mercredi 15 août 2018

L’Invitation au Voyage - Charles Baudelaire



Mon enfant, ma sœur,
Songe à la douceur
D’aller là-bas vivre ensemble !
Aimer à loisir,
Aimer et mourir
Au pays qui te ressemble !
Les soleils mouillés
De ces ciels brouillés
Pour mon esprit ont les charmes
Si mystérieux
De tes traîtres yeux,
Brillant à travers leurs larmes.

Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.

Des meubles luisants,
Polis par les ans,
Décoreraient notre chambre ;
Les plus rares fleurs
Mêlant leurs odeurs
Aux vagues senteurs de l’ambre,
Les riches plafonds,
Les miroirs profonds,
La splendeur orientale,
Tout y parlerait
À l’âme en secret
Sa douce langue natale.

Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.

Vois sur ces canaux
Dormir ces vaisseaux
Dont l’humeur est vagabonde ;
C’est pour assouvir
Ton moindre désir
Qu’ils viennent du bout du monde.
– Les soleils couchants
Revêtent les champs,
Les canaux, la ville entière,
D’hyacinthe et d’or ;
Le monde s’endort
Dans une chaude lumière.

Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.



1 commentaire:

  1. Où est cet endroit ?
    il est, on le croit,
    dans un coin de notre tête,
    qu'on trouve en rêvant,
    fuyant comme un vent,
    et qui jamais ne s'arrête.
    On peut naviguer,
    sans se fatiguer
    à travers de longs voyages,
    dans ce petit coin
    qui n'est pas si loin,
    pour trouver d'autres rivages.
    Là, tout n'est qu'ordre et beauté,
    luxe, calme et volupté.

    Pardon, à toi Baudelaire,
    si j'ai osé te le faire...

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