vendredi 19 octobre 2018

Chefs d’oeuvre du 7ème art - The neon demon



Le diable du néon, le diable de la mode, de limage, du rêve de gloire. Se déposséder de soi pour devenir icône, mannequin, image glacée et glaçante offrant à un monde matérialiste son écrin, ses symboles et ses symptômes.

Le film de Nicolas Ridding Refn annonce la couleur des la scène douverture. Un homme vêtu de noir et blanc en sang sur un canapé, et des flashes. Il sagira donc de mort. De mort de lEtre et de mort tout court.

Jesse monte à L.A pour devenir célèbre, elle signera dailleurs un contrat, un pacte avec Faust, de son sang. Le sang de la brebis pré-pubère, celle qui capte lattention, attire les jalousies – la scène dans les toilettes au début, avec ces mannequins qui ont des lames de rasoir dans les yeux à son encontre. Celle qui prend les rôles aux autres. Celle que ses collègues haïssent, jalousent et rêvent de tuer puis de littéralement manger.

Plus Jesse devient icône plus elle se perd, plus elle est révélée plus elle devient une cible et une proie. Tous en veulent à sa chair et à son sang, elle saigne d’ailleurs souvent dans le film, un sang menstruel mais pas que, elle se taillade ou se fait taillader, elle paie de sang ses moments de gloire, lesquels sont tout sauf immortels. Car elle ne fait que remplacer une gloire et sera remplacée par une autre. Par une autre sangsue.

L’univers esthétique, baigné d’électro, flirte du coté de certains Lynch, irréel, aseptisé, comme un décor de studio, de fort nombreuses scènes sont filmées dans des sortes de blockhaus dont toute réalité est exclue. L’univers de la mode est celui de la mort dou toute vie est proscrite, il se nourrit du sang de ces figures éthérées, métamorphosées par des Méphisto impuissants et cruels, uniquement mus par l’ambition et l’envie de se servir d’autrui, de le rabaisser. La violence sourde de Neon Demon est celle de l’amoralité, de l’insensibilité, de la perversité, du gout pour faire mal et pour maculer l’innocence de crachats et de caillots sanguinolents.

Victime expiatoire pré-pubère, la trop jeune Jesse sera ainsi tuée puis mangée, puis digérée puis recrachée par ses convoyeurs, lesquelles voudront surtout récupérer pour mieux se l’attribuer son œil, son globe oculaire, c’est-à-dire son regard. Mais elles ne feront que gober de la chair déjà morte.


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