jeudi 24 mai 2018

Commémorations, bons sentiments, guimauve, Téléthon ...



20 ans après la première marche qui avait rassemblé 40 000 personnes à Paris pour honorer les victimes de l'esclavage, plusieurs milliers de personnes se sont de nouveau réunies le 23 mai en présence de personnalités d'Outre-mer, à l’instar de Christiane Taubira, qui a prononcé un discours.

« Ceux qui ont connu la violence ou la souffrance ont l'obligation plus que d'autres encore d'être vigilants, d'être attentifs aux autres [...] d'être fraternels. Nous avons conscience de cette histoire, de cette violence, mais ce n'est pas une violence qui doit nourrir de la haine ou de la rancœur. C'est une violence qui doit nous grandir et qui doit nous permettre d'être attentifs aux autres », a déclaré l'ancienne garde des sceaux.

On aime les journées de commémoration, les hommages, les beaux discours, les beaux sentiments. Lutte contre l'esclavage, commémoration du Vel D'Hiv, débarquement des alliés en Normandie … Sans compter les marches contre le racisme, contre l'homophobie, pour les femmes … 

Sans compter les discours enflammés, comme celui de l'actrice Asia Argento au dernier Festival de Cannes, dénoncant avec 15 ans de retard le viol qu'elle subit – moyennant si j'ai tout suivi un role qu'elle eut, tout du moins une place à Hollywood – de la part d'Harvey Weinstein, le PORC qu'on balance avec d'autant plus de courage qu'il est à l'abattoir.
Les grands messes et les bons sentiments attirent les personnalités comme la lumière le papillon de nuit. Les textes récités – il s'agit bien de communication, rien n'est improvisé – servent de support, la notoriété se nourrit de cette guimauve ou un puissant se fait aisément mousser sur le dos d'une grande cause. Tribun hors pair et éminemment cultivée, Madame Taubira excelle dans ce registre depuis toujours, et a toujours un petit vers d'Aimé Cesaire à nous réciter. Ca impressionne les moins érudits et ca rassure les autres.

Nos poètes, nos meilleurs écrivains leur servent à ca. Un réceptacle de citations et un catalogue de name-dropping. Pour se faire exclusivement mousser. L'infantilisation à la sauce Telethon d'une société passe par cela, des discours lénifiants, des bons sentiments rose bonbon, et surtout des omissions en pagaille.

Car quitte à parler esclavage, autant l'aborder non pas l'angle du passé mais du présent immédiat. Au hasard citons … la Libye. Ou l'esclavage – la vente d'esclaves – est actuel. Et lié à la destruction de ce pays par la France, à cette ingérence en tous points semblable, sinon dans le resultat obtenu, par l'entremise d'un gouvernement auquel Madame Taubira appartenait, à celle orchestrée en … Syrie.

Je n'ai pas souvenir d'avoir entendu quelque déclaration que ce soit, quelque poème d'Aimé Cesaire, à ce propos à l'époque. J'ai davantage le souvenir d'une démission de l'ancienne garde des sceaux à propos d'une mesure – la décheance de la nationalité pour les binationaux coupables de crimes contre le peuple francais – concernant au bas mot à l'époque 25 personnes. Laquelle mesure tomba dans les oubliettes.

D'un coté un grand évènement sur un sujet que l'on prend le soin de circonscrire dans un passé mémoriel mythifié et qu'on omet de conjuguer au présent. De l'autre un mois de débats enflammés et une démission tonitruante à propos d'une mesurette plus symbolique que concrète – d'autant que dans 19 cas sur 20 les binationaux en question sont … morts.
Un raccourci certes, mais qui pose concrètement ce que c'est de nos jours que faire de la politique … Un peu comme des acteurs de second plan à la Asia Argento qui jouent – mal – la comédie et obtiennent malgré tout les feux de la rampe qu'ils n'ont jamais eu jusque là … et les applaudissements …

Pour qui plus est un fort mauvais texte … 


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