène, on pénètre de force dans une psyché malade, la halte devient centre du film, le motel décor principal, et l’intérieur de la demeure de Mrs Bates le château de l’épouvante. L’étage avec la chambre de la mère, l’escalier filmé d’en haut avec la chute du détective trop curieux. Et bien sur, surtout, là ou se terre le secret – la cave.

L’art de la surprise, l’art du plan, l’art de l’endroit ou placer la caméra, l’art de l’ellipse, l’art d’inscrire la lueur dans l’ombre, l art de jouer de lenteur pour prévenir du surgissement de l’horreur. La maitrise du réalisateur, véritable scalpel, vrille les nerfs et créée un climat étouffant ou la nuit est synonyme de déchainement de folie. L’identité coupée en deux de Bates ne sera révélée qu’à la toute fin, à la cave puis dans l’asile ou son monologue lèvres closes, voix inquiétante venue d’outre-tombe, la voix de la morte bien vivante au point d’avoir pris possession de l’ame du fils malade. La voix de la psychose.


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