vendredi 11 mai 2018

Chefs d’oeuvre du 7ème art - Breaking the waves



Bess a grandi sur les collines battues par les vents d'un village du nord de l'Ecosse, sous l'emprise d'une communauté protestante d'une intransigeante austérité. Bess n'est pas comme les autres. Elle parle à Dieu dans le temple dont elle assure l'entretien et interprète elle-même les réponses qu'elle suppose être celles du Seigneur. Elle s'est éprise d'un homme plus âgé qu'elle, Jan, un étranger qui travaille sur une plate-forme pétrolière, en mer. Contre l'avis des siens, elle finit par épouser ce colosse blond aux manières douces. Jan regagne la plate-forme. Bess, qui ne supporte pas son absence, prie pour qu'il revienne au plus vite. Son voeu est exaucé, mais de quelle façon ! Frappé à la tête par un palan, il se retrouve cloué sur un lit d'hôpital, totalement paralysé ou presque...

Cette Beth, c'est un peu le double du cinéaste Lars Von Trier, tout juste converti au catholicisme, lourd d'une tradition, celle du cinéma de Dreyer, Ordet, représentée par le pasteur et par cette communauté à laquelle appartient Beth et dont à sa manière, blasphématoire par certains actes, elle va progressivement, cassant les vagues, se libérer.

Sa quête d'amour, qui est quête de sainteté et aussi soif de l'ego de couper le cordon ombilical, de libérer sa chair endormie, de s'ouvrir à l'amour puis de donner son corps en supplices à la prostitution pour sauver son aimé et son ame – cette quête d'affranchissement flirte avec la liberté de l'artiste et le risque de sombrer dans la folie. Beth a des visions, Dieu lui parle, parle au travers elle, est-ce son imagination, est-ce sa folie, est-ce le Dieu des Eglises, le Dieu des catholiques – surement pas. Mais est-ce bien un faux Dieu …

Le film, fort complexe et refusant tout enfermement dans un dogme dont il vient de poser l'affranchissement, se garde bien de répondre par l'affirmative ou par la négative. Au travers du personnage admirablement interprété par Emily Watson, dont Von Trier filme tel un documentariste les moindres tressaillements du visage et du regard – tel Dreyer filmait sa Falconetti – le cinéaste expose la difficulté de tracer une ligne entre foi et religion, entre ici-bas et là-haut, entre doutes et certitudes. Il filme un chemin qui monte et qui descend, qui s'éclaircit tout en s'obscurcissant, il filme l'artiste en proie à la solitude de la création de sa propre voie, une voie complexe ou la multitude tout en vous enviant sous cape vous rejette, vous juge et vous voue aux gémonies. Une masse informe et indistincte d'esprits conventionnels tachant de retenir l'élan de la brebis désireuse de quitter l'enclos pour affronter la passion. La sienne. Une passion toute christique …


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