jeudi 27 septembre 2018

Trump à la tribune de l’ONU - du baratin en barre !




« Nous croyons que lorsque les nations respectent les droits de leurs voisins et défendent les intérêts de leurs peuples, elles peuvent mieux travailler ensemble pour s’assurer des bienfaits de la sécurité, de la prospérité et de la paix. Chacun d’entre nous ici aujourd’hui est le représentant d’une culture distincte, d’une histoire riche et d’un peuple lié par une mémoire, une tradition et des valeurs qui font de nos patries des endroits comme nulle part ailleurs sur terre. C’est pourquoi l’Amérique choisira toujours l’indépendance et la coopération à la place de la gouvernance mondiale, du contrôle et de la domination. Je respecte le droit de chaque nation dans cette salle de suivre ses propres coutumes, croyances et traditions. Les Etats-Unis ne vous diront pas comment vivre ou prier. Nous vous demandons seulement de respecter notre souveraineté en échange ».

Ainsi parla Donald Trump à la tribune de lONU. America First. Son mantra.

Daucuns en déduisirent instantanément que le cordon est coupé de facto entre les intérêts américains et ceux de létat hébreu. Hier, lors de la campagne pour la présidence en 2016, on crut sur la foi des discours du meme, alors candidat, au reflux des GI depuis les théâtres dopération étrangers ou la bannière étoilée pratique lingérence. On crut également à un rapprochement avec la Fédération de Russie de Poutine. A la mise sous les barreaux des élites démocrates plongées dans le Pizzagate. A larrêt de la Fondation Clinton. A tant dautres choses encore.

Rien de tel ne se produisit, bien au contraire. Sitôt élu Trump alla dans la direction opposée. Produisant soit de nouveaux discours, soit une décision ravageuse – lambassade américaine à Jérusalem qu’aucun de ses prédécesseurs navait osé faire en dépit des pressions du lobby. Soit un silence assourdissant – le pizzagate.

Le discours du président américain ne sest pas limité à cette belle déclaration dintention qui, vous le verrez, restera lettre morte comme les précédentes. Il étrilla aussi lIran, accusé de financer le terrorisme islamique que combattent les mollahs et que co-pilotent les américains. Et il menaça directement et sans ambages ni faux semblants le gouvernement Maduro dun coup détat fomente par les USA. Après avoir vivement incité les iraniens à faire tomber leur pouvoir. Le tout en nous vantant après cela le mérite de lindépendance américaine et le respect des autres cultures.

Une chose et son contraire donc. Une nouvelle fois.

Comme son comparse Emmanuel Macron, mais avec un style bien à lui de magnat de limmobilier rodé à des négociations à lemporte pièces se réalisant en plusieurs coups de poker successifs. Trump pratique la politique à larrache comme on remporte des contrats internationaux. A la dure. Promesse de vente 1, on promet et on annonce plein de choses et on flatte. Deuxième rendez-vous suite à une demande de négociation du client, on met ses parties sur la table, on propose sa femme en garantie, on tourne casaque histoire de ne pas perdre le marché. Troisième et ultime négociation, on trahit son associé, on enfonce ses compétiteurs, on glisse une enveloppe sous la table, on remporte le marché et on a grugé tout le monde.

Il sagit quand on y regarde bien dune méthode particulièrement virile de faire du business, complémentaire à celle de notre banquier daffaires national, autre négociateur roué, qui lui fait davantage dans le feutré et dans le gentillet. Mais sur le fond même fait exactement la même chose. La langue est simplement plus châtiée.

La première journée des allocutions devant lassemblée de lONU vit se succéder deux bonimenteurs, Trump puis Macron, et enfin un dirigeant censé être un ennemi de lhumanité tout entière, le président iranien Rohani. La différence de niveau, de hauteur de vue et de sincérité entre les deux premiers et le troisième fut absolument stupéfiante. Sans accorder de blanc-seing par définition à Rohani, force est de constater que son discours avait pour objectif de dire le juste, tout du moins de tacher de sen rapprocher autant que possible devant une assemblée pas forcément acquise – ni les chinois ni les russes nétant présents. Fort courtoise, son allocution se garda bien daccuser nommément, de sabrer, ou de faire la leçon. On restait sur les principes et sur les faits, que ce soit à propos de laccord sur le nucléaire, de la guerre contre Daesch et du terrorisme, de léquilibre des forces et du respect des pays et de leurs peuples. Le discours avait en lui-même une certaine profondeur, qu’il ne fut pas simple de comprendre pour beaucoup après les rodomontades de Trump et les crâneries emplies de guimauve de Macron. Nos chastes oreilles occidentales ne sont plus guère habituées à des discours emprunts de nuances et douverture desprit, on préfère de nos jours le gros rouge qui tache, les leçons de morale et le sucre mielleux. Autres temps, autres mœurs …


1 commentaire:

  1. excellent article que je découvre aujourd'hui. Beaucoup de "choses" sont dites. je pourrais en rajouter dans le même registre mais le temps me manque. Vos arguments et vos invectives paraîtront "radicaux" à nos contemporains qui ne sont capables de voir ce qui se passe au-dessus de leurs têtes. Si tous les media disent qu'on a gazé des enfants en Syrie ou n'importe quel pays non approuvé par le Grand Occident, par exemple, plus personne ne pourra leur faire voir le contraire, quels que soient les arguments et même les preuves. Bravo pour l'article et bravo pour le style. Je ne connais votre travail que depuis peu. Une chose par contre me parait "invraisemblable" : je vous ai entendu dans une video tenir des propos apparemment anti-immigration, voire des vagues d'immigration censées nous envahir et nous annihiler. Vous vous trompez complètement sur ce point et si ça vous intéresse, je pourrais développer une autre fois. JLouis Lourau

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