vendredi 5 octobre 2018

Aznavour ou la République aux Invalides



Enterrement de Charles Aznavour aux Invalides et hommage national. Après Jean d Ormesson, Johnny Hallyday, Simone Veil. Une cérémonie dont la République Française, ce pays traversé par mille fractures, a le secret. Quoi de mieux pour dissiper les dissensions et les divisions qu’une émotion nationale autour dune grande figure, contestée mais seulement à la marge, couplée à un plan média denvergure. Les chaines dinfo continue dégoulinent entre les pubs, chacun y va de son couplet.

La tyrannie émotionnelle, née sur un deuil et donc une peine réelle en soi tout à fait respectable, permet à nos diviseurs de métier, pardon, nos gouvernants, et parmi eux au premier dentre eux, celui que lon nomme lElu, de se mettre au premier rang, de prendre le micro et donc doser tel un évêque parler en notre nom. Cette récupération des morts célèbres est devenue – cela ne date pas dhier mais la modernisation de linformation a grandement accéléré le phénomène, de même le caractère jetable de la popularité des élus – une norme sociétale. Au point que la société ne comprendrait en rien que son monarque se taise, ne se mette pas en avant, ne prenne la parole. On est donc dans une séquence manipulatoire pure, en même temps dans un temps qu’on peut qualifier de normatif. Avant meme le décès de Charles Aznavour, paix à son ame, la cérémonie et son faste sinscrivaient dans linconscient collectif, pareille carrière ne pouvait déboucher que sur ca, ne pas avoir ca au bout eut été jugé comme un crime de lèse majesté. La fonction intrinsèque de ces grand-messes est donc bien une union entre le haut et le bas, le sommet de la société et sa base, les riches et les petits. En cela le ciment se fait, les différences disparaissent un temps, chacun attend que lElu soit dans son rôle et le joue à la perfection. The show must go on, disent les anglo-saxons.

Pendant la cérémonie, les jours la précédant aussi, le jour de lannonce de la mort du cher disparu, il y a comme une confiscation de lactualité. Les sujets autres passent au second plan y compris les plus cruciaux. Depuis la mort dAznavour, seul le mini scandale autour de Macron à Saint Martin est parvenu à faire diversion. Le départ de Colomb aussi, mais moins. Les deux sujets furent vécus comme des faits dhiver en début d’automne, deux apéritifs passionnant le landernau, sans doute peu importants aux yeux du peuple. Lequel pensait davantage à ce qu’il avait dans le frigo et à lami Aznavour. Et chantait La bohème devant son poste.

Lépoque moderne impose la starification, la déification de son vivant. Comme Hallyday avant lui, Aznavour était devenu une icône et un monument. De fait, Macron récupérant le chanteur arménien sera jugé davantage crédible que Macron récupérant De Gaulle, mais dans les deux cas la plupart des français lui en seront gré sans pour autant lui dire merci ou lui donner une voix. Il a fait le job, on ne lui en demandait pas plus, il peut à présent visiter la famille dun jeune dealer repenti à Stains.


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire