lundi 30 juillet 2018

Carnets de voyage intérieur en ce monde - Shadow



Les chats ont sept vies. Et j'ai fini à tort ou à raison de me convaincre moi-même que Shadow, le chat de Néo, était la nouvelle incarnation de Spiro, mon chat noir magique, mort dans mes bras début novembre 2013. Un passage de témoin assez évident sur un plan spirituel. Shadow, tout aussi affectueux et dépendant de son maitre que l'était Spiro, c'est mon ange chat noir sans les peurs. Shadow est facile et confiant avec les humains, tous sans exception, également avec les autres animaux, ce que n'était absolument pas Spiro, ne laissant presque personne l'approcher et chassant vigoureusement les intrus à poils. Shadow, lui, est cool, avec lui tout le monde est bienvenue.

Je l'ai connu riquiqui, deux mois, petite boule de poils bondissante et authentique tête à betises, à Grandville, dans la collocation de Néo. Il était déjà craquant, d'une beauté incroyable, très expressif, fort drole, gaffeur, avec un regard pénétrant et une adorable bouille. Un sketch sur quatre pattes, sautant et bondissant en l'air très haut quand Néo le faisait jouer avec un laser rouge qu'il faisait apparaitre sur les murs. Et avec ca d'un pot de colle, le genre qui ne vous lache pas, qui rentre sous les couvertures pour en ressortir trente secondes plus tard, vous donne des coups de tête, vous marche dessus, saute, rebondit, tout un poème … de glu féline …

L'emmener fut une évidence, Neo l'avait trouvé tout près de chez lui, quelques jours et non sevré, en juin, c'était son petit, son enfant, et puis un chat autour du monde, quelle épopée, quelle saga. Je sentis que le chat, que ce chat-là si particulier, ne nous poserait aucune difficulté en soi, ce qui se vérifia. Dire qu'il est facile est un euphémisme, mis en soute d'autobus quinze heures d'affilée sans avoir mangé, quelques miaous et c'est bon. En plus, beau et noble comme il est, un bon gros pépère bien épais avec un regard extraordinaire et une fourrure de chartreux absolument splendide, idéal pour se faire repérer et apprécier. Il y eut bien quelques hoteliers pour nous interdire d'accès du fait du chat, mais ils furent peu nombreux, la plupart acceptèrent. De toutes facons Shadow est non négociable, c est le totem, le porte-bonheur, la mascotte et l'ange gardien.

Son surnom – je l'appelle bien plus souvent ainsi que Shadow – est Pitchou. Pitchou avec moi adore jouer, il feint griffes rentrées de vouloir me mordre, prend une tronche de gremlin, entoure ma main de ses pattes et fait mine de se débattre tandis que je le taquine, montre ses dents et lache des feulements, puis bondit oreilles dressées comme si j'embêtais Sa Majesté, avec une trogne à mourir de rire. Là, il se met à faire comme les danseurs de cité, il fait presque du moonwalking et prend des poses tordantes puis revient à la charge. C'est simple, il n'arrive presque jamais à me griffer ou alors trois fois rien, une entaille de rien du tout.

Etonnamment il miaule peu et ronronne encore moins, on l'entend à peine, il faut coller l'oreille au corps pour distinguer la cafetière en marche. Il est vraiment majestueux, d'une exquise élégance quand il se déplace ou s'étire, ses coussinets, il te les pose dans la main comme pour la serrer, il cherche le contact, te regarde intensément, puis comme s il'avait des problèmes de concentration se lèche sans raison apparente.

On lui fit faire, eh oui, du camping, et Néo le laissait toute la journée, au Paraguay, gambader librement dans un terrain ouvert. A deux cent mètres il y avait la route, pas sot Shadow n'y allait pas. On rentrait vers dix-sept heures et on apercevait émus le chat courir en notre direction jusqu venir se frotter aux jambes de Néo.

Sa relation avec Néo est d'ordre fusionnel. Ce fut lui qui le sevra, le chat le prend pour sa maman. La nuit il vient se coller sous sa barbe, il frotte sa tête et lappe l'oreiller, le regarder faire ca est extrêmement émouvant, on sent le manque, comme s'il tétait, l'instinct, là, dans ces moments il redevient un chaton abandonné, il m'est arrivé de pleurer, quelques larmes, en le regardant faire ca.

Shadow, ombre, sombra en espagnol est un ange de lumière, bienveillant. Nous venons depuis quelques jours de recueillir un tout petit chaton, chartreux lui aussi, orphelin lui aussi, la copie de Pitchou en mode de poche. Je m'en occupe et lui donne chaque jour quatre fois sa ration de lait entier avec du jaune d'oeuf, le petit a fait une fixette sur moi et dort contre moi comme un bébé. La manière délicieuse avec laquelle Shadow le traite, il le lèche, est extrêmement doux et attentionné, le laisse lapper sans aller à sa gamelle, l'observe à distance puis s'en va à sa rencontre et frotte son museau sur le sien – ce spectacle si touchant, un orphelin chartreux de deux ans qui prend soin du même agé de deux semaines, est un pur bonheur.

Shadow, je le sais, vivra vieux. Il a un role clef dans la vie de Néo, qu'il va accompagner longtemps, et dans la mienne aussi. Je l'appelle mon neveu et suis heureux de l'avoir à nos cotés, cela me dispense d'en avoir un autre, quand ils décèdent c'est un tel crêve-coeur, j'avais accompagné Spiro jusqu'aux derniers instants, il est mort allongé sur moi, son regard plongé dans le mien à moins d'un mètre et sa patoune dans ma main. Le re-trouver dans une autre enveloppe – pure joie de la vie.


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire