mardi 24 juillet 2018

Le crépuscule du grand Charles - Dialogue 9



Je suis devenu le premier Président de cette Cinquième République dont j'ai moi-même rédigé la Constitution. Une République a-t-on dit écrite à mon image et pour moi-même, alors que je ne faisais en l'occurrence qu’incarner, j'espérais être le premier d'une suite de grands hommes, la nation. Les quatre républiques précédentes avaient vu le triomphe des partis et des combinaisons au détriment de tous, je voulais y mettre un terme en posant au sommet de l'édifice un homme choisi par le peuple et doté d'un exécutif fort. L'exécutif c'est la tête, comment un corps national peut-il avancer droit s'il est dépourvu de tête … Ainsi les quatre précédentes échouèrent toutes, la troisième sur Vichy et la dernière sur l'Algérie.

Je fus sans doute candide, à compter de mon successeur l'édifice commença à s'écrouler sur lui-même, les nouvelles têtes ayant été annexées une à une par des puissances qui n'avaient rien de national. Mais je maintiens que l'édifice en tant que tel, c'est-à-dire en soi, était le bon, tout du moins à mon époque, car je ne puis en tant qu’homme et donc limité par essence, que penser par rapport à elle seule.

Je fus donc à la tête de l'Etat onze années durant, et fus la voie et la voix de la France. Il était en quelque sorte logique, tout du moins cohérent, que ce fut son libérateur du joug allemand qui tienne les rennes, que je tins fermement tout en respectant les autres pouvoirs ainsi que mes premiers ministres. Lesquels purent exercer leur magistère les mains libres, avec la feuille de route que je leur avais confiée. Je les laissais choisir leurs ministres tout en en imposant certains, Malraux par exemple j'y tenais. Je fis avec l'existant, c'est-à-dire que je dus et c'est tout à fait inévitable composer. Il y eut donc l'homme de Rothschild, celui qui fait la politique à la corbeille pour ses amis les coquins. On ne peut faire sans le capital, simplement lui tenir parfois la bride, la lâcher, la tirer, bref, ne pas exciter la bête de peut de tuer le pays.

Venir à échéances régulières devant la presse m'apparut le meilleur moyen de permettre aux français de connaître le cap. Je ne considérais pas ma tache comme un magistère libre de tout contrôle bien au contraire, je leur devais des comptes et m'y appliquai lors de ces exercices auxquels j'apportai une préparation pointilleuse, au mot et à l'intonation près. Cela n'avait rien d'un exercice de style mais style il y eut bien, car nous sommes en France. Je leur parlai donc à échéance régulière afin de leur dire, nous sommes ici, nous allons par là, nous avons réussi ceci, nous allons réussir cela.

L'élection au suffrage universel, j'y tenais. Contourner les représentants, aller directement à l'électeur, et me concernant, ne pas faire campagne, ne pas faire comme ces Lecanuet et Mitterrand qui alignaient les promesses. Les français me connaissaient, qu’aurais-je eu à leur dire sinon ce que je leur disais depuis 1958. J'aurais espéré un premier tour victorieux, la barre des 50% dépassée, non comme je l'entendis parce que De Gaulle voulait un plébiscite, mais parce qu’en tant qu’incarnation je voulais un rassemblement large autour de ma personne sans avoir à faire campagne.

La fonction, vous le savez ma chère Yvonne, implique un emploi du temps laissant peu de marge aux distractions, et sans m'y tuer je m'y adonnai avec énergie et constance. Les temps de paix sont tout sauf reposants car les esprits se lâchent, il faut donc en tout temps veiller aux grands équilibres et ne pas se laisser détourner de sa voie. Car autour rodent les vautours.

Je partis sur un refus, j'avais dit avant que je ne resterais point en cas de désaveu. Je fus le premier et le dernier à agir ainsi, et j'en suis fier. Ce mandat n'est pas un du mais un don de soi, que ceux qui l'ont donné peuvent a tout moment reprendre. Ainsi, ma chère Yvonne, conçois-je l'exercice du pouvoir.


1 commentaire:

  1. Bonjour Christophe

    Ces dialogues méritent d être lus et relus.Très bons je trouve,empreints de nostalgie.

    Bientôt,à l image des Mémoires d Hadrien de Marguerite Yourcenar,
    Les Dialogues du Grand Charles
    par Christophe Cros Houplon?

    À lire absolument en tel cas!

    Vous a t'on dit que vous pourriez être écrivain?
    Nan,je vous taquine.J aurais fait le coup à Balzac à Hugo ou à Céline et d autres si je les avais connus,c est une blague que Tristan Bernard n aurait pas forcément désavouée je crois
    À macron j aurais pu dire:vous a t'on dit que vous pourriez devenir un beau fumier?
    Mais après sauve qui peut parce qu'avec la légion des ténèbres à la Benalla qui pollue notre pays on va bientôt redresser le pal le carcan et la roue en place publique,"comme au bon vieux temps" diraient ces misérables.

    LOUIS

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