mardi 23 octobre 2018

Chefs d’oeuvre du 7ème art - Fargo



Écrasé de dettes, Jerry Lundegaard, modeste vendeur de voitures à Minneapolis, se met en cheville avec deux petits malfrats qui doivent enlever sa femme, Jean. Jerry espère récupérer la majeure partie de la rançon d’un million de dollars que son cupide et richissime beau-père ne manquera pas de verser pour récupérer sa fille. Seulement les deux ravisseurs abattent un policier et deux témoins gênants. L’enquête est confiée au chef de la police, Marge Gunderson, enceinte, dont c’est la première affaire criminelle.

Sixième réalisation des frères Ethan et Nathan Cohen, Fargo constitue une de leurs plus grandes réussites, un polar complètement unique et décalé, situé l'hiver, dans leur Minnesota natal, ainsi que dans le Dakota voisin. Entre le film noir à la Sang pour Sang alias Blood simple – leur premier film, une réussite éclatante – et la comédie absurde avec des personnages burlesques – Arizona Junior ou The Big Lebowski -, ce film construit à base essentiellement de longs plans fixes inscrivant sur pellicule la somptueuse nature couverte de neige comprend des ingrédients incroyablement bien agencés – le scénario est génial, tous les acteurs au meilleur de leur forme, à commencer par Frances Mac Dorman, dont la prestation sera couronnée d'un oscar, et la mise en scène, récompensée à Cannes, est la marque de grands. En outre, Fargo porte dans chaque plan la marque stylistique de ses réalisateurs, parmi les meilleurs exerçant aux Etats Unis depuis plus de trente ans.

Le contraste entre les bonnes manières et l'ultra violence, la paisible nature et les ames tourmentées, la vie calme et le crime sanglant, l'extrême lenteur de cervelles intellectuellement avachies voire gelées par l'hiver sans fin des consciences et le bon sens chevillé au corps de cette femme policier aussi perspicace que tatillonne créée un univers narratif assez unique. On hésite entre le film d'horreur et le cartoon à la Tex Avery, le couple de tueurs est comme un Tom and Jerry du film noir, burlesques, débiles, maladroits, gaffeurs. 

Tout part à partir d'une extrême mauvaise idée vers l'absurde, le crime paraitrait presque comique dans sa dimension atroce. Rien n'est épargné de la violence, mais celle-ci, comme retenue par le gel et la température glaciale, ne fait presque pas peur, les mouvements sont comme contenus avant de se déchainer, les répliques parfois bafouillées, les victimes et les bourreaux se confondent presque, devenant de tout petits points sur l'étendue de neige à perte de vue. Absurdité de la condition humaine, êtres perdus à jamais dans l'immensité de l'hiver. 


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