samedi 8 septembre 2018

Marlon Brando, reflets dans un oeil d'or



Brando – le nom de famille suffit, comme pour les plus grands on dit Brando comme on dit Garbo. Considéré comme un des comédiens phares au XX ème siècle aux Etats Unis, Marlon devint dès sa première prestation, au théatre puis au cinéma, en 1951, dans Un tramway nommé désir d'après la pièce de Tennesee Williams, plus qu'une star ou un excellent acteur, un mythe.

Comment démoder en un role tous les acteurs de sa génération comme ceux l'ayant précédé. Bardot ou Marylin réussirent cela aussi. Le concernant, lui dont le genie artistique est davantage évident que celui de ces deux figures féminines majeures, on peut parler de double révolution, en tant qu'acteur et comme symbole sexuel.

Car Brando est un symbole sexuel, un homme archi sexué, bisexuel d'ailleurs, hyper troublant, très ambigu, un fauve, un séducteur qui sent le souffre et en joua beaucoup. Un tramway ou il exhale en marcel une hyper-sexualité un rien vulgaire, Lquipée sauvage, ou il incarne le premier rocker, role dont Elvis s'inspira, ou Le dernier tango à Paris, ou il joue à fond sur son physique et sur sa capacité à dominer de manière sulfureuse autrui, on ne peut pas dire que le sexe et son incarnation masculine intrusive ne soient pas la marque de fabrique de l'acteur. Brando fut un immense provocateur et un scandale permanent, dans sa vie et dans ses déclarations, il alla jusqu à révéler la bisexualité de figures hollywoodiennes sans prendre de gants et à attaquer bille en tête le lobby juif à Hollywood et ses méthodes racistes.

L'acteur demeure capable de tout, classique jusqu'au bout des ongles dans le Jules César de Mankiewicz, bouleversant dans Sur les quais de Kazan – premier oscar -, charismatique dans La poursuite impitoyable d'Arthur Penn, trouble et troublant dans Reflets dans un oeil d'or de John Huston. Et évidemment mythique et vertigineux dans le premier Parrain – deuxième oscar – puis dans Apocalypse now, tous deux signés Coppola, lesquels constituent les deux sommets d'une carrière souvent brisée et interrompue bien trop tot.

Rebelle à tout y compris au succès, à l'hypocrisie de son pays coupable de génocide, Brandon épousa la cause des indiens d Amérique, stablit en Polynésie, épousa une indienne, donna à une de ses filles le prénom de Cheyenne. Il refusa prix et honneurs, rendit impossibles bien des projets par des exigences salariales volontairement inacceptables, se retira et se retrancha, vécut avec sa tribu loin de tout. Et fut au tout début des années 90 le témoin terrassé d'un assassinat commis par un de ses fils sur la personne d'un de ses gendres.

Ce drame tardif mit à terre le colosse aux pieds d'argile. Son nom était devenu synonyme d'excès, de scandales et de désordres, l'homme ne donnait plus de nouvelles, ne répondait plus à qui que ce soit, désertait le champ public, ne sortit de son silence que pour tourner aux cotés de Johnny Depp pour le premier film de metteur en scène de ce dernier, The brave, en 1997. Un seul film après, et puis plus rien, jusqu'à sa mort en 2004.

Quatorze ans déjà, et pourtant le mythe demeure intact. Brando révolutionna Hollywood comme l'image de l'homme, objet et sujet sexuel à la fois, lion, bête, fauve, monstre sacré, puis énorme, plus de 110 kilos, une lente destruction de l'intérieur de son physique, un ogre sur le tard, que Coppola dut filmer pour Apocalypse now dans l'obscurité. Ce personnage, cet officier devenu fou et vivant tel un gourou sous acide dans une cabane perdue dans la jungle du Vietnam, quel plus beau résumé de la vie de Marlon Brando et de sa destinée  


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