mardi 18 septembre 2018

Le serment de Jeanne - Dialogue 1



Pourquoi suis-je donc morte, pourquoi ai-je enduré ce martyr, ce feu, ces flammes dévorant ma peau et laissant mon ame saigner devant eux, mon peuple si bien aimé … Ah, les revoir en ces jours de dégénérescence, abandonnés à ces cœurs si noirs, ces mêmes envahisseurs aidés d’autres, car l’époque o combien est différente.

Ce pays qu’ils dépècent sous leurs yeux, qu’ils bradent, ceux-là que les démons ont placé tout en haut, nos châteaux, nos terres, nos villages, nos musées, nos biens – jusqu’à nos églises qu’ils détruisent. Et ce pape, ce pape qui ne dit rien, trop heureux d’ainsi servir son maitre, celui auquel lui et ses semblables en cet odieux Vatican auquel tant de fidèles aveugles honorent obéissent. Oui je sais, oui j’ai vu, oui je m’y suis glissée en leurs sous-sols, et je fus horrifiée, et il fallut que l’Ange Gabriel s’en vienne me consoler, sécher mes larmes, me redonner du courage et de la vaillance pour que de là-haut je poursuive avec d’autres ce combat de la lumière, de la seule lumière, contre toutes les ombres.

Peuple de France, réveille-toi, ouvre les yeux, ouvre ta fenêtre, ouvre tes volets, ouvre ton cœur, ouvre ton âme à Dieu ! Fous, ils sont fous, fous et sanguinaires, leurs plans sont, pire que funestes, annonciateurs de la fin des temps auxquels pas un de vous, enfants de la fille ainée de l’Eglise, ne pourrez échapper. Le jour du jugement dernier approche mes enfants, nul ne sera épargné s’il n’a su en son temps offrir son âme et sa vie à Dieu.

Ce que je fis autrefois, et ce qui me valut aussitôt cette place ici, au Paradis. A peine arrivée que Saint Pierre en personne, tout de blanc vêtu, m’accueillit, en mon honneur il fit sonner les trompettes et dérouler un fil d’or afin que mes pas s’y posent, et en quelques enjambées je fus à ses cotés. Il ouvrit en grand la porte et me dit – Jeanne, sois la bienvenue.

J’étais alors si jeune et si fervente croyante, rien ne pouvait me faire reculer devant l’adversité, une divine lueur me fut un après-midi dévolue, dont je pus en toute quiétude et ce jusqu’au bucher me parer comme d’une robe. Rien ne me fut difficile ou âpre, que de grâces au contraire, quelle joie que d’être portée au-dessus-de soi-même par pareille lueur, chaque instant de vie est un dépassement de soi, une élévation, un abandon magnifique, un renoncement qui touche au sublime et atteint la cime des cieux. Pieds dans la glaise et cheveux dans les astres, cœur brulant d’amour, légère comme le roseau qui jamais ne rompt. Les flammes elles-mêmes ne brulèrent guère qu’une enveloppe, le feu qui m’habitait était si puissant et si fort que je ne sentis rien qu’une discrète piqure sur ma peau claire.

Ces statues que vous avez érigées à mon effigie, pourquoi ne les contemplez-vous point en passant à coté, pourtant au travers d’elles et depuis le dessous de la pierre je m’époumone  à rompre mes entrailles, je vous dis faites attention, regardez bien, regardez-les bien ceux qui vous dirigent, élevez encore votre regard, au-dessus d’eux les tireurs de ficelle, jusqu’en haut, jusqu’au sommet de leur pyramide, ou règne cette Reine d’Angleterre. Ne voyez-vous point, ne voyez-vous rien, ne voyez-vous rien que ces jolis chapeaux de toutes les couleurs, ces petites jupes serrées, ces révérences, cette comédie des apparences. 

Mes enfants, décillez vos yeux, ouvrez-les vraiment, ceci est affaire de vie ou de mort. Soyez perspicaces, éveillés, éclairés du dedans, abandonnez vos égos, vos certitudes, vos écrans, votre confort, suivez mon destrier comme autrefois avant qu’il ne soit trop tard et que résonnent aux quatre coins de ce funeste royaume les trompettes des quatre cavaliers de l’Apocalypse.

 C’est pour bientôt mes enfants …


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