dimanche 5 août 2018

Retour à Mère Nature



A une époque ou voulant faire l'acquisition d'un deux-roues j'avais questionné un ami mécanicien, celui-ci m'avait mis en garde. Achète du mécanique, du vieux, une occasion. Ne vas pas acheter du tout électronique neuf, tu vas t'enchainer à un engrenage. Obsolescence programmée, pièces de rechange chères et exportées avec délais incompressibles, couts galoppants.

Tous les biens dits de consommation, depuis tout notre équipement sanitaire, cuisine et salles de bains, notre téléviseur, nos téléphones, véhicules, compteurs électriques, tout s'est incroyablement modernisé et a intégré l'électronique. Celle-ci est devenue reine sur le marché, et à compter de ces toutes dernières années devient connectée puis hyper-connectée. Nous vivons dorénavant dans un monde ou l'objet est devenu, au contraire de son utilisateur passif, intelligent. En cela, et c'est la logique marchande qui l'impose, il a pris progressivement le controle sur l'homme. 

Et ce n'est qu'un début.

Accepter de se faire conduire par une voiture pilotée par un tableau de bord électronique, faut-il être totalement inconscient pour laisser une machine, aveugle aux cris par définition, prendre le controle, davantage que de la route, de ta vie. Une erreur et – sauf que celle-ci n'est pas d'ordre humain, il ne s'agit point d'un instant d'inattention mais bien d'une erreur de calcul aveugle et pour le coup totalement imprévisible. Soudain la mécanique dite parfaite perd le controle d'elle-même et envoie le bolide à contresens sur l'autoroute.
L'acheteur et conducteur fictif dudit véhicule ne pensent pas à cela, en tant qu'acheteur et consommateur ils ne pensent pas, ne pensent plus, la machine le fait à sa place, aussi le risque, réel, n'est-il tout simplement pas pensé. On -  l'industrie – lui a vendu un véhicule parfait, c'est écrit noir sur blanc sur le contrat, c'est donc acté. Il n'y a pas que le volant et le controle du véhicule qui fassent l'objet d'une externalisation, il y a aussi et surtout la pensée.

Ce qu'on trouve sur le marché, absolument tout, ce qu'on appelle les objets intelligents, sont intelligents au point de naitre avec une date d'incinération correspondant à la date de fin de la garantie. Les ingénieurs en électronique fort bien rémunérés, les industries en tous genres les payent non seulement à concevoir ces merveilles d'intelligence mais à se faire les programmateurs de leurs obsèques. Le cycle de vie, le cycle de mort intégré, le rachat au bout de trois ans rendu de fait obligatoire. Dans ce monde ou l'objet controle l'utilisateur et coute plus cher qu'avant, il te joue des tours et contient en son sein une petite étiquette invisible ou l'on peut lire une épitaphe, qui tient en un et un seul mot, rachète.

Plus sournois, l'objet technologique dernier cri est un espion, il te trace, t'enregistre, transmet puis revend tes données. Malin, il te glisse au passage un contrat qu'en un clic tu valides ou la réalite est clairement annoncée. Une croix cochée dans une case, accord tacite. Plus d'intimité donc. L'homme moderne hausse les épaules, je n'ai rien à cacher. En un sens il dit juste, il a vendu son intimité. Pire, son ame. A et pour des objets.

La quête de l'avoir, le désir de posséder, de posséder le gadget à la mode, le dernier cri tant vanté par la publicité, poussent les individus à céder leur être profond. Ce qu'on nomme connexion se résume en définitive en une succession de déconnexions à une réalite suprêmement spirituelle, l'être intérieur, l'énergie, l'ame. Ceux-ci, recouverts de métaux lourds et d'ondes toxiques, meurent au cimetière des anges. C'est le prix de ce qu'on nomme les Smart Cities, les plans de l'élite. Sous la beauté asseptisée de la chose, telle qu'exposée dans des visites virtuelles, sommeillent les Sin Cities, celles des films et illustrés éponymes.

Les films et séries hollywoodiennes ont servi ces dernières décennies de supports préparatoires à cette acceptation tacite collective, comme une séance d'hypnose réalisée sur plusieurs générations, préparant les esprits à leur évanouissement progressif consenti. Le support publicitaire est tel un chant aux charmes mystérieux, tournant sur lui-même et donnant le vertige, il efface des repères sains pour lui en substituer d'autres, tous répondant à une logique marchande, avec un achat au bout suggéré, et surtout un enchainement fatal et sans fin conduisant à un asservissement. La logique même de la boite orwellienne est le consentement et la participation dite active des esclaves à la domination dite naturelle de leurs maitres. Nous y sommes presque parvenus.

La déconsommation est la voie, la seule, se défaire, se déposséder, quitter non seulement les villes mais les biens, nos biens, y compris quand on le peut les murs et les terrains. Revenir au coeur-même de Mère Nature, accepter ce qui semble être une régression si l'on se place sur l'échelle de l'avoir, en fait un retour à la source, à la notre, à celle du monde, le cycle des saisons, le chant des feuilles dans les arbres, le bruissement des pas sur la terre ferme, le gazouillement des oiseaux et l'écoulement des flots du ruisseau.

Il n'est de salut qu'en nos terres, en nos montagnes et en leurs grottes, en nos forets, en bordure de nos océans. Libres, regard sur l'horizon immense, face à ce soleil qui disparait sur la ligne lointaine, écoutant seconde apres seconde le moindre frémissement, réapprenant à pénétrer le silence, à le faire grandir en nous jusqu'à nous remplir de son suc.

Etres d'éternité, interdits de mort car ames réincarnées, nous sommes tels les amérindiens Légion et nous sommes le Peuple de cette Terre. Que nous respectons, choyons et prions.


2 commentaires:

  1. Déjà avec les voitures c'est devenu n'importe quoi, mieux vaut effectivement un véhicule avec le moins d'électronique possible, voire pas de véhicule du tout si son besoin n'est pas impératif, pour moi c'est vélo le plus possible, location de véhicule si je dois faire des bornes ou train, mon véhicule personnel une vieille voiture de 2001 cela me suffit pour faire des courses se qui d'ailleurs n'est pas forcément un bon plan puisque les produits vendus et achetés garder un petit peu finissent par s'abîmer, mais de petits commerces de quartier il n'y a plus vraiment et les petites boutiques bio coûtent la peau du cul. Tout ce progrès technologique n'est qu'un leur, nous sommes victimes et otages de tout ces changements qui n'amène en définitif que des contraintes et un asservissement au système... Le naturel, le simple, le fonctionnel mais internet est à la fois ami et ennemi,on pourrait difficilement avoir une autres information que celle des médias vendus et appartenant au système qui nous banane à longueur de journée avec ces info tronquées, déformées orientées.

    RépondreSupprimer
  2. très beau texte !!! me rappelle le livre '' message des hommes vrais au monde mutant '' magnifique retour au source qui me bouleverse même si je ne suis plus capable de vivre comme dans ce livre, il me reconnecte à mon principe humain d'origine ! comme votre ''lettre ''

    RépondreSupprimer