mardi 1 mai 2018

Chefs d’oeuvre du 7ème art - Garde à vue



Deux fillettes ont été violées et assassinées en moins d'une semaine. L'inspecteur Antoine Gallien poursuit son enquête jusqu'en cette soirée de la Saint-Sylvestre. Il convoque dans son bureau un notable de la ville, le notaire Jérôme Martinaud, pour lui faire préciser les circonstances dans lesquelles il a découvert le corps de l'une des victimes. Agacé par la morgue de son témoin, Gallien lui démontre qu'il pourrait fort bien se retrouver en position de suspect. Martinaud perd pied et prête dès lors prise à tous les doutes. L'inspecteur Belmont, le second de Gallien, va jusqu'à brutaliser le notaire. Sans grand succès. De plus en plus désemparé, Martinaud se lance dans une longue et pénible narration de sa vie conjugale...

Huis-clos, un commissariat de police, une nuit de réveillon de noël, une petite ville de province à la Chabrol. Quatre personnages. Trois hommes. Un face-à-face entre un inspecteur de police – un COMMISSAIRE ! -, Lino Ventura, et un nanti, tout du moins un grand bourgeois, notaire de métier, en costume et nœud papillon, génialement interprété par Michel Serrault. Aux cotés du commissaire, un flic, Guy Marchand, un bas-de-plafond. En coulisse, la femme du notaire, dont nous reparlerons.

Un scénario et des dialogues signés Michel Audiard. Au mieux de sa forme. Un Audiard au niveau des meilleurs scénaristes du cinéma français.

Admirablement filmé en studios par Claude Miller – sa première commande après deux films populaires, et son plus gros succès -, Garde à vue est avant tout un film de dialoguiste et d'acteurs. De très grands acteurs. Sans gras, sans une minute perdue. Un film tendu à l'extrême, poisseux, ramassé. Du très grand art.

Le face-à-face entre deux conceptions du monde, celle de la loi contre celle de la transgression du fait d'une position sociale, va donner lieu à un match entre deux lions parfois ennemis parfois complices. Le détenu mille fois tentera l'esquive, le coup du mépris, les dissimulations, la recherche d une complicité, l'ironie. Toutes ses tentatives se heurteront à un mur, pourtant son sort et sa personne intéressent voire touchent son adversaire pour qui seule compte la vérité.

Le face-à-face deviendra choc au fil de l'enquête, une enquête autour du viol et de la mort d'une fillette, une enquête ou il s'agit de traverser un couloir, celui qui va en direction de la chambre nuptiale interdite au notaire par cette épouse qui le hait, et qui à un moment entrera en scène.

Cette séquence, dix minutes tout au plus, offre a Romy Schneider le premier rôle vénéneux d'une carrière marquée par des rôles tous aux antipodes de celui-ci. Elle est assise en vison noir dans le noir et contre les usages fume. Le commissaire la laisse faire, alors elle parle, elle révèle, elle dit non seulement sa haine mais énonce d'une voix murmureuse, extrêmement émouvante, ce qu’elle espère être la preuve de la culpabilité de celui qu’elle qualifie de monstre.

Nous comprenons l'horreur de ce couple, l'enfer de cette maison ou l'intimité est morte, et ou l'une cherche à mettre l'autre derrière les barreaux. Et avec cela, la désespérance du notaire, sans doute pas le monstre dont on nous parlait. Un homme seul, esseulé, malheureux, cynique certes, parfois odieux, mais un assassin …

Lorsque le rideau se baisse et que le générique s'achève, sur ces petites notes de musique triste, comme une chape de plomb qui tombe. La garde-à-vue est achevée. Il y a un mort. On vient d'assister à 1h25 inoubliable, à une des meilleures prestations de Serrault, à un des derniers grands rôles de Lino Ventura, à une superbe prestation de Guy Marchand. A un visage inédit de Romy. Et à un des meilleurs scénarii jamais écrit en France.


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