mardi 23 octobre 2018

Assassinat de Jamal Khashoggi - une affaire cousue de fil blanc



L'affaire surmédiatisée du meurtre dans des conditions dignes de Massacre à la tronçonneuse du journaliste du Washington Post à l'ambassade saoudienne d'Istanbul n'en finit pas telle une série à suspens de livrer de nouveaux épisodes. Le président turc vient de révéler que le corps de Jamal Khashoggi aurait été retrouvé – les morceaux découpés – dans un puits situé dans la propriété turque du Consul de l'Arabie Saoudite. De son coté, niant avec la plus grande fermeté les accusations dont elles sont la cible, les autorités saoudiennes viennent sur leur propre sol de procéder à l'arrestation de dix huit suspects dans ses propres rangs. Ryad parle d'une erreur énorme et tache au mieux de se défausser, tandis que Donald Trump tempête et menace son allié, que les chancelleries britanniques puis allemandes émettent des communiqués timidement durs, et que Le Drian vient tout juste de leur emboiter le pas.

« Puisqu'il s'agit d'un assassinat politique, il est indispensable d'élargir l'enquête à des suspects résidant dans d'autres pays, s'il y en a quelques-uns, conformément aux normes de la loi internationale. La Turquie s'engage à mener l'enquête jusqu'au bout. Je voudrais m'adresser au gouvernement saoudien et en premier lieu au roi Salmane. L'assassinat a eu lieu à Istanbul. Ainsi, je propose de juger les 18 suspects à Istanbul. Mais certes, c'est à l'Arabie saoudite de décider ».

Cette déclaration d'Erdogan vient presque au secours de Mohamed Ben Salmane. Contrairement aux Etats Unis, allié de MBS, la Turquie, allié selon les circonstances des uns ou des autres – tantôt avec les américains, tantôt avec les russes, Erdogan n'a en rien oublié la tentative de coup d'état dont il fut la victime, et connaît ses instigateurs -, défend presque l'Arabie Saoudite, état dont il connaît l'extrême cruauté.

Etonnement on constate un déséquilibre monstrueux dans le traitement de l'information concernant Ryad. Concert de protestations à propos d'un crime non élucidé, silence de mort sur un génocide en cours mille fois prouvé, celui du Yémen. Dans le second cas, il s'agit d'une destruction programmée servant les intérêts occidentaux et s'inscrivant dans le projet du Grand Israël. Dans le premier d'un crime atroce, et d'une et une seule victime.

Ce traitement pour le moins surprenant est à mettre en parallèle avec les affaires juteuses en cours réalisées avec Ryad. Les contrats d'armement français servant la guerre au Yémen tout d'abord. Les contrats signés par Trump avec MBS, servant de dispositif militaire préparatoire à la future guerre contre l'Iran. Et bien entendu la Cité de Néom, 500 milliards d investissement saoudiens, un projet pharaonique dans lequel les multinationales occidentales, américaines, européennes et donc françaises, ont énormément à attendre.

Le suzerain saoudien a d'ailleurs pour tout prochainement lancé un Davos du Désert autour de Néom et des contrats afférents. A la lumière du crime – encore une fois non prouvé, tout-un-chacun semble l'affecter à Ryad parce que produit dans l'enceinte du consulat saoudien avec des criminels saoudiens, cela fait lourd certes mais est-ce suffisant pour prouver l'implication des Saoud, pas sur ! – Le Drian, et avec lui la diplomatie française, vient de se livrer à de sacrées contorsions. Puni de Bruno Lemaire pour le Davos du Désert, lequel Lemaire reste à Paris. Condamnations fermes du grand ami de Macron, MBS donc. A coté de ca, les firmes françaises, les grosses multinationales, elles, seront de la partie. Lemaire c'était juste pour la galerie, autant dire que son absence ne pèse absolument rien. Ce qui compte ce sont les contrats.

Ryad a fait peser des menaces récemment sur Paris, auxquelles Macron s'est montré, plus que sensible, soumis. De la fermeté contre l'ennemi de Téhéran, il suffit avec ces envolées à l'ONU sur le multilatéralisme ou sur l'accord iranien. On veut des gages ! Sinon pas de contrats !

Ce fut la descente au Centre Zahra, l'opération bulldozer de 200 CRS débarquant dans un centre chiite pro Hamas et pro Hezbollah, bref, un centre de paix supposé être un nid de terroristes. BFM fit ses images, aucune condamnation sinon le blocage des comptes et la fermeture du Centre Zahra pour six mois. Comment se sortir d'une impasse diplomatique due à des positions de derviche tourneur en s'attaquant à bien plus petit que soi.

Ici, rebelote sur les pressions, les déclarations de Le Drian ont du mal à passer, Macron le sait, il va lâcher du lest, comptons sur lui, faire dire une chose par un de ses ministres pour ensuite prendre lui-même la parole et adoucir, il l'a fait plusieurs fois, il le refera. Business first !

Revenons à cette affaire de crime sadique. Et tachons d'émettre quelques hypothèses. Le truc est énorme, archi visible. Des saoudiens débarquent à Istanbul au vu et au su des autorités, filent au Consulat de leur pays, y assassinent un journaliste américain, laissent le téléphone de leur victime enregistrer leurs méfaits et finissent par jeter le corps dans le puits du Consul. Ca semble cousu de fil blanc, on aurait tout fait pour signer Ryad qu’on n'aurait pas fait mieux ! D'autant qu'un pareil crime commis par les Saoud c'est parfaitement crédible aux yeux de l'opinion.

Sauf que les ficelles sont bien trop grosses !

Réfléchissons. QUI aurait intérêt et pourquoi à mettre sur le dos de MBS une accusation de crime barbare sur la personne d'un journaliste du monde dit libre.

Les Saoud, actuellement, ont le vent en poupe et MBS prend vis-à-vis de ses alliés bien des libertés. Son image – bidon – de modernisateur de son pays. Ses choix ultralibéraux. Sa fortune décuplée après l'arrestation de certains membres de son propre clan ainsi que la main mise sur leurs magots. Le projet Néom et la folie des grandeurs qui va avec, qui lui offre la main sur le choix des prestataires. Bien entendu, son feu vert sur le paiement en monnaie chinoise à la Chine du pétrole saoudien, ce décrochage des pétrodollars qui entre en effet et impacte très sérieusement sur l'équilibre des deux grands blocs, en donnant un avantage absolument décisif à l'Empire du Milieu. Ca fait un peu beaucoup.

Aux yeux d'Israël et de son vassal américain, cet allié tire bien trop la couverture à lui. Il a beau faire ce qu’on lui demande de faire au Yémen et se préparer dans l'ombre pour lancer ses armées contre l'ennemi iranien, trop c'est trop. L'Arabie Saoudite pour la branche mondialiste qui tire les ficelles d'Israël, en clair les Rothschild, doit comprendre que sa fortune et ses projets ne font pas d'elle le maitre du jeu, simplement un pion, un exécutant. Donc on tape. Fort. On créée de toutes pièces un crime macabre signé et contresigné Saoud. On utilise Mossad et CIA pour ca, spécialistes des attentats sous faux drapeaux mais aussi de crimes maquillés attribués à d'autres qu’eux-mêmes.

Comme toujours Israël demeure dans l'ombre, ne se salit pas les mains et fait faire le sale boulot par d'autres. Pas un israélien, pas un agent américain dans la ville d'Istanbul, ni vu ni connu, l'opération est commandée à distance. Les réseaux et chaines sont prêts à recevoir puis diffuser en masse les images, voilà comment on créée de toute pièce à la fois un scandale et un coup d'arrêt brutal dans une stratégie de fanfaron. Englué dans cette affaire, MBS, malgré Néom, est subitement paralysé, ses services sont tous monopolisés sur la ligne de défense. Ca devait être son moment de gloire, c'est panique à bord.

Etonnamment ce sont les ennemis de Ryad qui sont les plus discrets. Ni Moscou, ni Pékin, encore moins Téhéran n'ont dit un mot contre leur ennemi. Pour eux il paraît assez clair, il me semble, qu’ils assistent à une opération d'intox inter bloc occidental, en clair que cette affaire sordide ne les concerne en rien. Et que donc le silence prévaut.

L'essentiel de toute façon se joue ailleurs.



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