samedi 21 juillet 2018

Le crépuscule du grand Charles - Dialogue 6



LAlgérie, ah, lAlgérie. Que ce fut complexe que de trancher et dagir pour le bien commun en état de guerre. Je dus là encore non pas faire les choses à la perfection mais tenir compte des évolutions, des forces en présence et aussi du sens de lHistoire. Quitte à me montrer intraitable, quitte à sacrifier des hommes, quitte à donner le sentiment de retourner une veste quen mon ame et conscience je laissais volontairement ouverte et prête à être retournée. Car, en cela la formation militaire et lexercice du commandement de la bataille y préparent, ce que lon nomme stratégie est une réflexion en action, qui sadapte et sait profiter de reculades pour anticiper le mouvement daprès. Général je suis, Général je demeurai. Et donc, de lAlgérie Francaise à lindépendance.

On oublie quand on raisonne avec ses nerfs que les mots ont un sens, et que celui-ci, du fait de la richesse de notre langue, peut être double voire triple. Je vous ai compris, cela dans mon esprit ne signifiait en rien je vais faire ce que vous voulez. Cela au contraire signifiait que De Gaulle vous a entendu et tiendra compte de vos aspirations. Les francais dAlgérie etaient des francais, mais ils nétaient en même temps que cela, or moi jincarnais le pays. Et donc, observant les pertes en dépit des répressions, et constatant le jeu de forces réactionnaires, je fis là aussi comme un assaut intérieur contre moi-même, contre cette histoire à laquelle javais été mêlé et qui voulait que je conserve ma France, celle du passé. Or la France nest point mienne, pas plus quelle nest à vous, elle est à elle-même pour etre ensuite à chacun, et pour cela, il convient, dans la subtile compréhension des choses et y compris en usant de dureté, dentendre son souffle, de comprendre sa voix, et de déciller son destin. Celui-là tendait vers le détachement, Colombey les deux Mosquées cétait ca, cest pourquoi jusais de ce vocable simple, auquel la plupart des francais, y compris mes opposants, adhérèrent.

LOAS et ces généraux à la retraite – je fus intraitable. Quand on est investi dune mission nationale, quand on appartient au corps de lArmée, quand la tête de lexécutif, contrairement à 1940, tient, on obtempère. Ce furent des traitres, des traitres à leur mission qui est de servir et non de se servir en confondant leurs  désirs et la réalité du peuple francais. De Gaulle se montra à la fois dur et souple envers le FLN et intransigeant envers lOAS. 

Les harkis … Ah les harkis. Ils furent une plaie en mon coeur, je fus en effet intraitable envers eux aussi et les massacres furent un prix lourd qui résonne étrangement en ma conscience. Vous tachates de malerter, ma chère Yvonne, sur leur cas, vous me disiez, acceptez le rapatriement. Mais jétais alors pris par un mouvement intérieur ou le bras est levé et tient un glaive et na guère de temps pour s émouvoir. Alors, et je le reconnais, je fus injuste, et au travers de moi, la France se montra injuste envers certains de ses enfants.

Il nen reste pas moins que lAlgérie est dorénavant souveraine, ce grand pays qui avait son histoire a profité de sa situation coloniale, sen détacher était nécessaire, les premières années ne furent pas évidentes, pas plus que la France après 1789 dailleurs, mais les choses depuis se sont fort améliorées. Je navais pas vocation à maintenir un joug sur le désir dindépendance dun peuple dont lame exulte dans le regard des petites gens.

Donc ma chère Yvonne, en trois ans, je parvins à conclure par le haut un dossier, comme le disent les politcards, qui avant moi était une pétaudière. Nous pumes ensuite nous recentrer sur la France et les francais et sur eux seuls, puisque telle est la mission dun chef dEtat, soccuper de ses enfants, préparer leur avenir, les protéger parfois deux mêmes, et dresser un destin au-delà-des contingences de linstant. Sur cette conclusion, je puis, me retournant sur ces années, me dire que j ai accompli ma tache dignement. 


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