samedi 13 octobre 2018

Chefs d’oeuvre du 7ème art - La passante du sans souci



Ce film-là, son dernier, fut le seul qu’elle initia elle-même. Elle faillit d’ailleurs, du fait de compagnies d’assurance sans scrupules, ne pas le faire et être remplacée au pied levé par Hanna Schygulla. Il fallut tout l’entregent de Jacques Rouffio, le metteur en scène qu’elle s’était choisie pour cette adaptation du roman de Joseph Kessel, pour faire reculer les producteurs. Car Romy venait de perdre son fils dans des conditions tragiques, et les similitudes entre sa vie pleine de drames et l’intrigue firent craindre le pire. On la disait alors dépressive, sous alcool et sous tranquillisants, incapable de respecter un planning. Elle s’investit dans le tournage et dans le rôle comme rarement auparavant et donna tout. Et mourut quelques mois seulement après sa sortie.

La passante du sans souci, son adaptation au cinéma, joue sur des flash back de la mémoire des horreurs des années hitlériennes et met donc en scène une double Romy Schneider, aujourd’hui et hier, autour de Max, joué adulte par son ami Michel Piccoli. Elsa, son personnage pendant la guerre, est une chanteuse de cabaret qui attend désespérément des nouvelles de son mari Michel, fait prisonnier en Allemagne. Témoin d’une scène de violence envers un jeune voisin violoniste juif, Max, Elsa va se prendre d’amitié pour lui au point de presque devenir sa propre mère. Et leur histoire va évidemment percuter émotionnellement pour les spectateurs l’histoire de Romy Schneider, mère d’un fils au prénom juif, David, mort dans d’horribles souffrances à l’age de quatorze ans.

A compter de la scène dite du restaurant ou Max joue à la demande pour une Elsa en larmes et ou dans le regard de l’actrice passe un authentique vertige, le film se transforme en quasi documentaire fictionnel. De plus en plus tragique, se laissant aller à boire et livrée au désespoir, Elsa-Romy sous nos yeux se décompose. Une scène absolument poignante la montre livrée aux tourments dans une chambre sinistre, sur son lit. Le visage de l’actrice alors prend dix ans, davantage même. On voit sous nos yeux ce qu’aurait pu physiquement devenir Romy Schneider si jamais la mort ne l’avait pas emportée si jeune.

Sous l’intrigue classique héritée d’un roman classique avec une construction on ne peut plus classique, ce grand film populaire, soudain, dans son dernier tiers, touche au sublime, du fait de la personnalité et de l’investissement de son interprète principale. Les anecdotes à propos du tournage abondent, son partenaire Gérard Klein, alors tout débutant, la portait littéralement sur le plateau de scène et scène, l’équipe technique souvent ne pouvait retenir ses larmes tant l’abandon désespéré du jeu de Romy Schneider leur laissait un gout amer. Un peu comme une mort en direct, sous leurs yeux, sous les sunlights. Quelques mois plus tard elle n’était plus.


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