mercredi 26 septembre 2018

Le serment de Jeanne - Dialogue 6



Je me revois en armure, sur le champ de bataille, glaive levé, passant et repassant sur des corps, poursuivant un ennemi tachant de tuer lun de mes hommes, et levant lépée droit vers les cieux puis labattant sur le cou de cet être qui était là, qui était là jusqu’à ce que moi, portée par une Lumière Divine, devienne linstrument consentant de sa fin.

Je vis donc le sang, je fis jaillir le sang, je dus le faire, ce fut aussi cela, ma mission, porter le fer, le plonger dans le cœur, pour sauver lâme eh bien oui accepter de couper les branches, certaines se frayant sur mon passage. Je devinais ma fin sur le bucher, lAnge mavait de nuit envoyé des visions et avait murmuré à mon oreille des mots réconfortants. Mais il le fallait, jétais devenue capitaine de combat, un combat spirituel ici-bas fait avec les armes dici-bas. Et donc le glaive.

Je songeai chaque soir à chacun de ceux que javais fait tomber et priai pour chacun. LAnge me permit parfois de dialoguer avec leurs ames entre ciel et terre, de mélever vers elles, dentendre leurs complaintes, leurs confidences, leurs témoignages et leurs récits. Tous furent, jen fus fort aise, rassurants, non, ils ne men tenaient pas rigueur, au moment du passage la mort leur avait soufflé le sens, ils avaient de fait gagné, mieux qu’un répit, une place au purgatoire pour les promis à lenfer et une au paradis pour les promis au purgatoire.

 Que tu es Bon, O Seigneur, que tu es Juste.

Le combat fut âpre certes, mes hommes parfois perdaient patience à force de voir leurs compagnons perdre vie sous leurs yeux. Chaque matin et chaque soir, la combattante que jétais les réveillait, les nourrissait, les pansait aussi, les rassurait. Et chaque matin au petit jour se levant ensemble nous reprenions route en direction dOrléans.

Il fallait y aller, ne jamais reculer, toujours avancer, ignorer les pertes, enterrer les morts, reprendre la route, ne jamais nous retourner. Il nous fallait ensemble poursuivre la marche, la marche glorieuse, la marche victorieuse, la marche vers Orléans, reprendre la ville à lennemi, la restituer à notre Père, puis tous nous prosterner devant lui. Lui était le seul guide de notre combat, nous, nous étions ses messagers couverts de largent des armures nous protégeant des coups du Malin. Nous acceptâmes le prix, nous priâmes nos morts, nous priâmes également les morts du camp den face, les pauvres, eux avaient été entrainés sans le savoir par Satan en personne, mais ils étaient comme nous, des êtres fragiles, faisant honnêtement leur travail, espérant se lever sur une aurore boréale et se coucher sur un ciel étoilé.

Je fermai les paupières. Traversant les combats je me sentis soulevée depuis lécorce terrestre. Je volais aux cotés de lAnge, survolai le campement de mes troupes, pouvais les observer de loin livres aux rêves que lAnge leur inspirait. Je passais au dessus-du campement de lennemi. Un silence dor régnait. Cétait la trêve de la nuit.


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