samedi 18 août 2018

Paroles du Christ - Tends l’autre joue.



Longtemps, cette Parole, cette injonction, tends lautre joue, ma, plus que surpris, dérangé, je nétais pas en accord et donc pas daccord, me rebellais intérieurement contre lenseignement, ne layant point compris. Comment donc, je suis battu, frappé au visage, moi qui suis non violent et je dois en plus céder, tendre lautre joue, valider la première gifle et appeler la suivante passivement, de facon masochiste et inefficace puisque faisant ceci jinvite mon agresseur à poursuivre puis à sen frotter les mains.

Je croyais alors que tendre lautre joue était acte de faiblesse, nétant pas moi-même structuré, cest-à-dire fort, intérieurement, je projetais mon immaturité dalors et donc ma peur sur la Parole et en inversais le sens profond. Ainsi fait-on lorsque faible et fragile on sent sans le savoir légo parler au travers de soi, cest-à-dire se placer sur la défensive et répliquer, cest-à-dire rentrer dans la logique même de lautre, sa logique de violence, car même si je ne te rends pas le coup recu je bombe le torse et sens une contraction, le coup a donc bel et bien porté, la violence fut ressentie, ce qui de fait prouve et incarne la faiblesse en une sensation corporelle puis une pensée de type réflexe.

Or c est linverse que dit le Christ. Lequel, fort intérieurement, ne ressent pas loffense mais place le bourreau dans la position de victime de lui-même. Il a cédé à une violence qui pour une raison ou une autre a pris possession de lui. Sa violence est une marque de faiblesse caractérisée, à laquelle il oppose la force du silence. Vois, le coup na pas porté, ta force présumée nest rien. Au point que je te tends lautre joue. Comme le fera Gandhi.
Lun est sur un socle, lautre pas. Et cest celui qui nagit pas qui marque le point décisif et de facto impose non pas le rapport de force mais lincarnation de la force elle-même, la vraie. Tendre lautre joue signifie désamorcer la violence, la couper à la racine. Et donc éteindre le mal.

Cest la victoire de la lumière sur lombre, du silence sur laction, du fort sur le fragile, du dense sur le creux. Cest là le sens de la Parole, que je finis par entendre vraiment quand intérieurement ma propre structure fit écho de part lexpérience accumulée. La violence extérieure ne me touchait plus, émanait de moi une sensation jimagine telle que les agresseurs autour choisissaient instinctivement dautres cibles pour leurs larcins. On ne sattaque instinctivement quà ceux qui sont, quils le sachent ou non, dans un état de peur, ca se sent physiquement, ca se dégage dune présence, dun regard, dune démarche ou dune voix. 

Tends-donc lautre joue et il ne tarrivera rien.


5 commentaires:

  1. Ayant été élevée très, non, trop catho, cette phrase m'a toujours suivie,
    et toujours agacée. Je me disais que je n'étais pas maso
    Au fil du temps, je lui ai donné une autre signification que la tienne, elle est peut-être moins profonde, elle peut cependant avoir sa raison d'être et sa logique . A savoir, quand on la dissocie de l'action physique, du geste, et qu'on la situe au niveau du mental ; Si la vie me donne une claque sur la joue droite, c'est que quelque part, j y ai une quelconque responsabilité, cela m'ouvre des portes pour comprendre , et je tends la joue gauche, non pas sous forme de mea culpa, mais de compréhension de la cause et de l'acceptation de ma responsabilité.
    En l'acceptant comme leçon (apprentissage) la joue gauche doit être épargnée .

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  2. Une seconde gifle sur la joue gauche, comme ça, sans raison, parce que cela confortera votre tortionnaire dans le bien-fondé de son geste vis-à-vis de ce qu'il percevra comme un soupçon de lâcheté, suffira-t-elle à vous sortir de votre résignation ? Le sentiment de culpabilité du résistant face à son oppresseur se réduit au désespoir de ne pouvoir lui rendre la pareille.

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  3. Tendre l'autre joue à l'insulte... le bouddhisme a fait mieux dans le sado-maso, qui fit supporter à certains de ses zélotes les affres du feu sans gémir : la victoire sur la souffrance par le mental (avec l'aide, selon les médisants, d'une forte absorption de stupéfiants). Dommage que nos amies bêtes, les cobayes, ne puissent nous donner leur avis sur la question, c'eut pu être grandiloquent... mais ces bêtes n'ont pas d'âme, dit-on; alors bon, c'est sans valeur.
    Pour en revenir à la parole de paix du Christ, je pense qu'elle joue sur le danger du principe de réciprocité, la loi du talion pouvant anéantir jusqu'à toute une lignée (la vendetta corse a pas mal dépeuplé son île). Donc, ça voudrait dire à peu près ceci : bon, une fois ça va, deux fois, ça commence à être assez... Jésus n'a jamais parlé de tendre une 3e joue (alors là, chef, on peut y aller ?... du calme, je plaisante ! ).
    Dieu, ne me demande pas de te désobéir, quand tu connais mes faiblesses.

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  4. En fait il faut remettre cette parole dans le contexte antique où une tradition disait que les bonnes actions devaient être accomplies par la main droite(dexter, qui a donné dextérité), et le "sale travail" devait être fait par la main gauche(senester, qui a donné "sinistre"). Donc on peut supposer que si quelqu'un vous frappe, il doit le faire de la main gauche, alors si vous tendez l'autre joue, vous placer l'autre dans la position de gifler par la main droite, ce qui était sacrilège. Mais cela n'enlève rien à la qualité de vôtre interprétation!

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  5. C'est surtout que la bible est super mal traduite. On ne frappe pas la joue, si ce n'est ce que faisaient les français au 19ème siècle, en souffletant avec un gant l'adversaire. Pas de mal physique, juste l'humiliation, l'atteinte à l'honneur (cette notion qui faisaient que les samouraïs obéissaient toute leur vie comme des chiens, et mouraient sans raison pour un maître qui les méprisait...).
    Très bonne interprétation de cette phrase qui a gêné tant de personnes depuis 2000 ans...

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