mercredi 18 juillet 2018

Le crépuscule du grand Charles - Dialogue 3



La politique, ma chère Yvonne, je lavais autrefois déclamé, ne se fait pas à la corbeille. Je dirais même, pour aller plus loin, que si lon pouvait se passer de politique pour diriger une grande nation, cest-à-dire jeter aux oubliettes ces partis, les godillots qui les composent et toutes ces viles compromissions avec les détenteurs de capitaux, et ainsi revenir au bon temps des rois, cela, alors, aurait autrement de superbe. Mais, ma foi, que pouvais-je faire que composer avec mon temps, et inscrire mon action dans mon époque, celle ou Dieu ma placé. Jai donc fait avec.

Mes compagnons, ceux de la Libération de la France, mais aussi ceux des maquis, se sont tous adonnés à ce vice politicien, en ont tiré des prébendes, des collifichets, et avec les ans, tout en se réclamant de moi et en chantant mes louanges, ont trahi lesprit suprême qui les avait fait suivre mes pas. Tous ou presque, jisolerais Malraux, Peyrefite peut être, ont plongé à la gamelle, et il ma fallu là aussi composer avec eux, comme avec cette chape de plomb que fut linvasion americaine. 

Cette comédie de la célébration du 6 juin, jamais je nai voulu my prêter. Comment fêter cette mascarade, la France ne fut jamais libérée par les americains seuls, sans la déferlante soviétique jamais les forces doccupation nauraient été vaincues. Roosevelt na daigné quitter son silence quen 1941 cest-à-dire bien trop tard, pour contrebalancer Pearl Harbor. Pendant et avant loccupation, que daffaires, que de contrats, que de compromissions avec lennemi. On taxe Philippe Pétain en lui faisant porter le poids de lindignité, il nest jamais allé aussi loin.

Les forces capitalistes ont pris dassaut le pays, le notre, notre belle France, et le patronat, jamais en reste pour trahir les siens, a plongé les mains dans la boue. Que pouvais-je faire, changer le cours des choses, non, mais le freiner en laccompagnant et en tachant par quelques directives de remettre à défaut dordre un peu déquilibre. Cétait ca, mon souhait de mieux partager les bénéfices, ca ne détruisait point lédifice mais cela en trahissait lesprit sournois en redistribuant le pain à ceux qui en ont le plus besoin. Car je le voyais bien, ce qu’avec les communistes nous avions bati a la libération, ces forces du mal voulaient le réduire en cendres.

La corbeille, tous y ont plongé avidement. Jai vu mes compagnons un à un s’adonner à laffairisme le plus grossier, senrichir démesurément, se pamer dans les couloirs de lassemblée la main sur le drapeau et le souiller en coulisses. Las, là aussi je dus composer, cest-à-dire rappeler les principes, accepter lhomme de la banque Rothschild, laisser contre ma propre histoire personnelle se détacher lAlgérie de la France et ordonner que les combats cessent pour que la vie puisse reprendre un cours paisible. 

Lon fallit au Petit Clamart massassiner pour cet acte historique qui certes men couta mais dont je revendique ardemment la nécessaire intangibilité. Les peuples ont une histoire quil nous faut respecter, lapport de la France à lAlgérie ne fut pas mince, les combattants algériens furent à nos cotes au moment utile, ils furent bien maigrement récompensés, et mon coeur saigna quand dans la capitale, sous ma Présidence et contre mes instructions les plus fermes, certains furent jetés à la Seine.

Lart de la politique, que je maitrise et méprise, est lart de se compromettre en acceptant des tractations avec des forces viles. En tant que chef dEtat je fis de mon mieux, cest-à-dire pas assez, pour conserver une certaine grandeur y compris quand lacte mesquin simposait du fait dun réel qui tel un tapis glisse sous vos pieds. Mes jours à lElysée furent tout sauf sereins, et vous, ma chère Yvonne, avez du moult fois relever le chêne. Vous futes, au contraire de moi, et je vous rends un tardif hommage, parfaite.


Aucun commentaire:

Publier un commentaire