dimanche 7 octobre 2018

Chefs d’oeuvre du 7ème art - 37,2 le matin



Zorg rencontre Betty et c’est l’amour fou, la passion comme elle n’existe que dans les livres. Justement, des livres Zorg en écrit, et Betty est persuadée qu’il mériterait d’être publié. Est-ce le refus des éditeurs qui la font sombrer dans la dépression ? Ou bien l’étroitesse d’esprit de ceux qui ne supportent pas leur amour dévorant ? Betty devient de plus en plus incontrôlable ...

Estampillé film d’une génération – ce qui est juste, je fais partie de la génération en question qui le découvrit à l’age de 21 ans, et Dieu sait s’il marqua -, 37,2 est l’adaptation d’un roman de Philippe Djan, de loin la meilleure, la plus fidèle à son esprit épris de liberté. Pourtant le style du film épouse entièrement celui de son réalisateur, styliste que depuis le triomphe de Diva puis l’échec de La lune dans le caniveau la critique parisianiste taxait de publicitaire dévoué à la mode. Assertions que 37,2 catapulte entièrement au travers d’une intrigue et d’une mise en image fortes au point de donner parfois le sentiment, devant l’extrême justesse du couple vedette, d’assister en live à la naissance et à la mort d’un amour passion comme on n’en avait jamais filmé de cette façon-là. Le tout sur des compositions musicales hypnotisantes signées Gabriel Yared, toutes inoubliables.

La présence de Jean-Hugues Anglade et de Béatrice Dalle compte énormément dans la réussite éclatante du film. Découvert par Patrice Chéreau et L’homme blessé, Anglade, ici Zorg, écrivain inconnu, entendant le rester et amoureux transi, crêve l’écran, démodant ainsi la génération d’acteurs l’ayant précédé en imposant la figure sexuée et fougueuse d’un homme en quête de liberté. Magistrale révélation, Béatrice Dalle, qui fut comparée à Brigitte Bardot, est une tornade à elle-seule, une actrice en roue libre qui se donne à fond sans compter et explose de charme et de grâce entre deux scènes d’hystérie. Rarement dans le cinéma français de la fin du XXème siècle un couple cinématographique aura à ce point percuté.

Le film dresse le portrait d’une jeunesse qui d’entrée de jeu joue la carte de la passion amoureuse et refuse le système et la vie qu’il propose sans faire la moindre concession. Eux deux, ces amoureux que rien ne sépare, pas même les scènes et les coups, ils vivent pour eux en communion avec la nature, sur les plages mythiques de Gruissan. Ils évoluent au tout début des années SIDA, thème que le film finira par aborder frontalement, imperméables à l’enclume du conformisme qui tache de les freiner dans leur quête de bonheur.

Le matin, leurs corps entremêles épris de passion sont à 37, 2 et épousent donc la bonne température, celle de corps intensément vivants, en coït comme dans la superbe scène d’ouverture. Le problème ce n’est pas eux mais ces autres, ceux-là qui les voudraient salariés, raisonnables, avec un projet de vie, un futur anticipé et une retraite de petits fonctionnaires.

Sauf que rien sinon la mort ne peut interrompre l’amour fou, en ces années ou l’on pouvait mourir d’amour …


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire