mercredi 17 octobre 2018

Chefs d’oeuvre du 7ème art - Le droit du plus fort



Les relations homosexuelles, nous dit Fassbinder en 1975 dans le provocateur Droit du plus fort, sont régies par exactement les mêmes règles que celles de la société, en loccurrence la société capitaliste allemande. Un dominé, un dominant, un manipulateur, un manipulé, un gagnant et un perdant, un amoureux naïf et un cynique vampire et destructeur.

Franz donc, prolétaire et homosexuel, gagnant au loto, tombe amoureux, tombe dans les rets, dEugen. Eugen – eugénisme … on est en Allemagne trente ans seulement après la fin d’Hitler – va semparer de sa créature, le séduire, le manipuler, lui mentir, le tromper, bref le tuer à petit feu. Il lui fait signer un contrat avec sa propre entreprise, le pacte de Faust. A partir de là, Franz, joue par Fassbinder lui-même, bouleversant, est perdu.

Mélodrame donc, mélodrame grinçant, provocateur, détesté par certains bourgeois homosexuels. Fassbinder montre ce qu’on cache, les lieux de drague, les pissotières, le tourisme sexuel, les saunas. Et bien entendu le gout pour largent, pour la manipulation du plus faible par le plus fort. Celui qui prend, celui qui est pris, le dupe, le dupeur. Rien de nouveau au soleil, les homos sont comme les autres. Avec le cinéaste allemand pas de bluette, pas de bons sentiments, ou plutôt si, de lamour qu’on humilie et quon piétine, un amour qui conduit à labattoir.

Chemin de croix. Franz, faible et fragile, subit, se soumet, ne se rebelle jamais, jusqu’à la mort, la sienne, il dira banco à son égorgeur, lequel le spoliera de tout. Affaires immobilières juteuses de laprès-guerre, toujours chercher les morts, les cadavres, les qui se sont faits berner. Quelle fortune constituée en ces années-là fut honnête …

Le plus fort a tous les droits, le plus faible aucun. Il crèvera, celui-là, comme un chien, dans un endroit sordide, et tout le monde laura oublié. Tragique, désespéré, désespérant, le monde tel que brossé par le meilleur cinéaste allemand de sa génération, pour abject qu’il soit, est dune véracité confondante. Du pur Balzac, comme un nouveau Colonel Chabert ou un nouveau Père Goriot.

Clap de fin. Silence de mort.


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