samedi 16 juin 2018

La comédie humaine - Les besogneux



Tatillons, pointilleux, perfectionnistes de la virgule et du chiffre près, gros consommateurs de diplômes et rédacteurs de curriculum vitae en 10 pages police de caractère 8, les besogneux, bons élèves inaptes à occuper la toute première place, passent leur vie à gravir les échelons sans se rendre compte qu’ils font, tels des hamsters courant au centre d'une roue, du sur-place.

Adeptes des révisions et des groupes de travail ou l'on n'en finit pas de disserter des heures sur le carré de l'hypoténuse, ces abonnés aux titres universitaires ronflants et aux Lions Club et autres Rotary de province auraient à l'époque de Flaubert épousé Emma Bovary et été clerc de notaire.

L'époque récente ayant comme crée des milliers de métiers ou enculer les mouches dans du papier A4 sans jamais rien produire de concret est la norme, ces serviles zélateurs du système pyramidal ou l'intelligence se mesure au chiffre inscrit après le PLUS de BAC ont pris du galon. On les retrouve dans des machins publics, recherche, innovation, prospective, intelligence économique, ergonomie, tous ces mots ronflants dont les gueux, jusqu’à leurs propres parents, ignorent le sens, mais dont le seul énoncé leur donne des vertiges.

Dans leurs bureaux étroits emplis de livres jaunis et de paperasse, ils prennent leur pied, le temps s'évanouit, changer un mot pour un autre, rééquilibrer le paragraphe, biffer d'un trait rouge rageur la copie du voisin et de rage envoyer valdinguer ses petites lunettes de myope – pour rentrer dans les couloirs de métro vers vint heures dans les courants d'air, portant une grosses sacoche remplie à ras bord de dossiers à relire avant de s'endormir.

Décalés du réel, les besogneux sont comme pères des sangsues à liberté, chez eux les têtes blondes ca reste dans sa chambre à étudier comme papa, et la télé yapa – sauf Arte. Madame besognant tout autant que Monsieur, le lit nuptial est tel un radeau à la dérive ou s'entassent les livres et où la chair est quasiment bannie. Pas de temps pour ces balivernes, ma thèse, celle que je réécris depuis sept ans, est au point mort et il me faut ABSOLUMENT enfin parvenir à l'éditer.

Intellos poussiéreux, ces soldats émasculés de bibliothèque n'ayant en définitive jamais vraiment quitté les bancs de l'école sont d'impitoyables correcteurs et d'authentiques censeurs. Destinés à corriger sans jamais réussir à produire que du chiant de chez chiant, et donc à ce titre éternellement rejetés – les autoriser à faire une photocopie de leurs pensums, voilà ce que le système leur autorisera seulement à faire -, les besogneux, éternels seconds sans charisme, jalousent tant leurs congénères qu’ils sont prêts à tout pour couper la moindre tête qui dépasse.

Profs vachards à la formule féroce, grands spécialistes de la tronche en biais censée détendre l'atmosphère, ces misanthropes sans envergure sabrent clair et noient le moindre talent repéré à l'horizon sous des tombereaux de formules assassines. Le brillant, le beau, le lumineux, tout cela, ce médiocre tisseur de toiles d araignées l'exècre, le jalouse, l'étouffe, l'humilierait presque. Avec les encouragements de la hiérarchie.


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