samedi 20 octobre 2018

Braquage grotesque à Créteil



Journée de la jupe – le film avec Adjani … - à Créteil. Lycée Edouard Branly. Un adolescent quelque peu préoccupé par son bulletin de notes a braqué avec un pistolet sa prof de biotechnologie pour la contraindre à le noter comme étant présent à son cours.

On notera aussi l’extrême soumission du jeune homme à ce système qui veut qu’on note et qu’on évalue en permanence. L’objet de la menace par voie d’arme n’était ni de voler, ni de faire l’école buissonnière, ni d’obtenir une gratification sexuelle ou que sais-je d’autre, non ! Simplement d’avoir avec cette case présent une … bonne note !

Inquiétant certes mais aussi drolatique que de constater que les petites racailles sont – exactement comme les chanteurs de rap mis en avant par les majors – de grands contempteurs du système, en clair des rebelles en papier crépon. Il y a quelque chose de comique que de braquer l’autorité pour que celle-ci te fasse rentrer dans le rang, en clair dans la bonne case. Le garçon est adolescent, et son geste est – au delà de sa dimension illégale évidente – déjà vieux dans sa tête. Un jeune vieux qui exige un bon point comme un gosse tape une crise pour un paquet de fraises Tagada.

Sérieusement si c’est devenu ca la jeunesse de France, devenir violent pour mieux se soumettre au système, quelle blague. Il est interdit d’interdire, 50 ans après mai 68 on arrive à cette séquence et à Cohn Bendit dans le rôle d’un nanti du système, pro ultra-capitalisme comme le tout jeune homme.

Une séquence qui suggère que libertaire et liberté, non seulement cela n’a guère à voir l’un avec l’autre mais ca peut même se révéler antinomique. Apres le braqueur dans les bras du monarque, on a un émule en banlieue proche, encore un petit gars qui rêve de fric, de flingues, de fringues et de jolies pépés et qui pour cela braque sa prof. Ecris PRESENT ou – ou quoi mon petit, qu’est-ce que tu vas faire si j’écris ABSENT, tu vas tirer Scarface
?

Cette jeunesse qui s’est prise pour héros le Tony Montana ridiculisé par Brian De Palma fait de la peine – je parle de ce segment-là. Etre adolescent, c’est au contraire de ce qu’a fait ce jeune homme sans cervelle, vouloir s’affranchir, rêver, éventuellement se rebeller, bref découvrir la vie, se découvrir soi avant l’age adulte, tâtonner, certainement pas se soumettre à l’autorité, par la violence qui plus est. Au-delà du symptôme inquiétant sur l’époque, il y a de quoi s interroger sur ces petits soldats du capitalisme prêts avant l’heure, qui reproduisent comme des bulots les scènes de séries policières en se croyant à L.A. Créteil, bonhomme, Créteil ! Ouvre les yeux garçon ! Et revois Le Père noël est une ordure !


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