mercredi 24 octobre 2018

Chefs d’oeuvre du 7ème art - La dolce vita



Marcello Mastroianni, chroniqueur mondain dans un journal à grand tirage, aussi perdu que désoeuvré et abandonné de ceux qu’il aime un peu, erre, se perd, vagabonde dans une Rome légère, aristocratie et haute bourgeoisie, entre cafés chics, cocktails, réceptions un rien snobs, tournages de film et autres évènements mondains. 

Dolce Vita, douce vie que cette vie aussi superficielle que teintée de manques et de mélancolie, ou le trivial côtoie le sacré, ou s'égarent jusqu’au petit matin des noctambules sans but, ou l'on drague sans vraiment désirer, et ou apparaît, dans la fontaine de Trevi, une vestale, une star, une madone, une femme mythique, Sylvia, alias la sculpturale Anita Ekberg.

Film du renouveau et de la maturité couronné par une inattendue Palme d'Or à Cannes, La dolce Vita est pour Federico Fellini le film du renouveau, celui qui lui a fait abandonner le néo-réalisme italien cher à sa génération pour un style o combien plus original et personnel. Dans un noir et blanc somptueux, sous les sublimes compositions de Nino Rota, l'immense cinéaste de Rimini filme Rome, ville des passions et des indolences, ville ou l'on croit autant qu’on ne croit en rien, un monde en déliquescence, noyant son vide existentiel dans des distractions adolescentes infinies. 

L'errance bohème du héros, sans but, sinon que de remplir à satiété son propre vide, nous conduit sous de magnifiques travellings dans tous les recoins d'une capitale sans doute jamais aussi bien filmée. Le monde de la Dolce Vita, celui du charme pas très discret de la haute bourgeoisie et de l'aristocratie romaines, est un monde sans fond, se regardant vivre et tourner à l'infini sur lui-même. Jouant sur la poésie, le décalage, teinté de regrets, de gouttes d'une tristesse diffuse, le film, ample, assumant sa durée, fait se succéder des scènes d’anthologie si nombreuses qu’on a parfois l'impression de rêver éveillé aux cotés de Mastroianni cette vie sans contenu, et de le faire avec une légèreté toute singulière. 

Fellini n'est pas homme à s'appesantir, il glisse sur les êtres et sur les choses, les mots qu’il place dans la bouche de ses personnages n'ont le plus souvent guère de sens. Fellini, homme de cirque, filme un cirque, celui de la comédie humaine, avec tendresse, chaleur et humour parfois rosse. Les travers, les ridicules, il les épingle mais sans jamais se montrer dur, il reste un humaniste, un enfant qui regarde ce drôle de monde, les yeux écarquillés, un peu surpris, et amusé.


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