samedi 1 septembre 2018

La lumière Bonnaire



Suzanne, l'adolescente à la fossette d'A nos amours, le superbe film de Maurice Pialat, fut le premier vrai role de Sandrine. Elle n avait pas la majorité, venait d'une banlieue populaire, avait accompagné une de ses soeurs – famille de 11 enfants – au casting du film pour une figuration, et décrocha le role vedette. Ou elle irradia de toute sa fraicheur grave et obtint le césar du meilleur espoir.

César qu'elle remporta une seconde fois à l'age de dix huit ans deux ans plus tard pour Sans toit ni loi d'Agnes Varda dans le role d'une vagabonde sur les routes du nord de la France. Ce fut celui de la meilleure actrice, jamais obtenu avant ou depuis par une comédienne aussi jeune.

La carrière fut lancée, et les roles exigeants dans des films souvent d'auteurs devinrent sa marque. Téchiné, Rivette, Doillon, Leconte, Sautet, Wargnier, Chabrol et tant d'autres. Du cinéma parfois populaire parfois pas. Actrice bien davantage que confidentielle, très tot aimée et respectée du public car femme épanouie, sereine et douce, faisant parfois des téléfilms très suivis, et connue pour son engagement dans la lutte contre l'autisme du fait d'une de ses soeurs, autiste elle-même, à qui elle consacra sa première mise en scène de cinéma, Elle s'appelait Sabine.

Que ce soit dans Les innocents de Téchiné, une tragédie grecque, Quelques jours avec moi de Sautet, une comédie provinciale délicieusement ciselée, Monsieur Hire de Patrice Leconte, huis clos au suspens étouffant, ou le superbe Est Ouest de Régis Wargnier, surement son film le plus épique, Sandrine Bonnaire capte l'attention sans prendre toute la lumière. Elle joue avec, suinte sa propre intériorité, affecte une interprétation nuancée, en fait souvent peu et incarne juste. Dans Sous le soleil de Satan et La cérémonie, ses deux meilleures interprétations, ce qu'elle donne flanque le vertige. Dans le premier dans le role de Mouchette, elle incarne le péché qui se saisit d'une créature qui se débat avec ses démons. Dans le second, bonniche analphabète enfermée en elle-même, à la limite de l'autisme, elle effraie et finit avec sa partenaire à faire un bain de sang. Bouillonnante puis glaciale, et les deux fois aussi monstrueuse que désespérément humaine. Du grand art pour une femme dans la vie si naturelle, si simple et si quotidienne.

Sandrine n'a pas la prétention d'être une star, elle est une comédienne parmi d'autres et pas comme les autres. Pour moi qui la suis depuis nos adolescences respectives et qui ai assisté à son épanouissement en tant que femme et comme comédienne, elle correspond à une soeur un peu plus jeune, très proche, et un rien distante, qui ne se prête guère au jeu des sunlights. Et qui sut une fois faire déverser sur le trottoir des locaux du magazine Voici des tombereaux de purin. Le genre de geste incroyablement culotté qui me fait respecter à jamais son auteur.


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire