dimanche 23 septembre 2018

Le serment de Jeanne - Dialogue 3



J'étais, je m'en souviens, j'ai toujours été très pieuse. Chaque dimanche, je me rendais en pelerinage à la chapelle de Bermont, tenue par des ermites, afin d'y prier. Je ne sais d'ou me vint cette habitude à me réfugier davantage que mes congénères du même age dans la prière de Notre Père, mais d'aussi longtemps que je me souvienne ce fut ainsi. Comme un prélude à ce qui à l'age de mes treize ans advint, cette révélation.

Mon père, Jacques, était paysan, avait quelques terres et quelques moutons. Il occupait en notre village des Vosges une place je ne dirais pas importante, mais presque. En dépit de cela, je dus très jeune aider, c'est-à-dire travailler, ce que jamais je ne vécus comme une contrainte, plutot une manière d'exercer quelque artisanat, filer la laine et le chanvre par exemple. Je fus aussi employée à parfois m'occuper des moutons, mais contrairement à ce que dit la légende, je ne fus point bergère.

L'on ne sait à un aussi jeune age, surtout quand on est née fille, ce vers quoi on se destine, sinon quelque simple et proche horizon. Prendre époux, fonder une famille, travailler à la maison, c'est cela songeai-je alors, comme ce fut le cas pour ma mère et pour toutes les femmes du village. Je rencontrai alors un doux jeune homme qui me fit une cour discrète, et je cédai à ses mots, lui accordant du bout des lèvres ma main.

Promesse que je dus reprendre une fois la voix de Saint Michel entendue. Je ne pouvais choisir, il l'avait fait pour moi, ce fut au tout début difficile que d'accepter, mais je n'eus guère le choix. Mon soupirant me traina en justice, j'obtins l'acquittement, preuve ne put être constituée que serment il y avait eu.

Je me revois alors en ces montagnes, le regard quelque peu perdu, regardant les cimes, marchant dans les prairies et les forêts, revenant d'un pas lent à la maison, aidant ma mère pour le ménage, et parfois servant mon père à table. Cette vie d'alors, faite de petits riens, me convenait. Elle etait banale, o combien, mais sereine. Sans reliefs en même temps, mais agréable, car sans aspérités. Je revais alors éveillée, chaque instant, je posais mon attention sur un papillon, sur une brindille, sur les gallets dans le ruisseau, sur l'ane qui broutait. Je ne pensais pas, ne savais rien, me laissais alors vivre, au fil des saisons.

Ce fut avant, lors, et ce fut bon.


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