vendredi 12 octobre 2018

Chefs d’oeuvre du 7ème art - Docteur Folamour


1964, un an après l'assassinat de Kennedy, deux après l'affaire des missiles de Cuba ou le monde est passé à un cheveu de la troisième guerre mondiale, et en pleine guerre froide avec le bloc soviétique. Obsédé par la folie des dirigeants du monde, et notamment ceux du bloc occidental, Stanley Kubrick imagine avec son scénariste une comédie hénaurme ou, sur fond d'enfantillages belliqueux, les têtes politiques et militaires des Etats Unis, lancés dans un western mondial autour de la perte de leurs capacités sexuelles, s'en vont droit dans un ballet de lancements de bombes nucléaires. Et où l'ogive elle-même symbolise en effet pas mal de choses.
La parabole de la virilité – perdue, à reconquérir – est bâtie sur une accusation faite à l'ennemi communiste qu’on accuse de tous les maux, y compris d'empoisonnement. Le film d'ailleurs s'ouvre sur un accouplement, celui d'un avion bombardier et d'un avion ravitailleur. L'expression s'envoyer en l'air prend alors tout son sens, et le film multipliera à l'infini des allusions sexuelles désopilantes – la base Laputa...
Le fameux Docteur Folamour, gagné par la paranoïa, est un ancien nazi qui a intégré les services de l'armée américaine. Génialement interprété par un Peter Sellers enfin canalisé par un réalisateur de génie qui parfois le laisse fonctionner en improvisation et donc en roue libre, Folamour est un clin d'œil malicieux à la secrète opération Paperclip d'infiltration d'anciens dignitaires nazis. On le voit, Kubrick n'hésite pas à faire le lien entre Allemagne hitlérienne et USA, entre folie nazie et folie américaine. Le biais de la comédie la plus déjantée qui soit permet de faire passer habilement la pilule dénonciatrice de la folie de ces hommes aussi infantiles qu’infertiles qui utilisent l'arme atomique et la menace comme des substituts à leur absolue impuissance. Rarement critique du pouvoir des puissants qui nous dirigent avait atteint pareil niveau d'insolence.








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