jeudi 3 mai 2018

Chefs d’oeuvre du 7ème art - Les diaboliques



Nicole, une institutrice, est devenue la maîtresse de Michel Delasalle, le directeur d'un minable pensionnat de garçons, à Saint-Cloud. Despotique et cruel, Delasalle s'amuse à terroriser Christina, son épouse, cardiaque et fragile. Il ne ménage pas pour autant la sensibilité de Nicole. Aussi les deux femmes, pourtant rivales, sont-elles devenues amies. A elles deux, elles décident de se débarrasser de Michel. Drogué puis noyé dans une baignoire, l'odieux personnage finit sa course au fond de la piscine du pensionnat. Quelque temps après, le cadavre disparaît et d'étranges phénomènes se produisent, qui effraient la faible Christina et attirent l'attention du commissaire Fichet...

Ah Henri-Georges Clouzot, lanti Jean Renoir par excellence ! Ici adaptant pour son plus gros succès Boileau et Narcejac – auteurs de Vertigo dHitchcock, leur roman Dentre les morts. Cinéaste misanthrope, peintre de la noirceur des ames, cynique et désabusé, souvent sadique envers certains de ses acteurs …

Ici dans un pensionnat pour garçons de laprès-guerre un trio amoureux, mari femme amant. La femme est cardiaque, la maitresse se lie damitié avec elle sous couvert, de concert avec lépoux, de la faire craquer. Donc un stratagème, monter un faux crime, créer un faux mort, puis un revenant de nuit qui par son apparition …

Filmé dans un sublime noir et blanc, génialement interprété – Paul Meurice, assez terrifiant, Simone Signoret, froide maitresse femme cynique en diable, et la femme de Clouzot, Vera, sorte dhirondelle sadisée doublement et comme actrice et comme personnage -, ces Diaboliques portent bien leur nom. Lunivers dépeint par Clouzot est dun pessimisme ravageur. Tromperies, sadisation denfants – on aperçoit Johnny Hallyday alors tout gosse …-, crime sanglant, tentative de noyade dans une baignoire, tous les ingrédients dun film noir comme lébène sont rassemblés en un suspens confondant qui fait souvent se dresser les cheveux sur la tête.

Cest surtout – marque de fabrique dun cinéaste pourtant très populaire – le cynisme et lamoralité des personnages qui prédominent. Créer en 1955 un triomphe à partir dun portrait de la France et de certains de ses habitants – lesprit provincial y est littéralement mis en pièces – aussi dépourvu despoir et de bonté tient de la gageure. On parle dun film devenu classique qui à sa sortie fit lévènement. A coté, les Chabrol font presque effet de bluettes ou de décalques.

Diabolique Clouzot, pourfendeur des hypocrisies de la bonne société. Lannée suivante il démarrera le tournage des Espions, comédie absurde sur lespionnage qui au contraire des Diaboliques essuiera un échec retentissant. Ce cinéaste absolument unique dans lhistoire du cinéma français, souvent raillé ou attaqué durement – souvenons-nous du Corbeau – est pourtant au même titre que Renoir ou Carné rentré dans lhistoire, a une des places les plus hautes. Belle revanche !




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