dimanche 2 septembre 2018

Le mythe Bardot







Qu'on l'aime ou pas, qu'on la suive ou qu'on condamne comme moi ses diatribes racistes envers les musulmans de France, Brigitte Bardot fut à elle seule une révolution. Et Dieu créa la femme, et Vadim révéla Bardot. Et l'image de la femme francaise autour du globe et l'image de la femme tout court changèrent de fond en comble dans l'inconscient collectif. Dont Bardot fut, dans la foulée de Marylin, une stupéfiante incarnation. 

L'image, le symbole, la chair, Bardot exposa sa chair, son corps déchainé dans cette danse survoltée à la limite du vaudou, debout sur cette table, chevelure déchainée. Cet ouragan sexué balaya toutes les pudeurs et démoda toutes les sages vedettes d'alors, Martine Carol en tête. En cette fin des années cinquante, la tornade de la scandaleuse Bardot – vouée aux gémonies par le Vatican, qui en fit presque une sorcière de Salem – remporta tout sur son passage.

Les hommes s'applatirent sur son passage, y compris les bigots, ne parvenant pas à ne pas la dévorer des yeux. Leurs épouses instantanément reculèrent, ce déchainement de sensualité les renvoyant d'un revers de chevelure à leurs frustrations et à leur inaptitude à être une femme et à vivre librement. Bardot fut de part sa liberté assumée et légère une ligne de clivage dans une société qu'elle bouscula comme personne avant elle ni depuis. 

Au-delà des roles et de la qualité parfois discutable de son jeu, elle prit Marianne en otage et fut meme invitée par le Général, auprès duquel elle se montra presque intimidée mais charmante.

Le Général et la supposée putain, l'image valut le détour. On la retrouva dans les bras de Gainsbourg, Comic Strip, Bonnie and Clyde, et puis Je t'aime moi non plus, qu'elle lui demanda par respect envers son époux, de ne pas sortir, ce qu'il accepta galamment. Les paparazis lui firent vivre un enfer, des émeutes, une chasse à l'homme, une traque éperdue ne lui laissant aucun répit et la contraignant à s'enfermer telle une bête chez elle sans sortir. 

Le moindre de ses faits et gestes épié, elle partit à Saint Tropez, acheta la Madrague, fut rejointe par ses amis, Sacha Distel et tant d'autres, fit de sa seule présence du village balnéaire un lieu mondialement connu.

Pour préserver son intimité elle demeura enfermée à la Madrague. Contrainte par les autres, du fait de leur avidité, de se tenir à distance des hommes. Elle se rapprocha de la cause animale, créa la Fondation Bardot, prit la défense des bébés phoques, s'attaqua au lobby des chasseurs, devint agitatrice, écrivit des missives, fit avancer la cause, fut parfois manipulée, ne baissa jamais les bras.

En 1973, dans sa superbe, elle décida d'abandonner, comme seule Garbot avant elle avait osé le faire, le cinéma, et, au-delà, les sunlights. On ne la vit presque plus, sauf en ambassadrice des animaux, la cause de sa vie, celle ou vraiment on peut dire Madame, respect, et peu importe vos accointances politiques, vous avez bien le droit. Bardot ce n'est en rien la France libertaire de 68, elle vient d'une famille traditionnelle bourgeoise et se raccroche à des valeurs traditionnelles voire nationalistes, elle apprécie Jean-Marie Le Pen. 

Hormis ses propos extrêmement blessants envers les musulmans, qui traduisent une peur viscérale de l'autre, un peu comme si elle se sentait envahie, elle qui fut traquée par les photographes, et a trouvé un dérivatif, une autre cible, je n'ai rien à redire sur ce qu'elle pense, pour qui elle vote. Bardot est une femme libre, point, elle ne s'adonna pas au show business, à la vulgarité, aux émissions racoleuses, à toute cette daube, elle ne passa jamais sous le scalpel des chirurgiens, elle assume son age, ses rides, son poids, ses problèmes de santé. Elle n'a pas sa langue dans sa poche, c'est une grande gueule, qui en sort parfois des vertes et des pas mures, parfois elle choque, parfois elle amuse, ses saillies sur Hulot, du pur bonheur.

Bardot demeurera, c'est évident, une exception, un mythe, un symbole, elle est à part, complètement à part, comparable à personne d'autre. La vérité, son meilleur film, son plus beau role – avec Le Mépris, diront les cinéphiles, oui aussi. La vérité si elle ment, jamais de la vie. 




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