vendredi 25 mai 2018

Macron et Poutine à Saint Petersbourg - un bon numéro de duettistes



« Nous connaissons tous votre goût, monsieur le président, cher Vladimir pour le judo et je sais que vous appréciez les valeurs de la voie de la souplesse. Elles reposent sur la maîtrise de ses propres forces, la tactique plutôt que la force brute, les qualités de la volonté et le respect de l'adversaire. Il y a beaucoup d'inspiration [en cela] pour les liens entre les peuples. C'est dans cet esprit que je veux que nous avancions dans les prochaines années pour essayer de rebâtir cette confiance indispensable autour de ce triptyque : souveraineté, coopération et multilatéralisme fort ».

On reconnait une poupée de type couteau suisse à sa capacité à dire a son interlocuteur ce qu'il veut entendre, à changer de logiciel selon le sol d'ou l'on parle, à feindre l'empathie. En cela la poupée Macrontoussa, celle qui parlait à la manière de Nietsche, a montré tout le savoir faire de ses créateurs à Saint Pétersbourg devant le Tsar Poutine, lequel, se souvenant des piteuses prestations de Hollande comme du premier laius macronien il y a moins de un an à Versailles a du se dire, ok petit, ce coup-ci t'es bon pour une tournée de vodka.

Le discours – il s'agit de cela uniquement, le métier de politicien est de produire du discours, de le faire écrire par d'autres puis de trouver le ton juste pour enfiler les perles avec un air inspiré – est, reconnaissons-le, bon. Je veux dire malin, à propos, mesuré. C'est le but. Le role attribué au monarque de l'Elysée est celui d'un pondérateur de l'éléphant Trump. Ce sont des roles, et Poutine, qui habite fort brillamment celui du joueur de judo qui en effet conserve ses forces en-dedans sans bouger un cil, ne s'en laisse pas compter. Il observe, et en bon stratège rit intérieurement de se voir soudain comme adoubé par le poulbot de l'Oligarchie. Lequel, le rejoignant avec Madame a son bras au Forum Economique de Saint Petersbourg – la ville natale du dirigeant du Kremlin – met un coup de tampon Davos sur la Russie, accompagné de Pierre Gattaz et de la cour de ce dernier.

Car les affaires entre France et Russie, outre les références historico-littéraires qui sont placées là pour l'habillage, sont loin d'être neutres. Dans un marché mondialisé avec une croissance européenne uniquement dopée par des utilisations statistiques discutables, se fermer pareil marché si proche de nous serait folie. Et nos spécialistes du Haut de Bilan l'ont bien compris.

Comme à son habitude, Macron n'hésite pas un instant à dire blanc après avoir fait l'inverse avant hier, et à conclure par une pirouette cacahouette qui ne mange pas de pain. Ce qui prédomine c'est toujours l'affichage en relations internationales, pas les actes isolés. En cela le débutant progresse, il parvient mieux à faire non pas illusion – sauf auprès des gogos – mais à dire les choses en bonne novlangue diplomatique. Le texte qu'on lui a pondu est je trouve meilleur que d'habitude, les rédacteurs ont du se dire, nous sommes sur le territoire du plus rusé de tous, tachons de nous hisser un peu plus haut. De facto, le quotient d'anneries et de vantardises – à defaut du nombre de mensonges et d'approximations – est en chute libre.

Il y a en Macron, pure créature de la célèbre banque d'affaires, une indiscutable dimension Zelig, ce personnage de Woody Allen qui se confondait et se fondait avec ses interlocuteurs au point de disparaitre. Cette coquille vide qui se remplit et se vide d'elle-même en permanence et qu'on voyait clairement poindre pendant la campagne de 2017 ou il disait tout et le contraire de tout à tout-un chacun, bisous les gays, bisous la Manif pour Tous, bisous la gauche, bisous la droite etc. Là, sur la scène des grands, c'est plus que flagrant. Face à Donal Trump, le leader francais devient un Mickey virevoltant soumis au sherrif éructant et le regardant avec un air de Chimène. 

Face à Poutine, par capilarité, il devient presque intelligent, presque subtil. Le visage demeure plus figé, comme si un passage au froid de Russie le rendait plus marmoréen, la voix du freluquet part moins dans les aigus, se pose davantage sur les mots, perd cette dimension faussement martiale qui prête à sourire. C'est comme si le souffle retenu de Poutine, ses mots rentrés, ses arrières pensées visibles dans le fond de cet oeil qui frise le retenaient de proférer les bêtises habituelles. Le spectacle, de fait, de ces deux-là ensemble, a une certaine gueule, chacun est bon dans son role, même les silences ont tout bon.

Les gars du CAC rentreront rassurés, les francais sont rappelons-le le premier employeur étranger sur le sol russe, et les contrats entre nos deux nations sont plus que costauds. Peu avant la Coupe du Monde cette petite visite protocolaire aura servi à ca, remettre un peu de baume à nos chers dirigeants de multinationales, lesquels c'est bien connu n'aiment pas l'incertitude et ont besoin de rassurer leurs grands actionnaires.

Ceux de Macron – justement.  


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire