vendredi 20 juillet 2018

Le crépuscule du grand Charles - Dialogue 5



Un an après la libération et son gouvernement, nous étions de retour à Colombey. Pour douze longues années dexil. Chassés par la conjuration des partis, mis à la porte par des politiciens de tous bords, ces petits fabricants de combinations et conjurations ou lon sarrange en coulisses pour préparer les mauvais mets. 

La France se mettant à la porte delle-même, se débarrassant de sa grandeur pour y substituer ce quelle fait de plus médiocre. Une IVème faite de bric et de broc, sans cap, sans tête, un exécutif sauto-exécutant tous les ans, un parlement parlementant en mentant à peu près tout le temps, un ramassis darsouilles venant prendre commande à la corbeille sans même se cacher. Sous différentes étiquettes, des serveurs de la bonne soupe de la maison Rothschild et de ses affidés. Une armée de Mickey, du Walt Disney en lieu et place de Jeanne d Arc. Douze années de dérives et darrangements, pour ces élus deux-mêmes et non du ciel. Qui séchouèrent sur leur plus grave échec, que dis-je, sur dauthentiques crimes de guerre commis de leur fait, imposés à nos soldats, en terre algérienne. 

Là, ces petits politicards perdus comme des garnements incapables déteindre le feu qu ils ont déclenché sen sont venus ici un à un quémander une main secourable, celle qui avait libéré ceux quils représentaient si mal. Sessayant auprès de moi à des contorsions, me faire accepter leurs compromissions, surtout rester dans le navire, ne pas être jeté à leau, les pleutres, quelle bassesse. Quand je pense, ma chère Yvonne, que vous leur servites personnellement le thé … Vous restiez là à mes cotés sans un mot tandis quun à un égrenait ses petites requetes empreintes de mesquinerie. Vous leviez les yeux au ciel, je regardais votre visage assombri, sans dire un mot vous minvitiez à ne pas ceder un pouce. 

Ce que je fis.

Ces douze ans, quel calvaire. Nous eumes les enfants à demeure, cela ce fut plus que beau. Mais nous neumes guère que ca, ca et mes ouvrages écrits, ce que daucuns nomment mes oeuvres, qui moccupèrent bien. Que vous avez relu ligne à ligne, que vous mavez aidé à amender par fines touches, toujours cet oeil, cette précision toute féminine qui est votre sceau. Dieu du ciel, combien vous mavez exaucé

Il fallut donc en créer un, eh oui, un parti, un de plus, mais un pas comme les autres, du moins tel était le projet. Sauf que là encore, comment se distinguer entièrement de la fange quand il nous faut composer avec lame humaine, avec ses propres troupes, avec leurs ambitions, leurs caractères, leurs lachetés parfois. Ah quil ma si souvent fallu à Colombey recadrer dun haussement de ton martial tel ou tel, leur rappeler le dessein, remettre de la hauteur, manier la cravache mais aussi flatter les égos, simplement pour que le bateau avance sur les océans. 

Il y eut une ligne, celle dun exécutif fort et dun refus absolu des accords et des compromissions avec les autres partis dou qu ils viennent, il y eut laffirmation coloniale, il y eut un refus viscéral de la ligne des communistes du fait de leur montée dangereuse. Il y eut, je dus faire avec, quelques pétainistes qui rejoignirent nos rangs, jétais pour la réconciliation nationale, les laisser sur le seuil eut été leur permettre de prospérer par leurs propres moyens, je préférai les amadouer et y parvins du fait de ma stature. 

Il y eut des succès, puis des trahisons et des départs, puis des échecs, enfin une mise en sommeil. A compter de laquelle je mattelai avec davantage dardeur à circonscrire les bases de ce qui deviendra plus tard la Cinquième République.

On parla de putsch, de dictature, de rapt du pouvoir alors que je ne fis, à mes conditions, que prendre le sceptre laissé au sol et inscrire mon action dans le droit fil de ce que les institutions déclinantes mautorisaient à faire. Ce coup détat permanent, de la part dun petit maitre en coups déclats déclinants, quel angle dattaque médiocre. Celui-là, à part sévader puis se faire reprendre et passer dun camp à un autre… Quel petit bonhomme, vraiment, toujours obsédé à se pousser des coudes et à tacher datteindre une hauteur impossible pour lui. Se rehausser sur De Gaulle, une douteuse plaisanterie à laquelle il fut le seul à croire …

Je revins donc, et nous pénétrames ce palais de lElysée que, ma chère Yvonne, vous aimiez si peu. Ces grands salons pompeux, ces décorums emprunts de grandiloquence, ces huissiers ouvrant nos portes. Vous futes économe et vous reglates rubis sur longle tous nos frais. Nous fumes, bien évidemment, les seuls à le faire. Les dispendieux, ce fut pour après, et nous en sommes parvenus au plus parvenu de tous. 

Pauvre France …


Aucun commentaire:

Publier un commentaire