vendredi 11 mai 2018

Chefs d’oeuvre du 7ème art - Mon oncle



Ce Mon Oncle, Monsieur Hulot, le génial Jacques Tati, le Chaplin français, celui de Jour de Fête et des Vacances de Monsieur Hulot, celui de l'avant guerre, ce facteur gaffeur des années 30, ce grand escogriffe de l'après guerre, celui qui est demeuré dans son petit village sentant bon la France avec son clocher, le voilà par une invitation en famille précipité dans le monde de la France moderne, des voitures à pots d'échappement, des maisons témoins à mille gadgets, des ordinateurs première génération, des entreprises à la Renault en béton, des talons aiguilles dont les échos sur le faux marbre font sourire, des fontaines à eau grotesques avec un poisson de ferraille qui crache péniblement ses jets, des portails électriques qui s'ouvrent en quelques grincements. Bref, le voilà qui pénètre un monde fou peuplé par des ânes qui se croient modernes et vivent et travaillent dans des décors à la Metropolis débilitants.

Cette comédie, drolissime, n'en est une qu’en apparence. Car le portraitiste qu’est Jacques Tati est un témoin au regard acéré sur les absurdités de cette société moderne inhumaine construite par l'homme pour lui-même. Remplie de gadgetisation technique, la maison est un décor invivable et la maitresse de maison est l'esclave de cette tuyauterie qui sans cesse dysfonctionne telle une machine à gags ubuesques. L'on ne cesse de rire et de se gausser devant tant d'absurde, absurde que ce Blake Edwards français – The Party – poussera à son extrême limite dans Play Time, faisant durer l'absurdité se détruisant de l'intérieur jusqu’à l'extrême – la scène cultissime de l'ouverture du restaurant.

Mon oncle, œuvre d'un clown poète qui en cet univers se dévorant lui-même et ses habitants se pare du nez de Bozo et fait rire - au delà-de son neveu qu’il parvient à faire un peu échapper à ce monde concentrationnaire qui est celui de ses parents - nous-mêmes, oui nous, spectateurs et acteurs de ce monde qui nous est imposé. Consommateurs et producteurs sont ici moqués, gentiment mais avec fermeté. Douceur aussi car Tati demeure un candide perdu parmi les fats, chevauchant sa vieille bicyclette brinquebalante et traversant les campagnes, comme dans Jour de Fête


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