mercredi 16 mai 2018

Chefs d’oeuvre du 7ème art - Barry Lyndon



Chassé de son Irlande natale après une série d'exactions et d'inconvenances, Redmond Barry s'engage dans l'armée britannique et combat les Prussiens. Le métier des armes lui devient vite insupportable et il déserte. Capturé par l'ennemi, le jeune homme, ambitieux mais naïf, ne doit sa survie qu'à son empressement à servir ses nouveaux maîtres. La guerre finie, Redmond devient espion, puis joueur professionnel. Il fréquente la haute société, dont il apprend les usages et les bonnes manières. Ce talent lui permet de conquérir le coeur d'une jeune veuve, la comtesse de Lyndon, dont le fils, lord Bullingdon, lui voue bientôt la plus vive animosité...

Pendant les années 60, Stanley Kubrick tentera en vain de monter un énorme projet sur l’Empereur Napoléon Bonaparte, N’y parvenant point, il se recentrera sur l’Empire Britannique et sur un roman de Thackeray, Mémoires de Barry Lyndon.

Le cinéaste tout terrain s’essaie donc ici pour la première et la dernière fois au film dit d’époque, à costumes donc, au XVIIIème siècle. Perfectionniste génial il innovera formellement avec des éclairages demeurés célèbres à la bougie et des reconstitutions comme dans des toiles de maitres, ce afin de recréer le plus proche possible de la réalité un passé dans lequel puiser les origines ou tout du moins le passé de la société anglaise, basée sur la violence et l’amour-propre.

Ce renégat de Barry est un jeune arriviste qui utilisera un temps l’armée pour mieux s’en extraire puis de manipulations en manigances devenir par le sceau du mariage membre de la noblesse anglaise. Roturier, parvenu et foncièrement égoïste, il n’a de cesse d’épouser les codes d’une société qui donne tout au sommet et confisque tout à la base, afin de sauter d’étape en étape les échelons pour toucher le ciel.

Dont il maitrise, et c’est son drame, car Barry Lyndon est une tragédie ou Kubrick porte un regard extrêmement acerbe sur notre civilisation, bien peu les codes. Au fond Barry n’a guère plus qu’une identité masquée qu’il tache de planquer mais qui ressort tant par certaines détestations qu’il provoque comme par son aptitude quasi inconscience de salir et de détruire toute beauté, y compris cette vestale froide comme une figure de tableau, à savoir Madame son Epouse. La chair de cette chair maculée par l’opportunisme ne peut que mourir, et la mère de l’enfant devenir folle.

Il y a dans ce parcours de vie qui monte puis chute un sentiment de vacuité, magnifié tant par l’esthétisme sublime du film que par le choix des compositeurs, à commencer par Haendel et sa Sarabande, pour illustrer les séquences majestueuse – celle, hyper étirée, du duel, évidemment. Cet écrin à un homme de rien devenu beaucoup et qui finit à terre est comme un miroir grinçant tendu à un empire qui se crut plus gros que le bœuf en exportant ses guerres sanglantes par simple gout de domination et par fatuité. 


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