jeudi 20 septembre 2018

Le serment de Jeanne - Dialogue 2



Ah mon dauphin, il ne me fut pas simple que de tapprocher, mais jy parvins à force de ténacité. On dit que je te vis la première fois en public et que tu tétais déguisé en page et avais installé un autre sur ton trône afin de me tester. Ceci est à la fois juste et pas juste, car auparavant, un mois auparavant nous nous étions vus en privé, tu étais sur la réserve alors, et ce fut ta tante, grande diplomate qui rêvait de ton sacre à Reims, qui taida à ouvrir les yeux.

Déjà à lépoque, des anglais certes, mais aidés des bourguignons, afin de remplir le serment dIsabelle ta mère, donner la couronne de France au roi dAngleterre. Ce qui ne se peut, ce qui est contre la loi de Dieu pour sa fille ainée. Ce qu’une femme fit, une seconde femme dut le défaire et je fus ainsi pour cela choisie. Le pays des francs, lors, était déchiré, comme en ces jours funestes, le loup était dans la bergerie, nos ennemis étaient aussi nos frères de sang, notre dauphin vivait proscrit, se croyant batard, le peuple se détournait de lui, se donnait à lennemi doutre Manche. Cette lutte fut donc avant tout intérieure avant que dêtre extérieure.

Il me fut offert une armure magnifique que je revêtis pour rejoindre nos armées, sonner lassaut, parvenir à remporter la bataille, que dis-je, les assauts, et ainsi rendre possible le sacre de Reims. Où mon dauphin Charles fut couronné roi.

Il fallait ramasser la couronne à terre, la reprendre de force à nos ennemis, ne jamais faillir, y croire quel que soit le prix et parvenir à remettre sur le trône de France un Roi. Ce fut cela, ma mission, redonner à mon pays non sa gloire mais celle de son maitre, dont il fut un serviteur parfois égaré par une de ses têtes couronnées.

Laffront fut lavé et les français se redressèrent et dans limmense cathédrale, contre les complots ourdis avec lennemi par certains dentre eux, retrouver leur rang, celui dune nation pleine et entière qui ne se corrompt et ne se compromet à aucun prix. Fruit de peuplades et de régions riches de diversité, la France éternelle est la résultante dune Foi, une foi divine, qui me toucha de sa grâce et fit de moi, jeune adolescente qu’on disait pauvre, ce qui nest pas exact, et bergère, pas davantage, de Domrémy, le porte flamme de la reconquête au nom de notre Seigneur.

LHistoire, alors, lHistoire de France, reprit. Et peu importèrent les flammes dévorant mes chairs. Puisque je me tiens dorénavant à la droite du Fils. Et vous veille, et vous observe, et vous surveille, et vous guiderai demain comme je vous avais guidés hier.


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