dimanche 13 mai 2018

Chefs d’oeuvre du 7ème art - Lost highway



Un générique de nuit sur autoroute, au milieu une ligne jaune vif. Une chanson de Bowie, I am deranged – dont les paroles font sens. Puis un plan sur un pavillon tôt le matin. La caméra zoome. Une cassette vidéo posée sur le perron. Un homme ouvre la porte de l'intérieur, se saisit de la vidéo et la met dans un magnétoscope.

On voit alors un zoom qui s'approche de la maison. De chez lui.

Le lendemain deuxième vidéo. La caméra entre dans la maison vide.

Le surlendemain troisième vidéo. La caméra s'approche du lit ou il dort avec sa compagne.

Il y a donc une entité qui surveille, espionne et filme ton chez toi en t'envoie les cassettes …

Nous sommes à Los Angeles à proximité d'Hollywood. Là ou l’intime n'existe pas, là ou il devient matière filmique, là ou tout un chacun porte un masque et joue un rôle. L'homme est musicien de jazz, donc dans la comédie humaine locale, mais davantage artiste que la moyenne. Indépendant mais intègre.

Un soir il est invité à une réception. Se fait alpaguer par un homme au masque blanc et aux lèvres ocres, qui lui dit qu’il est chez LUI et lui tend un téléphone et lui dit APPELEZ-MOI.

Cet homme incarne cette entité. Proprement satanique. Un tireur de ficelles qui a le pouvoir d'être face a toi ET dans ta maison, en deux endroits différents. Ce non-être fort inquiétant est tel un Diablo ex machina. C'est le programmateur, c'est lui qui connaît le plan de l'autoroute perdue du titre. C est lui qui garde sous le coude les codes de la matrice. Et c est lui qui menace.

Le musicien sera arrêté puis exécuté. Puis – au milieu du film – se réincarnera – par un petit coup de baguette magique à la MK Ultra … - en un autre individu, physiquement dissemblable. Lequel va entrer en lutte avec une entité mafieuse, un homme fort dangereux. Et va re-trouver son ancienne compagne non plus brune comme dans la première moitié du film mais blonde. Blonde telle une Marylin hollywoodienne, à laquelle la magnifique Patricia Arquette prête les traits. Une Marylin qui – nous le savons – fut elle même victime de ce MK ultra.

Voilà comment Lynch, plasticien constructeur de scenarii énigmatiques décrypte sous des tonnes de maquillage le monde tel qu’on nous le cache. Il nous conduit perdus sur une autoroute qu’il parsème de signes et de clefs difficilement compréhensibles pour quiconque ne connaît rien à ce qu’on place dans les dossiers secrets de la CIA. Parce que va comprendre Lost Highway si tu n'as jamais entendu parler de ca, si tu te contentes de suivre l'actualité des grands médias, le film demeure totalement hermétique, c'est ce qui s'appelle une œuvre pour initiés, les autres de fait sont totalement largués et voient se dérouler des séquences fortes sans signification compréhensible.

La quasi totalité des films de Lynch depuis Blue Velvet c'est ca. Sailor et Lula, Lost Highway, Mulholand Drive, bien sur Inland Empire – l'Etat profond. C'est par excellence le cinéaste de l'intuition et du sens, celui qui joue sur nos sens, qui associe et dissocie sons et images, qui déconstruit puis reconstruit le réel en désossant l'illusoire, qui joue avec les symboles sur le plan de l'utilisation des couleurs. Qui montre un monde le jour et son envers la nuit – souvenons-nous de Twin peaks. Qui expose la pièce avec les tireurs de ficelles sur un damier qui parlent à l'envers sur fond de rideau ROUGE – scène que l'on retrouve dans Eraserhead, dans Twin peaks, dans Mulholand Drive et dans Inland Empire. C'est celui qui fait s'incarner sur l'écran les démons – l'homme de la réception ici, le Bob qui prend possession du père de Laura Palmer, l'espèce de yéti de l'autre coté du mur du fast food dans Mulholand Drive etc.

Avec Lynch tout est plus que dit, tout est plus que montré. Encore faut-il comprendre et savoir décrypter les images et les sons ! Et avoir fait l'effort de décryptage de la matrice en utilisant sa tête !


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