vendredi 28 septembre 2018

Le serment de Jeanne - Dialogue 7



Une nuit en songe, nous nous étions arrêtés en une prairie afin de nous poser et y dormir, je vis mon père et ma mère, tous deux assis aux pieds de ma tente, qui priaient silencieusement. Ils n’osaient lever les yeux vers moi leur fille, ils semblaient intimidés. Ma mère surtout, l’armure je crois l’intimidait, ainsi que la présence de tous ces hommes à mes cotés. Il y avait dans son regard comme la pensée que tout ceci n’était pas convenable pour une aussi jeune fille. Et aussi une forme d’admiration interloquée.

Je m’avançai vers eux et leur ouvris les bras en grand, trop heureuse de les revoir, mais ni l’un ni l’autre ne firent un pas. Ils demeurèrent interdits et immobiles, le regard baissé contre terre. Je les appelai alors, maman, papa, mais tandis qu’ils ouvrirent la bouche aucun son n’en sortit. C’était comme s’ils étaient morts, et d’ailleurs ils l’étaient déjà en un sens, morts en tant que parents car dépassés par les évènements.

Alors je ne pus que fondre en larmes et appelai à moi Notre Seigneur Dieu Tout Puissant. Qui expira un souffle en mon cœur et de ses mots pleins de sagesse me fit comprendre que j’étais par la voix de l’Ange passée en un autre royaume ou celui d’avant n’a point droit de cité ni même accès. Je te les fais venir l’un et l’autre afin que ton cœur y puise réconfort, mais ne puis leur donner vie comme tu le souhaiterais, ma douce Jeanne. Car tes géniteurs sont aux cieux à mes cotés, je les ai fait tous deux séjourner quelque temps au purgatoire, ils expient le peu qu’ils ont fait de mal, ton père surtout, ta mère eut presque pu passer directement chez Saint Pierre mais ce dernier n’avait pas le cœur de les séparer.

Je retournai lors à mon sommeil, fermai les paupières et demeurai songeuse. Comme cela paraissait loin, une autre vie presque que la mienne à Domremy, alors que deux ans seulement avaient passé. Ils étaient comme étrangers, j’étais devenue étrangère à moi même et tout autant viscéralement attachée, jusqu’à l’incarnation, à ce pays que j’habitais autrefois sans le connaître et libérais. Deux vies en une, une enfance, un début d’adolescence puis un destin qui te soulève du sol et t’envoie de ton vivant flirter avec les astres. Toucher un peu les cieux et ramener une poussière d’éternité.

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