lundi 24 septembre 2018

Le serment de Jeanne - Dialogue 4



On me disait exaltée, j'étais portée par une Lumière, celle que l'Ange m'avait transmise, comme une flamme capable de soulever une toute jeune fille timide et de la faire se dresser de sa petite taille bien au-dessus-de géants en armure. De les entrainer, simplement par le Verbe. De les convaincre de se relever, de se retrousser les manches, d'y croire, d'y croire fermement, contre les données du champ de bataille. Leur dire, peu importe que nous soyons moins nombreux, moins armés, moins entrainés, nous sommes protégés, privilégiés, et nous remporterons la victoire, car la victoire n'est pas seulement notre mais Sienne. Nous sommes Légion.

Je me revois – la première fois. Ils me regardaient, ces soldats, ces capitaines, ces hommes désabusés par tant d'échecs, lourds de leurs morts, de leurs reculades, de leurs erreurs. Ils regardaient celle que je leur exposai, ils se demandaient, je le lisais dans leur regard, mais quelle est cette folle, quelle mouche a piqué notre bon suzerain Charles, la rumeur disait juste, notre roi est faible d'esprit, son sacre nous y crûmes mais là, preuve est faite. 

Toutes ces pensées, je les entendais tandis qu’ils me jaugeaient, dressée sur mon destrier, entendant le son de ma voix je les savais plus que sceptiques, incrédules. Quoi, une femme, pire, une jeune fille de quinze ans, qui s'en vient nous apprendre notre métier et se pique sur ordre royal de nous commander, quelle est donc cette plaisanterie.

Sauf que le Verbe, oui le Verbe ! Pas le mien, oh non, car mon esprit libre était lors absent, mais ces mots qui de mes lèvres et du plus profond de moi naissaient et s'échappaient, je les entendais, les découvrais à peine prononcés, moi-même ils m'étourdissaient. Et un à un je les sentis entrainés puis abandonnés à cette force, à cette puissance du Verbe, à cette immanence en action qui se donnait à entendre et s'élevait dans les cieux.

Ce fut lors une vague, une vague de cris, de hourras, je sentis la marée de ces hommes soudain tels un seul se soulever de la glaise et à mon sillon se redresser puis prendre route. Aspirés un à un par la Lumière, attirés en elle, soulevés par elle et mis en branle par elle. 

En quelques minutes nous étions partis.

Tel fut le commencement de l'aventure, le prélude à la geste, le préambule aux combats. Le Verbe, lui et lui seul, force divine de la parole révélée qui fait se soulever les montagnes et s écarter les mers. Et conduit en file indienne les armées de soldats, eux et leurs destriers, en direction de l'ennemi, afin de reconquérir Orléans, la ramener dans le giron de la fille ainée de l'Eglise. La couronne de Charles à Reims fut posée, le roi de droit divin se devait par nous ses fidèles retrouver ici-bas son royaume, auquel ne devait manquer aucune parcelle. 

Ainsi L'exaucer, ainsi Le contenter. Nous consentîmes donc, et en fîmes le serment. Nos vies ne valaient guère, nos vies ne valaient rien. Seule la terre, la terre de France, la terre des francs, la terre des François. La terre de Saint Louis. Elle et elle seule.


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire